Principaux renseignements
- Les prix du gaz en Europe ont bondi de 120 pour cent en raison des tensions géopolitiques et des phénomènes climatiques extrêmes.
- Le faible niveau des réserves de stockage rend la région vulnérable aux baisses de température hivernales.
- La hausse des coûts énergétiques menace d’entraîner une accélération de l’inflation et des hausses des taux d’intérêt.
Le coût du gaz en Europe a bondi de 120 pour cent tout au long de l’année 2026, signe d’une situation énergétique précaire à l’approche de l’hiver. À la mi-août, les contrats à terme TTF néerlandais – principale référence du continent – ont atteint environ 63,7 euros par mégawattheure. Bien que ces chiffres soient bien inférieurs aux pics extrêmes observés lors de la crise énergétique de 2022, le manque actuel de réserves rend le marché très vulnérable à une nouvelle volatilité.
Pressions climatiques et géopolitiques
Les vagues de chaleur estivales intenses ont exacerbé la crise. La hausse des températures a fait grimper les besoins en électricité tout en entravant la production d’énergie nucléaire et hydroélectrique en raison des sécheresses. Par conséquent, les centrales au gaz sont mobilisées pour combler le déficit énergétique, ce qui détourne du combustible qui devrait être réservé aux stocks hivernaux.
Cette tension est aggravée par des obstacles géopolitiques et techniques, notamment les fermetures persistantes dans le détroit d’Ormuz et les arrêts de maintenance prolongés sur les gisements de gaz norvégiens.
Prévisions économiques révisées
Les économistes d’Oxford Economics soulignent que les vulnérabilités du côté de l’offre coïncident avec des niveaux de stockage historiquement bas. Alors qu’ils prévoyaient auparavant que les prix oscilleraient autour de 45 euros/MWh, les prévisions pour la fin de l’année devraient être revues à la hausse, à près de 60 euros/MWh.
Gains d’efficacité face aux risques météorologiques
L’Europe a indéniablement amélioré sa sécurité énergétique depuis 2021, réduisant sa consommation globale de gaz de 15 pour cent à 20 pour cent grâce à l’adoption de pompes à chaleur, des énergies renouvelables et à l’efficacité industrielle. De plus, un réseau plus étendu de terminaux GNL a réduit le risque d’une pénurie physique totale.
Cependant, la région reste extrêmement sensible aux baisses de température. Les hivers précédents ont montré que lorsque les températures descendent en dessous de la moyenne, les gains d’efficacité en matière d’économies de gaz s’effacent rapidement, faisant des réserves de stockage la seule défense efficace contre une vague de froid.
Crise des réserves de stockage
Les données actuelles révèlent une tendance inquiétante concernant ces réserves. Début août, les niveaux de stockage n’atteignaient que 57,1 pour cent de leur capacité, soit le niveau le plus bas jamais enregistré à cette période de l’année.
Bien que l’UE vise officiellement une capacité de 90 pour cent, une flexibilité croissante permet d’abaisser cet objectif à 80 pour cent si les conditions du marché rendent le remplissage des réservoirs trop coûteux ou trop difficile.
Impacts économiques régionaux
L’instabilité énergétique se transforme en une menace économique plus large, notamment en ce qui concerne l’inflation et la politique monétaire. Si les entreprises de services publics recourent souvent à des opérations de couverture pour protéger les consommateurs, ces mécanismes finissent par s’épuiser, entraînant une hausse des factures des particuliers.
L’impact varie d’un pays à l’autre. Alors que l’Allemagne et l’Autriche pourraient connaître une hausse plus modérée grâce à des contrats à long terme, les Pays-Bas subissent des changements immédiats, et l’Italie reste la plus vulnérable en raison de sa forte dépendance au gaz.
Dilemmes de la Banque centrale
De telles hausses de prix pourraient pousser l’inflation de la zone euro vers 3,5 pour cent fin 2026, dépassant les estimations de référence précédentes. Cette tendance place la Banque centrale européenne dans une position difficile, car une inflation persistante liée à l’énergie pourrait nécessiter de nouvelles hausses des taux d’intérêt. La combinaison qui en résulte, à savoir un pouvoir d’achat des consommateurs réduit et des coûts d’emprunt plus élevés, pourrait créer un fardeau économique important pour les ménages européens.
(at)
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