Le coronavirus provoque un retour en force des objets à usage unique

(Jens Kalaene/dpa-Zentralbild/ZB)

Pour éviter les contaminations, il est conseillé depuis le début de l’épidémie de privilégier les objets à usage unique. Le volume de déchets a littéralement explosé.

Gants, masques, blouses de protections, etc. Dans les unités Covid-19 des hôpitaux, tout est mis en oeuvre pour éviter la contamination du personnel soignant. Et cela passe par un nombre incalculable de protections jetables. Ce type d’équipements était déjà utilisé avant, mais pas en aussi grande quantité.

Il n’y a pas que dans le monde médical que la quantité de déchets a augmenté. Tout le commerce des produits alimentaires a dû s’adapter. Les restaurants ne fonctionnent plus qu’avec des livraisons ou des plats à emporter et utilisent donc des emballages en plastique ou, mieux, en carton.

Dans les magasins, les clients sont devenus méfiants vis-à-vis des produits en vrac. Les grandes chaînes ont donc recommencé à emballer dans du plastique les fruits et les légumes. En France par exemple, Elipso, l’association professionnelle représentant les fabricants d’emballages plastiques, a dû augmenter sa production de 30% pour faire face à la hausse de la demande.

Déchets

Tous ces emballages et les protections à usage unique deviennent des déchets qui doivent être collectés et recyclés ou incinérés. En Belgique, le début de la crise a été quelque peu compliqué avec des tournées de ramassage annulées. Dans certaines communes, une partie des déchets qui étaient habituellement recyclés (PMC ou restes organiques) étaient brûlés avec les autres par manque de personnel. À l’heure actuelle, la situation semble s’être améliorée et les recyparcs ont d’ailleurs rouvert leurs portes.

Cependant, l’association Be WaPP qui vise à améliorer la propreté dans les rues wallonnes a remarqué une augmentation du nombre de déchets jetés dans la nature et de dépôts clandestins dans une commune sur deux. Et cela alors que nous étions toujours en confinement.

On notera également pour la Belgique que les autorités se sont engagées à fournir des masques jetables à la population. Soit plusieurs millions de masques qui iront directement à la poubelle après leur usage et dont les filtres sont en plastique.

Politiques écologiques

Cette augmentation de la production de déchets inquiète les associations de protection de l’environnement. Elles redoutent notamment que les politiques écologiques sur la question des plastiques à usage unique fassent un pas en arrière.

Avant la crise, l’Union européenne s’était engagée à bannir d’ici 2021 les objets en plastique tels que les couverts, les cotons-tiges ou les pailles, qui ne sont utilisés qu’une seule fois avant d’être jetés. L’idée d’étendre cette interdiction aux emballages en plastique tout court fait son chemin dans certains États membres.

Début du mois d’avril, le lobby EUPC, représentant les industries de la plasturgie européenne, a adressé une lettre à la Commission pour demander un report d’un an de la première interdiction. L’organisation considère que cette législation porterait atteinte à l’hygiène et la santé des citoyens européens.

Outre l’interdiction (2021), la directive européenne fixe pour les Etats membres un objectif de collecte de 90% des bouteilles en plastique d’ici à 2029. Elle envisage également que les bouteilles en plastique devront avoir une teneur en matériaux recyclés d’au moins 25% d’ici à 2025 et d’au moins 30% d’ici à 2030.

Défense de l’environnement

Pour les associations de défense de l’environnement, les déchets produits aujourd’hui vont accroître la pollution de demain. Les déchets se décomposeront en microplastiques que l’on pourra observer dans l’air, dans l’eau et dans la nourriture, créant ainsi de nouveaux problèmes sanitaires.

L’organisation américaine Ocean Conservancy comprend bien que la santé est la priorité aujourd’hui. Cependant ‘nous devons également réaliser que le problème plus large des déchets mis en évidence par cette pandémie est vraiment important’. Si actuellement, il semble compliqué d’agir pour diminuer ces déchets sanitaires, les associations espèrent que des solutions seront trouvées dans le futur. Nicholas Mallos, spécialiste pour Ocean Conservancy, voudrait qu’à le long terme des ‘équipements de protection personnelle réutilisables et désinfectables’ soient développés.