Le CEO de Google demande à l’UE de réguler l’IA (mais pas trop)

Sundar Pichai lors de sa visite à Bruxelles. ISOPIX

Lors d’un événement organisé par le groupe de réflexion économique Bruegel, basé à Bruxelles, Sundar Pichai, le dirigeant de Google, a appelé l’UE et les États-Unis à aligner leurs réglementations sur l’intelligence artificielle.

‘De Google Translate aux voitures autonomes, l’intelligence artificielle connaîtra une forte croissance dans les années à venir. Bien que la réglementation des applications d’IA n’en soit qu’à ses débuts, les grandes entreprises technologiques demandent des normes communes au niveau mondial. Leur coopération est cruciale’ a déclaré M. Pichai.

Persuader l’UE de ne pas trop règlementer

Dans quelques semaines, l’UE proposera une législation imposant des conditions contraignantes aux développeurs d’IA dans des secteurs à haut risque tels que les soins de santé et les transports. Le patron de Google, Sundar Pichai redoute une réglementation trop stricte. Il semble lancer une offensive de charme à l’UE cette semaine. Ce dimanche, il a écrit une tribune dans le journal économique britannique The Financial Times. Il plaide pour une réglementation, mais demande une grande réflexion, et ‘sur la base de la législation existante’.

Hier, lors de sa visite à Bruxelles, il en a profité pour tenter de convaincre l’UE de ne pas être trop dure. Il a donné une conférence pour le groupe de réflexion Bruegel, plaidant pour un degré de supervision gouvernementale. Toutefois, il a averti que la surréglementation pourrait détruire la capacité d’innovation de l’Europe.

L’UE plus agressive que les USA

À l’heure actuelle, les plans américains et européens de réglementation de l’IA semblent prendre des directions différentes. Alors que la Maison Blanche préconise une approche douce, l’UE prévoit des mesures plus ambitieuses. La Commission européenne envisage d’interdire les systèmes de reconnaissance faciale dans les lieux publics dans les cinq années à venir.

Les différences de législation en matière de gestion des données et de protection de la vie privée entre les deux superpuissances économiques ont déjà causé de nombreux problèmes. Pour les géants de la tech comme Google, toute différence entre les États-Unis et l’UE entraînerait des coûts supplémentaires et des défis techniques.

Des lois européennes qui dérangent

Cependant, la société qui est à l’origine du célèbre moteur de recherche n’a pas bonne réputation en ce qui concerne la vie privée de ses utilisateurs. Aux États-Unis, l’entreprise a essuyé des tirs nourris après que le Wall Street Journal ait révélé en novembre comment elle recueille des données sur la santé de millions d’Américains pour concevoir un nouveau logiciel d’IA.

Google lutte depuis des années contre les pressions réglementaires de l’UE. L’entreprise est impliquée dans plusieurs affaires d’antitrust et les amendes s’élèvent à plusieurs milliards de dollars. Les lois européennes strictes en matière de droits d’auteur sont également une épine dans le pied du géant américain de la technologie.

Pichai a profité de son escapade bruxelloise pour rencontrer Margrethe Vestager hier. La commissaire européenne à la concurrence est à l’origine des 8 milliards d’euros d’amendes antitrust infligées à Google. Elle a désormais la politique numérique de l’UE dans son portefeuille, et c’est donc elle qui décidera du règlement sur l’intelligence artificielle. Une conversation qu’on imagine animée.