Le fédéral accorde un prêt d’1,2 milliard d’euros pour les sinistrés wallons: est-ce encore de la solidarité ?

Elio Di Rupo (PS) et Alexander De Croo (Open VLD) ont scellé un accord ce mercredi. Un prêt avec intérêts (minimums) sur dix ans. Cette catastrophe exceptionnelle qui a touché plus de 200 communes wallonnes n’a donc pas permis de faire briller la solidarité fédérale. Une coalition Vivaldi qui fête aujourd’hui sa première bougie. Pourquoi ?

  • Il s’agira donc d’un prêt à hauteur de 1,2 milliard d’euros sur dix ans. Il y aura des intérêts, car le Fédéral ne peut contracter de pertes légalement avec ce genre de transactions. Elle n’en gagnera pas non plus: les intérêts seront fixés au minimum selon le marché. La Belgique possède une meilleure note sur les crédits que la Wallonie, elle obtiendra donc un meilleur taux.
  • Mais la Wallonie demandait plutôt une aide directe. De quoi soulager des finances en berne. Au total, la dette directe de la Wallonie tourne autour des 21 milliards d’euros. Rien que sur les deux dernières années – crise sanitaire et inondations – la Wallonie a plongé de 7 milliards d’euros. Quand on sait que le budget de la Région tourne autour des 15 milliards d’euros annuellement, pas besoin de faire un dessin.
  • Le ministre wallon du Budget Jean-Luc Crucke (MR) l’expliquait au Soir la semaine dernière: « La Wallonie débourse trois milliards pour faire face à cette crise, soit 20% de ses recettes annuelles. Face à cela, 600 millions représentent 0,2% des recettes du fédéral. Il n’y a pas photo ! ».
  • 600 millions c’était la demande du PS via son secrétaire d’État au fédéral, Thomas Dermine. Une aide directe, une sorte de don, comme cela a été décidé très tôt en Allemagne.

Le contexte: les partis flamands de la Vivaldi sont mis sous pression par la N-VA

  • En début de semaine, le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) était venu devant le Parlement flamand avec une proposition surprenante. La Flandre se disait prête à accorder un prêt à la Wallonie, avec intérêts sans doute plus importants. Une manière de court-circuiter l’aide fédérale pour une approche plus confédérale.
  • Au nord, la N-VA n’a de cesse d’accuser la Vivaldi de vivre au-dessus de ses moyens. Il faut dire que le PS en particulier fait tout pour se détacher idéologiquement de la Suédoise en voulant marquer la Vivaldi de son empreinte, à gauche, où le parti de Paul Magnette est mis sous pression par la FGTB et le PTB. Les propositions de réformes sociales s’enchaînent.
  • Pour les partis du nord, c’est l’inverse. S’ils n’ont pas rejeté formellement la demande du secrétaire d’État, ils n’ont pas non plus accueilli la proposition à bras ouverts. Ils doivent montrer à l’électeur flamand que ce n’est pas open bar.
  • Finalement, avec ce prêt du fédéral qui couvre l’ensemble de l’enveloppe, on est dans une situation intermédiaire. Une situation qui laisse perplexe les ministres wallons, mais qui permet à chacun de se retourner et garder la face.

Le constat: est-ce la fin de la solidarité en Belgique ?

  • La Belgique n’est pas l’Allemagne. Près d’un électeur sur deux vote pour un parti qui ne veut plus garder la Belgique en l’état. La Flandre ne veut plus payer sans obtenir en retour des réformes structurelles au sud du pays. À cet égard, les références à la Grèce de 2008-2010 se sont multipliées dans les rangs de la N-VA. Le pays alors au bord du gouffre a dû engager des réformes pour bénéficier de la manne financière européenne et du FMI.
  • Rappelons quelques chiffres. De par son marché du travail en meilleure santé et plus important, la Flandre fait bénéficier à la Wallonie et Bruxelles une solidarité interpersonnelle de respectivement 6,247 milliards et 895 millions d’euros par an. Ramené au nombre d’habitants, chaque Flamand est un contributeur net de 1.087 euros par an.
  • Bien sûr, il s’agit d’une moyenne, le Brabant wallon étant par exemple le plus grand contributeur net après le Brabant flamand. Mais la sécurité sociale étant toujours une compétence fédérale, cela reste une forme de solidarité.
  • On notera néanmoins que 2024 marquera la fin de la solidarité directe belgo-belge des suites de la 6e réforme de l’Etat. Les transferts s’estomperont alors à moins de 62 millions d’euros par an, mais pas ceux de la sécurité sociale.

Le détail: De Croo s’est (enfin) exprimé

  • En conférence de presse, ce jeudi, le Premier ministre a expliqué qu’un don direct du fédéral vers la Wallonie n’était pas possible. Car le fédéral est tenu par la loi spéciale de financement, argumente-t-il.
  • Alexander De Croo a toutefois reconnu qu’un mécanisme de solidarité, comme cela se fait en Allemagne en cas de grande catastrophe, manquait à l’appel. Le Premier ministre a lancé la possibilité d’un débat pour la création de ce mécanisme.
  • Le prêt du fédéral vers la Wallonie reste toutefois quelque chose d’inédit. Tant le ministre-président wallon Elio Di Rupo (PS) que le ministre Crucke (MR) ont parlé de « geste de solidarité ». Qui couvre le double du montant précédemment évoqué.
  • Quant au prêt flamand, Elio Di Rupo a répondu poliment qu’il étudierait cette possibilité s’il s’avérait que la Wallonie ne bénéficiait pas d’une manne financière suffisante. Le gouvernement wallon doit notamment rembourser les assureurs prochainement à hauteur d’un milliard d’euros.
  • Tous les acteurs ont reconnu que la Belgique était décidément un pays institutionnellement bien compliqué.
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