Le front occidental s’effondre-t-il ? La Suisse libère des actifs russes jusqu’ici gelés

Un peu plus de 6 milliards de francs suisses d’actifs russes ont été gelés par le gouvernement suisse en vertu des sanctions infligées par l’Occident à la Russie. Un chiffre important certes, mais inférieur à celui du mois d’avril. Que s’est-il passé ?

Le front que mènent les pays occidentaux contre Moscou commence-t-il à s’effriter ? Cela se pourrait bien. En tout cas, du côté de la Suisse, la position du pays – historiquement neutre – vis-à-vis des sanctions infligées à la Russie, ou tout du moins envers les oligarques russes, semble avoir quelque peu changé. Euractiv rapporte en effet que le montant des actifs russes a changé entre le mois d’avril et le mois de mai et pas dans le sens auquel on s’attendait.

Le 7 avril dernier, le gouvernement suisse annonçait un total de 7,5 milliards de francs suisses (7,2 milliards d’euros) de fonds russes gelés. À cela se sont récemment ajoutés 2,2 milliards de francs suisses. Suivant toute logique, nous devrions arriver à un montant supérieur à 9 milliards de francs. Pourtant, selon les dernières déclarations du gouvernement suisse, nous en sommes loin : il manque plus de 3 milliards de francs suisses (2,8 milliards d’euros). Où sont-ils passés ?

« Pas de motifs suffisants »

Les quelque 3,4 milliards de francs suisses manquants ont tout simplement été débloqués par le gouvernement suisse. « Nous ne pouvons pas geler les fonds si nous n’avons pas de motifs suffisants », a déclaré le haut responsable de l’agence du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) chargé de superviser les sanctions, Erwin Bollinger, à des journalistes.

L’homme a d’ailleurs remis en question l’efficacité du gel des actifs, affirmant que ce n’était « de loin » pas la mesure la plus importante du vaste ensemble de sanctions infligées à la Russie. Les banques suisses détiennent jusqu’à 213 milliards de francs suisses (200 milliards d’euros). Un certain montant a d’ailleurs été provisoirement bloqué par celles-ci, mais la décision du SECO pourrait changer la donne. L’agence a en effet décidé que les fonds gelés devaient être débloqués si un lien direct ou indirect ne pouvait être établi avec une personne sanctionnée.

Une décision qui pourrait valoir de nombreuses critiques au pays, destination populaire pour les richesses russes. Un fait connu qui lui avait valu bon nombre de pressions internationales pour identifier et geler les avoirs des Russes sanctionnés.

La Suisse déjà pointée du doigt

Début mai, le pays avait déjà été fortement critiqué par la Commission américaine d’Helsinki, une commission indépendante qui examine les questions de sécurité, de coopération et de droits de l’Homme en Europe. La Suisse serait un « facilitateur majeur du dictateur russe Vladimir Poutine et de ses copains » qui, selon la Commission, ont utilisé « les lois suisses sur le secret pour cacher et protéger le produit de leurs crimes ».

De graves accusations auxquelles n’avait pas manqué de réagir le gouvernement suisse, rejetant « dans les termes les plus fermes » ces accusations. Le président suisse Ignazio Cassis avait d’ailleurs demandé au gouvernement américain de « corriger immédiatement cette impression trompeuse », rappelle Euractiv.

Outre les critiques, la décision de la Suisse pourrait également ouvrir une brèche dans le front occidental à mesure que le conflit en Ukraine perdure et perturbe les marchés.

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