Le covid-19 relance l’Europe à plusieurs vitesses

Avec neufs autres pays, la Belgique plaide pour des ‘corona bonds’. Le but? Financer la lutte contre le virus via un entendement collectif. Dans une Europe visiblement en crise, ce serait du jamais vu.

Une Europe a plusieurs vitesses n’est pas quelque chose de neuf. Longtemps, le Royaume-Uni a traîné la patte lors de certaines étapes de l’approfondissement européen. Le Brexit allait-il changer quelque chose ? Illusoire: on voit au fil des crises qu’il est de plus en plus difficile de parler à 27.

Aujourd’hui, c’est la crise sanitaire qui fait office de révélateur. Les images de l’Italie, telle une non-assistance à personne en danger, qui voit des véhicules militaires russes débarquer sur son sol, ou des experts chinois, marquent les esprits. Ça se vole même des masques, elle est belle notre Europe!

Bien sûr, il y a beaucoup de communication et de géopolitique là derrière. La Russie et la Chine ne sont pas peu fières de montrer leur déploiement. Et il serait faux d’écrire que l’Europe abandonne totalement l’Italie. Mais l’UE reste aussi coincée dans ses statuts. Ce sont les États membres qui décident en dernier recours: que ce soit pour la fermeture de leurs frontières ou les politiques intérieures. La BCE fait le job et a libéré pour sa part 750 milliards d’euros pour soutenir le Vieux Continent. La Commission a décidé de lever la sacro-sainte interdiction de dépasser les 3% de déficit.

Mais en temps de crise, la communication est reine, et l’important, c’est l’image que l’Europe renvoie et qui est perçue au niveau des citoyens européens. L’extrême-droite s’en donne à cœur joie, notamment en Italie, avec ses propres contradictions – à la fois eurosceptique et fière de son identité européenne.

Le club des trois, élargi

Dans ce brouhaha, une idée émerge. Et la Belgique de Sophie Wilmès (MR), pourtant à la tête d’un gouvernement aux pouvoirs limités, en est l’une des instigatrices. Avec à la coordination, un certain Charles Michel, président du Conseil européen.

Les chefs d’État français, italien, grec, slovène, luxembourgeois, espagnol, irlandais et portugais ont une idée derrière la tête: ‘Nous devons travailler à un instrument de dette commune émise par les institutions pour lever des fonds sur les marchés.’

Cet instrument, appelez-les ‘euros bonds’ ou ‘corona bonds’. Les 9 dirigeants livrent une lettre commune. Le principe serait d’emprunter auprès des institutions à un taux probablement très bas. L’originalité est que cela se ferait en commun, du jamais vu. L’intérêt pour certains pays concernés est clair: cela leur permettrait d’emprunter à des taux plus bas qu’ils ne le font actuellement.

Emmanuel Macron n’est évidemment pas étranger à cette initiative. Pour l’Italie et la Grèce, on peut comprendre qu’ils verraient ces emprunts d’un bon œil, mais y voir la Belgique et surtout le Luxembourg est plus étonnant.

Mais on sait que le président français nourrit de très bonnes relations avec Charles Michel et avec Xavier Bettel, Premier ministre luxembourgeois. Une bonne relation que semble entretenir Charles Michel avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

Dans leur lettre commune, les 9 précisent que ces emprunts se feront aux bénéfices de tous les États membres. Reste donc à convaincre tout le monde…

Charles Michel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte – isopix

Les Néerlandais, en particulier, ont montré une forte opposition au projet. Pas très surprenant, depuis les négociations sur le budget européen, nos voisins du nord comptent chacun de leurs sous. Ils ne veulent pas assumer des risques pris par d’autres États en difficulté. La solidarité a ses limites quand cela touche aux finances publiques intérieures.

L’Allemagne n’a pas encore réagit officiellement. Mais on sait qu’ils ne veulent pas insérer trop rapidement les ressources européennes sur le marché sans connaitre l’impact exact de la crise.

Cette lettre est une nouvelle démonstration d’une Europe à plusieurs vitesses. Certains veulent avancer ensemble, d’autres s’en réfèrent plus que jamais à leurs frontières, surtout en temps de crise. Si cela concerne uniquement les pays de la zone euro, il manque alors 10 signatures. Et les autres pays en dehors de l’euro groupe agiront selon leur propre volonté. Ça fait donc déjà au moins trois divisions.

Le but était d’éviter que le débat ne devienne idéologique, grossièrement entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud. Mais cette lettre ouverte, lancée comme un appel et donc rendue publique, pourrait être contre-productive et compliquer les négociations en coulisses.

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