Le boom du cannabis montre ses limites au Canada: pourquoi 1,1 milliard de grammes restent invendus

Sur les 2,7 milliards de grammes de cannabis produits entre 2018 et 2020 au Canada, 1,5 milliard est resté invendu à la fin de l’année 2020. De ce montant, 1,1 milliard de grammes ont été stockés en inventaire et au moins 450 millions de grammes ont été détruits par les producteurs. Mais pourquoi?

Pourquoi est-ce important ?

Ce business florissant attire de plus en plus de capitaux privés qui investissent des dizaines de millions de dollars dans la filière. Des entreprises pionnières sur ce marché, comme la société canadienne Canopy Growth, affichent une hausse vertigineuse de leur chiffre d’affaires, passant de 78 millions à 438 millions de dollars canadiens entre 2018 et 2020. Mais désormais, l'offre a largement passé la demande.

En 2015, Justin Trudeau s’était présenté aux élections canadiennes avec comme flèche à son arc la légalisation du cannabis récréatif. Cette loi devait être une solution aux restrictions inefficaces précédentes et un meilleur moyen de contrôler les marchés noirs et la consommation. Trois ans plus tard, en octobre 2018, la loi C-45 est actée, faisant du Canada le deuxième pays au monde, après l’Uruguay, à légaliser la consommation récréative de cannabis.

Les perspectives économiques de ce nouveau marché étaient folles. Il fallait à tout prix développer l’offre encore timide. C’est ainsi qu’a commencé la course aux investissements, à la croissance, aux spéculations sur les capacités de production, etc. Peu doutaient qu’il s’agissait là d’un marché lucratif doté d’une demande sûre et stable. Mais peu se sont réellement posé la question des exigences de cette demande et quelle forme elle allait prendre. Un peu comme cette confiance inébranlable que les banquiers de Wall Street vouaient au marché de l’immobilier avant le krach de 2008…

Ils n’ont pas eu tort pendant un certain temps. En 2017, le cours boursier des trois plus grosses sociétés de ce secteur avait déjà cru de 200%, rapporte The Walrus. Avant que le château de cartes ne s’effondre. C’est en 2021 que le constat s’est imposé: le Canada produisait beaucoup trop de cannabis par rapport à la demande.

Selon les données rassemblées par Health Canada, l’organisme fédéral chargé de réguler la production nationale de cannabis: le stockage et la destruction des produits se justifient de plusieurs façons, notamment :

  • L’engorgement des canaux de vente, à cause des provinces qui ouvrent leurs magasins trop lentement;
  • Certains produisent déjà du cannabis avant l’obtention de leur licence de vente;
  • La production hâtive engendre des produits de moins bonne qualité, peu courtisés par le public;
  • Dans l’attente de créer des produits dérivés, des producteurs stockent leur récolte parfois pendant 1 an.

Si cette disparité entre offre et demande inquiète les économistes, Dawkins, lui, consultant chez Althing Consulting, explique à MJBizDaily que la montagne de cannabis stocké et détruit ne reflète pas forcèment un mal-être économique. Certaines entreprises vendent très bien. Cela montre simplement que certaines entreprises arrivent à mieux accorder leur offre à la demande, et elles n’ont pas besoin de créer un surplus.

Ryan Douglas, propriétaire du cabinet de conseil Ryan Douglas Cultivation et maître cultivateur, dédramatise en faisant remarquer à MJBizDaily que toute nouvelle industrie connaît des difficultés de croissance. Dans le cas présent, les dirigeants du secteur canadien du cannabis ont manifestement fait des prévisions de ventes trop optimistes. Cela a conduit à des stocks importants de produits invendus et à une capacité de production excessive. Cela dit, « les gaspillages massifs et les mauvaises récoltes répétées dans l’horticulture commerciale sont des exceptions, pas la norme, et ce n’est pas une façon de gérer une entreprise rentable. »

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