Le G20 est bien loin des objectifs de Paris: ‘Encore 223 milliards de subventions dans les énergies fossiles’

Faute de COP26 cette année, l’ONU n’a pas pu faire le point sur les avancées pour limiter le réchauffement climatique. Mais l’ONG Climate Transparency a bien l’intention de faire le procès des 20 plus grandes puissances du monde. Et autant dire qu’on est loin du compte. Si la crise a fait baisser les émissions de CO2, les plans de relance pourraient bien passer à côté de la transition climatique.

Les émissions de CO2 devraient baisser de 7,5% en 2020 par rapport à l’année dernière. Mais cette baisse pourrait très vite être compensée par des investissements massifs dans les combustibles fossiles. En effet, selon le rapport de Climate Transparency, les gouvernements du G20 (hors Turquie, Royaume-Uni et Arabie saoudite) devraient dépenser 233 milliards de dollars en subventions pour les combustibles fossiles cette année. En comparaison, seuls 130 milliards de dollars avaient y été alloué en 2019.

Au moins 19 pays du groupe ont apporté un soutien financier aux secteurs nationaux du pétrole, du charbon ou du gaz. Au moins 14 membres ont financé les compagnies aériennes sans y appliquer des conditions climatiques. Les chercheurs craignent que les États, en apportant ce soutien inconditionnel aux combustibles fossiles, ne finissent par inverser les tendances positives remarquées avant la pandémie.

‘Certains membres du G20 comme l’UE, la France ou l’Allemagne donnent surtout un bon exemple pour construire des économies plus résilientes tout en se protégeant contre l’accélération des impacts climatiques’, explique Charlene Watson de l’Overseas Development Institute. La France a par exemple apporté des conditions au financement d’Air France-KLM, même si aujourd’hui on ne sait pas comment ces conditions seront appliquées concrètement. L’Union européenne, quant à elle, tente de lier les investissements à des conditions vertes.

Réchauffement de 2,7°C

Les propositions des grandes puissances sont encore trop peu suffisantes pour permettre de limiter le réchauffement climatique. Par exemple, la neutralité carbone avancée par de grands États (Japon, Chine, UE, etc.) pour la moitié du siècle n’est pas liée à des programmes de développement du pays à court terme.

Les chercheurs estiment qu’à la fin du siècle la température globale de la planète aura augmenté de 2,7°C par rapport au niveau préindustriel. Pour rappel, les accords de Paris avaient fixé la limite maximum à 1,5°C. Par rapport à 2018, les prévisions des climatologues n’ont baissé que de 0,1°C. Si les programmes de neutralité proposés par la Chine, du Japon, de la Corée du Sud et de l’Union européenne sont bien mis en place, le réchauffement atteindrait 2,3°C ou 2,4°C. C’est mieux, mais toujours pas suffisant. ‘La question est de savoir comment combler cet écart et comment évoluer vers 1,5 °C’, explique Deborah Ramalope, chef d’équipe pour l’analyse des politiques chez Climate Analytics, sans donner de solutions.

L’Union européenne

Le site Euractiv s’est penché un peu plus sur l’Union européenne, cité en exemple par Climate Transparency. L’article conclut que l’UE a bien fixé des objectifs, mais que dans les faits, les pays en sont bien loin.

  • Les émissions de gaz à effet de serre devraient baisser de 37% par rapport à 1990 dans les 28 membres de l’Union (le Royaume-Uni est toujours compté). C’est loin de la baisse de 55% demandée par le parlement européen. La Commission demande une diminution de 60%.
  • Le mix énergétique compte encore à 70% sur les combustibles fossiles. D’ici 2030, il devrait baisser à 67% pour respecter les objectifs de Paris.
  • En 2018, les énergies renouvelables représentaient 18% du mix énergétique européen. L’objectif pour 2030 est d’atteindre 30%.
  • Certains pays (Pologne, la République tchèque, la Bulgarie et la Roumanie) comptent encore de trop sur le charbon et doivent éliminer cette source d’énergie progressivement.

Si ces objectifs demandent d’importants investissements dans le renouvelable, les gouvernements doivent garder en tête qu’une limitation du réchauffement climatique évitera de nombreuses dépenses. Plusieurs pays européens se trouvent en effet sur les listes des pays qui pourraient être les plus touchés par les changements climatiques. La France et l’Italie se trouvent dans les premiers pays cités.

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