Principaux renseignements
- Les forces françaises ne disposent pas d’une stratégie cohérente à l’échelle de l’armée pour faire face à un conflit de haute intensité contre un adversaire de force équivalente.
- Les régiments locaux recourent à la dispersion tactique pour échapper à la surveillance par drones.
- Les contraintes budgétaires les obligent à privilégier des solutions de fortune plutôt que des systèmes de protection avancés.
L’armée française est actuellement confrontée à un manque d’objectifs stratégiques clairs et à des ressources insuffisantes. Bien que le 68e régiment d’artillerie africain ait commencé à mettre en œuvre des changements inspirés des observations tirées du conflit en Ukraine — tels que la dispersion des canons César afin de minimiser leur visibilité face à l’ennemi —, ces ajustements s’opèrent principalement au niveau régimentaire plutôt que dans le cadre d’une stratégie cohérente à l’échelle de l’armée.
Pendant des décennies, les forces terrestres françaises ont été conçues pour des interventions à l’étranger, ce qui les a laissées mal préparées à un affrontement de haute intensité avec des troupes russes dotées d’une expérience significative du combat.
Évolutions tactiques
Afin d’améliorer la survie et les temps de réaction, le 68e régiment d’artillerie africain passe d’une organisation en deux grandes sections de quatre canons à trois sections plus petites de deux canons chacune. Cette dispersion est facilitée par le système de conduite de tir Atlas, qui permet à des unités géographiquement éloignées de coordonner leurs frappes sur une même cible.
De plus, une section de soutien dédiée se charge désormais de la mise en place de leurres et de la préparation des sites, ce qui permet aux équipages de se cacher dans des zones dissimulées et de stationner les obusiers sous des cages métalliques de protection. Ces tactiques ont été testées lors de l’exercice Orion 2026, bien qu’elles n’aient pas encore été adoptées comme norme générale au sein de l’ensemble des forces. C’est ce qu’écrit Meta-Defense.
Défense contre les drones
Des évolutions similaires vers la décentralisation apparaissent ailleurs. La 7e brigade blindée teste la division de ses sections en groupes plus petits afin de les rendre moins attractifs pour la surveillance par drones, qui peuvent désormais voir à des kilomètres derrière les lignes de front. Par ailleurs, le système DRAKAR est en cours de développement afin de permettre aux véhicules de commandement de se connecter et de se déconnecter rapidement pour éviter d’être détectés.
Si la France adopte des méthodes utilisées en Ukraine — telles que l’utilisation de cages métalliques à des fins de protection —, il s’agit là de solutions de fortune. En revanche, l’Allemagne et la Pologne investissent dans des systèmes de protection active avancés capables d’intercepter réellement les menaces entrantes.
Combler le retard en matière de drones
Pour contrer la menace des drones avec un budget limité, l’armée française a développé Proteus, un canon mobile de 20 mm monté sur un camion. Bien que moins coûteux que la défense aérienne traditionnelle, sa capacité à neutraliser des drones autonomes sophistiqués n’a pas encore fait ses preuves. La France a également souffert d’un déficit critique en matière de capacités tactiques liées aux drones à partir de 2021.
Pour y remédier, le gouvernement s’est fixé pour objectif d’acquérir des milliers de petits drones et de munitions vagabondes, de créer une école spécialisée dans les drones et de doter les régiments de fonds annuels modestes pour l’acquisition d’équipements au niveau local. Cependant, ces budgets à petite échelle visent davantage des solutions rapides qu’une modernisation complète des forces armées.
Contraintes financières
Sur le plan financier, l’armée de terre a été la branche la moins priorisée dans le cadre des récentes lois de programmation militaire. Alors que des projets tels que la modernisation des chars Leclerc et la constitution de stocks de munitions se poursuivent, il n’y a pas eu de réorientation fondamentale, passant d’un modèle de déploiement rapide à un modèle adapté à la guerre entre pairs.
Les projets visant la mise en service d’un nouveau char intermédiaire d’ici 2035 et le projet franco-allemand MGCS mettent l’accent sur l’intelligence artificielle et la connectivité, mais ne répondent pas immédiatement aux besoins urgents en matière de protection observés sur les champs de bataille actuels.
Un besoin urgent de moyens supplémentaires
Compte tenu de l’instabilité économique et du climat politique actuels, une refonte stratégique majeure est peu probable avant la prochaine élection présidentielle. En l’absence d’un nouveau « Livre blanc » définissant les missions spécifiques de l’armée et ses besoins en ressources, les forces armées continueront de s’appuyer sur des expérimentations régimentaires fragmentées.
À terme, la France pourrait devoir reconsidérer ses ambitions mondiales et, à la place, spécialiser ses forces terrestres en une unité d’intervention légère et hautement mobile au sein de l’OTAN, soutenue par la dissuasion nucléaire, tout en s’appuyant sur les capacités plus lourdes d’alliés tels que l’Allemagne et la Pologne. (fc)
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