La Vivaldi veut élargir le débat sur les pensions mais reste bloquée sur l’essentiel : nouveau match gauche-droite

La Vivaldi maintient le rythme : dimanche après-midi, les vice-premiers ministres du gouvernement fédéral se réuniront à nouveau pour discuter des pensions. Cette semaine, très peu de progrès ont été réalisés. La droite veut ouvrir le débat, au-delà des quatre points établis par Alexander De Croo (Open Vld) et la ministre des Pensions, Karine Lalieux (PS). Ainsi, l’âge de départ à la retraite particulièrement bas du personnel de la Défense et de la SNCB est sur la table, soit les deux vaches sacrées des ministres PS et Ecolo. La gauche contre-attaque : pourquoi ne pas ouvrir l’accès aux pensions aux conjoints aidants des travailleurs indépendants ? Du côté de l’Open Vld, ça grogne en interne : « Les principes élaborés à l’époque par Achiel Van Acker ‘qui travaille, contribue à ses droits à la retraite’ – sont en train de s’effriter », résume-t-on.

Dans l’actualité : La Vivaldi doit retourner au travail ce week-end.

Les détails : « l’agenda de l’été » du gouvernement fédéral continue d’être chargé, il reste un peu moins de quinze jours.

  • « Votre gouvernement Vivaldi a renoncé à l’ambition d’un accord d’été. En résumé, on a droit au quattro stagioni senza l’estate, les quatre saisons sans l’été. » Dans son meilleur italien, le chef de groupe N-VA, Peter De Roover, s’est moqué des ambitions de l’équipe fédérale hier, à la Chambre. L’opposition a dû constater, encore une fois, que les partis de la Vivaldi s’écharpaient aux yeux de tous.
  • Mais le Premier ministre a affiché un sourire affable. Il est resté stoïque et a répété son mantra : « Nous trouverons des solutions. C’est ce que ce gouvernement fait depuis des mois ». Il a toujours l’ambition de présenter une autre série de décisions avant le 21 juillet et, de préférence, un premier examen sur le budget. Parmi elles, l’accord avec Engie, que Tinne Van der Straeten (Groen), la ministre de l’Énergie, a promis hier.
  • Le dossier des pensions est en haut de la pile. Cette semaine, il y a eu quelques réunions à ce sujet au sein du kern, mais à chaque fois, les partis autour de la table sont ressortis bredouilles, ils n’avaient en fait que deux heures pour se réunir. La conclusion : l’écart entre les positions est très large.
  • La stratégie du Premier ministre qui consiste à ne proposer que quelques points au lieu d’une réforme majeure ne semble pas acceptable pour l’aile droite du gouvernement. Son propre camp : tant le MR que le CD&V et l’Open Vld souhaitent en fait que le débat soit élargi. Cela parait être la seule façon, pour eux, de présenter un accord défendable qui permet de financer à long terme les pensions.
  • Très concrètement, la droite a mis en avant un point sensible qui revient dans de nombreux rapports sur la Belgique : les fonctionnaires cessent de travailler beaucoup trop tôt.
    • Deux cas concrets et symboliques ont été présentés : les soldats professionnels de la Défense, qui doivent prendre leur retraite à 56 ans, y compris les officiers, et le personnel des trains de la SNCB, qui prend sa retraite à 55 ans.
    • À titre de comparaison, aux Pays-Bas, les soldats professionnels restent dans l’armée jusqu’à 65 ans, soit presque 10 ans de plus qu’en Belgique.
    • En Belgique, plus de la moitié des fonctionnaires partent à la retraite avant l’âge de 60 ans, alors que dans le secteur privé, cet âge n’est atteint qu’après 65 ans.
  • Hier, Eurostat a présenté de nouveaux chiffres embarrassants pour la Belgique : la durée moyenne d’une carrière y est de 34 ans. Seules la Croatie, la Bulgarie, la Grèce, l’Italie et la Roumanie font pire. Si vous vous demandez pourquoi les Pays-Bas et les pays scandinaves ont un taux d’emploi de 80 % et plus, alors que la Belgique traîne à 10% de moins, il ne faut pas aller chercher plus loin. Aux Pays-Bas, le numéro un européen, une carrière dure plus de 42 ans en moyenne. La Suède, le Danemark, la Finlande, l’Estonie et l’Allemagne complètent le top 6 en Europe : là-bas, les gens travaillent pendant un peu moins de 40 ans.
  • Ce changement, qui permettrait à un plus grand nombre de Belges de rester plus longtemps dans la vie active, est recommandé par tous les spécialistes nationaux et étrangers. Le but est de résoudre les problèmes structurels de la pérennité financière à long terme du système des pensions. Mais ces lignes ne se retrouvent guère dans ce qui a été divulgué pour l’instant.
  • Car tant Ludivine Dedonder (PS), à la Défense, que Georges Gilkinet (Ecolo), à la SNCB, ne se voient pas annoncer le message selon lequel il faudrait « travailler plus longtemps » à « leur » personnel. Dedonder a réussi à obtenir une sérieuse augmentation de salaire, et grâce au contexte international, la Belgique a été obligée d’augmenter substantiellement les budgets de la Défense. Garder les soldats plus longtemps dans l’armée augmenterait certainement l’expertise.
  • Quant à Gilkinet, il doit faire économies substantielles à la SNCB, et personne ne sait comment il va s’y prendre.
  • Dans tous les cas, les deux institutions ont un besoin criant de personnel, dans un marché du travail déjà difficile : garder le personnel actuel plus longtemps ne serait pas une si mauvaise idée.

Ce qui se passe : La gauche met sur la table une idée tentante pour le MR et le CD&V : inclure les conjoints aidants des indépendants dans le système de retraite.

  • S’il s’agit d’un « accord plus large », la logique peut également être inversée : pourquoi ne pas donner à un plus grand nombre de personnes une pension finalement ? Depuis le début du processus, il est aussi annoncé que « quelque chose » sera fait pour limiter les discriminations de genre. Dans cette logique, la proposition d’inclure les conjoints aidants des indépendants dans les systèmes de pension a été avancée.
  • Le MR et le CD&V peuvent entendre cette proposition : des organisations plaident depuis longtemps pour que les épouses des agriculteurs et des petits entrepreneurs, qui les aident depuis des années dans leur activité, bénéficient également de droits à la retraite. Le groupe parlementaire du CD&V fait pression en ce sens.
  • Une « déclaration sur l’honneur » des femmes suffirait, indiquant qu’elles ont coopéré avec leurs maris. Le gouvernement fermerait les yeux sur le fait qu’aucun droit à la pension n’a été constitué, car il s’agissait en fait de travail non déclaré.
  • « Ce système est trop fou pour être décrit. Nous saperions les principes fondamentaux de notre système de retraite. Qui travaille et qui contribue, crée des droits », telle était l’idée avec laquelle Achiel Van Acker, ancien Premier ministre socialiste, a posé en 1944 la pierre angulaire de notre système actuel. Allons-nous saper cela maintenant et ajouter des gens à ce système ? », entend-on dans les couloirs de l’Open VLD.
  • Ils soulignent la double attitude du CD&V : « Au sein du gouvernement, on se préoccupe du caractère abordable du système, mais d’un autre côté, on veut introduire ce genre d’idées ? C’est quoi ça maintenant ? »
  • « Le niveau d’emploi n’est absolument pas augmenté par une telle proposition. Au contraire : nous faisons un trou si grand que l’on ne voit même plus les bords », nous glisse une autre source.

L’essentiel : beaucoup de bruit, mais la principale discussion concerne toujours le nombre d’années effectives avant d’avoir droit à une pension minimum.

  • Le gouvernement est depuis longtemps d’accord sur un point : le « bonus retraite ». Il s’agit d’une incitation pour les personnes qui continuent à travailler à deux tiers temps, après avoir pris une retraite anticipée : cette prime s’élèverait jusqu’à 500 euros nets par année supplémentaire travaillée, pour les salariés, les fonctionnaires et les indépendants.
  • Voilà pour le consensus. Le Premier ministre, qui souhaite ardemment ajouter d’autres éléments à l’accord potentiel, doit maintenant jouer les équilibristes : un « accord plus important » recevra sans aucun doute beaucoup plus d’éloges du monde extérieur. Alors la Vivaldi pourra dire qu’elle « réforme vraiment ».
  • Mais le risque que cet accord n’ait jamais lieu est beaucoup plus grand : le PS négocie dans un fauteuil, car son grand trophée, la pension minimum à 1 500 euros, est acquis depuis longtemps. « Passer des accords, quel que soit le résultat, bon ou mauvais, devient la maladie de tout Premier ministre au bout d’un moment », soupire un membre du kern. Le grand danger, c’est le plus petit dénominateur commun. Un accord sur le strict minimum entre les partis pour une déception maximale pour le grand public.
  • Dans ce cadre, la manœuvre sur les pensions des fonctionnaires, et même la proposition sur les conjoints aidants des indépendants, semblent n’être que des écrans de fumée pour tenter de recoller à la vraie discussion. Cette discussion tourne toujours autour de la question de savoir qui a accès à cette fameuse pension minimum de 1 500 euros.
  • D’ailleurs, en raison de l’inflation, ce montant symbolique, qui date de 2020, n’est plus aussi spectaculaire : les socialistes voient leur « grand trophée » fondre chaque jour un peu plus. Mais il reste à voir si cela les incitera à faire des concessions majeures.
  • « Le Premier ministre travaille dur, notamment par le biais de contacts bilatéraux, pour rassembler tout le monde. La question est de savoir si, d’ici dimanche, il y aura une plus grande volonté de parvenir à un accord. Il faut que tout soit explicable à la fin », nous fait savoir une personne impliquée.

À noter : Le PS s’insurge une fois de plus : « Ne touchez pas à notre index ».

  • Cela ressemblait à une réunion syndicale hier à la Chambre. Et cette fois, remarquablement, il n’était pas question du PTB, mais de Vooruit et du PS. Ils se sont opposés avec véhémence hier à la proposition de la FEB, l’organisation patronale, de reporter d’un à deux ans l’indexation automatique des salaires, comme c’est le cas au Luxembourg. Là-bas, un gouvernement bleu, rouge et vert a mis en œuvre cette mesure pour cette année ; Pieter Timmermans, le patron de la FEB, veut la même chose ici.
  • « Lorsque les entreprises faisaient des bénéfices records, cet argent était donné aux investisseurs et aux actionnaires. Mais maintenant que les prix augmentent, les entreprises ne cèdent rien », a pesté Anja Vanrobaeys (Vooruit).
  • Mais en décibels, Christophe Lacroix (PS) est allé un cran au-dessus : « Depuis le gouvernement suédois, les temps ont changé : il est fini de danser au rythme du patronat, avec des socialistes au gouvernement. La grande fête de la FEB, qui a obtenu un saut d’index de la part du gouvernement suédois, est terminée ! »
  • Ensuite, Pierre-Yves Dermagne, le vice-premier ministre et ministre du Travail du PS, a été autorisé à répondre. Il a lui aussi répété le slogan, tant en français qu’en néerlandais : « Nous ne toucherons pas à l’indexation automatique des salaires ! », sous les applaudissements nourris et les acclamations de Vooruit, PS, Groen et Ecolo, mais aussi de PTB. Les bancs de l’Open Vld et du MR sont restés un peu perplexes.

Encore une fois : rouge contre bleu.

  • Les socialistes flamands ont été bavards hier et avaient un autre chat à fouetter. Ils se sont montrés très critiques quant à la réaction du MR face aux plans de réforme fiscale. Joris Vandenbroucke (Vooruit) a répété sa diatribe sur les réseaux sociaux et a attaqué de front Georges-Louis Bouchez.
  • « Nous savons ce que nous devons : baisser enfin les impôts sur le travail pour renforcer le pouvoir d’achat. (…) Le temps des études et des bavardages est terminé. Il est temps de gouverner et de prendre des décisions ensemble, monsieur le Premier ministre. Sinon, ce gouvernement n’est pas meilleur que le gouvernement suédois, qui était dirigé par le MR et la N-VA », a-t-il déclaré.
  • À la Chambre, il est assez remarquable qu’aucun parti de la Vivaldi ne se soit au moins questionné sur les plans de réforme imminents du ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (CD&V), et les conclusions du professeur Marc Delanote (Ugent). Le MR et l’Open Vld sont soudainement apparus beaucoup plus modérés que leurs présidents de parti. Mais regardez : le professeur a apparemment eu une entrevue avec Bouchez. « J’ai rattrapé mon retard et réglé les problèmes », a tweeté Delanote, en selfie avec le président du MR.
  • Pour l’opposition, les propos de Vandenbroucke étaient bien sûr un cadeau, pour s’en prendre une nouvelle fois à la coalition.
    • « Pourriez-vous indexer vos barèmes fiscaux, comme les experts l’ont également suggéré ? Il n’est pas nécessaire de procéder à une réforme fiscale pour cela, mais de cette manière, la classe moyenne flamande pourra enfin bénéficier d’une augmentation de son pouvoir d’achat. Savez-vous ce que vous faites ? Vous ferez ce que Vandenbroucke a demandé. Gouverner », a taclé Peter De Roover (N-VA).
    • « La réalité de notre système fiscal est que les très riches s’en sortent aujourd’hui avec un impôt nul sur leur fortune : La famille Wittouck, 10,8 milliards, zéro impôt, la famille Van Damme, 10,5 milliards, zéro impôt, la famille Frère, 6,9 milliards, zéro impôt, la famille de Spoelberch, 6,8 milliards, zéro impôt. Quand allez-vous faire quelque chose à ce sujet ? », a fustigé Marco Van Hees (PVDA).
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