La ‘sisa’, la cocaïne du pauvre grec

[PICTURE|sitecpic|lowres]Personne ne sait vraiment qui est arrivé en premier. La crise économique ou la « sisa » (« chicha » en français), surnommée « cocaïne du pauvre » ?, s’interroge le journal britannique The Guardian. La « sisa » est une variante de la drogue de synthèse psycho-stimulante, la métamphétamine, qui est vendue 2 euros la dose dans les rues d’Athènes.

« C’est la pire des drogues, ça brûle vos entrailles et cela vous rend agressif et complètement fou », raconte Maria, une ancienne héroïnomane. « Mais il est facile de s’en procurer et c’est pas cher ». Le site Vice.com a réalisé un reportage vidéo au sujet de la « sisa » dans lequel le journaliste Alex Miller arpente les bas quartiers d’Athènes et y interroge plusieurs toxicomanes.

Cette drogue coupée avec du détergent, avec de l’huile de batterie et avec d’autres substances inconnues est capable de faire rentrer l’usager dans un état de violence aveugle, relatent les consommateurs. Non seulement la « sisa » est bon marché mais elle se fabrique aussi facilement dans les laboratoires clandestins de la capitale. « Cette drogue tue et vous donne aussi envie de tuer », explique Konstantinos. La « sisa » peut se consommer avec une pipe, en intraveineuse ou en la sniffant.

Avec la crise, une plus grande partie de la jeunesse grecque sombre dans prostitution et la consommation de drogues. Alors que le pays entre dans sa cinquième année consécutive de récession économique, le taux de chômage des jeunes avoisine les 60% et le nombre de prostituées a augmenté de 150% durant les deux dernières années. Le tarif actuel pour une passe a chuté à 10 euros en raison de la diminution des revenus des clients. De nombreux jeunes offrent des services sexuels sans protection en pleine rue. Beaucoup des jeunes prostituées sont chômeuses et sans avenir, nombreuses sont celles qui sont devenues accros à la « sisa ». L’administration intraveineuse de cette drogue a contribué à la hausse de la propagation du virus du Sida dans le pays depuis 2011, tout cela alors que les systèmes de santé grecs ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. La police grecque de son côté, semble manquer de moyens et se contente d’organiser des rafles durant lesquelles elle éloigne les toxicomanes du centre de la ville. Sur son blog du New York Times, Liz Alderman a consacré un article à la crise sociale que vit la Grèce, article illustré avec les photographies d’Angelos Tzortinis.

Pour Charalampos Poulopoulos, le chef du KETHEA, un éminent centre de prévention de la drogue, la « sisa » de Grèce symbolise les ravages d’une crise qui a engendré de la misère et des niveaux records de chômage. « C’est la «drogue de l’austérité», une des dernières trouvailles des dealers qui produisent de plus en plus de drogues de synthèse pour des consommateurs qui n’ont plus les moyens de payer d’autres drogues telles que l’héroïne ou la cocaïne ».