Principaux renseignements
- La Russie exploite ses réseaux de la diaspora à travers l’Europe pour faire avancer son programme politique par le biais de lobbying, de collecte de renseignements et de campagnes de désinformation contre l’Ukraine.
- Le Kremlin utilise stratégiquement des événements tels que les célébrations du Jour de la Victoire pour diffuser des discours pro-russes, discréditer les partisans de l’Ukraine et saper l’unité européenne.
- Pour contrer l’influence russe, il faut davantage de transparence, des mécanismes de contrôle plus stricts et un soutien aux voix indépendantes afin de contester la machine de propagande du Kremlin.
La Russie transforme activement ses réseaux de la diaspora à l’étranger en outils d’influence, les employant pour toute une série d’activités allant du lobbying et de la collecte de renseignements aux campagnes de désinformation contre l’Ukraine. Cette stratégie est particulièrement évidente alors que la Russie se prépare pour les célébrations du Jour de la Victoire le 9 mai.
Une facette visible de l’influence
Chaque année, les villes européennes assistent à des défilés au cours desquels des personnes portent des portraits de soldats, ornés de rubans orange et noirs, et brandissent des drapeaux rouges. Bien que les organisateurs qualifient ces événements de commémorations, ils représentent la facette visible d’une vaste infrastructure d’influence financée par l’État, méticuleusement construite par Moscou au fil des décennies et considérablement étendue à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.
Avec une population de la diaspora estimée entre 10 et 25 millions de personnes, le Kremlin ne considère pas ces individus comme une communauté, mais comme une ressource à exploiter. Depuis 2014, et surtout après 2022, les services spéciaux russes et les structures de politique étrangère ont systématiquement transformé ces réseaux en instruments actifs de guerre hybride. Leurs objectifs sont clairs : faire pression contre les sanctions, créer l’illusion d’un soutien populaire à l’agression de Moscou, collecter des renseignements et discréditer les partisans de l’Ukraine.
Un système méticuleusement conçu
Ce système n’est pas aléatoire, mais méticuleusement conçu. Il comprend un réseau d’organisations officiellement culturelles ou humanitaires qui sont en réalité subordonnées aux institutions étatiques russes et aux missions diplomatiques. Rossotrudnichestvo coordonne les activités par le biais de son réseau de « Maisons russes » dans de nombreuses villes. La fondation « Russkiy Mir » finance des initiatives éducatives qui promeuvent subtilement des discours politiques alignés sur l’agenda du Kremlin. « Pravfond » soutient des ONG et des médias à travers l’Europe, présentant les restrictions imposées aux contenus en langue russe comme une forme de discrimination. Les « conseils de coordination des compatriotes » unissent les organisations locales de la diaspora en une voix politique unifiée, reprenant systématiquement les messages diffusés par le ministère russe des Affaires étrangères.
Les services spéciaux russes et les structures de la diaspora orchestrent des événements de masse dans de nombreuses capitales européennes : rassemblements, cortèges automobiles, reconstitutions historiques et cérémonies de dépôt de fleurs. Les organisateurs officiels sont souvent des mouvements pro-russes et des structures de la diaspora, tels que le mouvement « Nezakladnam CR » à Prague ou les « Maisons russes » à Sofia, Varsovie et Bucarest. Derrière la façade de l’engagement culturel, la conception opérationnelle est transparente.
Plateformes de désinformation
Ces événements servent de plateformes pour diffuser des messages s’opposant aux sanctions contre la Russie et à l’aide militaire à l’Ukraine, prônant la paix à tout prix, accusant l’Occident d’attiser le conflit et affichant ostensiblement des symboles russes et soviétiques dans les espaces publics. En substance, le Jour de la Victoire s’est transformé en une plateforme de désinformation et de pression politique, coordonnée par les ambassades russes et les institutions affiliées à l’État.
Les marches du « Régiment immortel », autrefois une véritable initiative populaire rendant hommage aux membres de la famille ayant combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, ont depuis longtemps été récupérées par l’État. Les scénarios, les orateurs et les symboles sont désormais contrôlés de manière centralisée. Des portraits de Staline apparaissent aux côtés de drapeaux soviétiques, et les slogans scandés dans les rues européennes font directement référence aux ambitions militaires de la Russie. Il ne s’agit pas d’une commémoration de la mémoire ; c’est une répétition en vue d’une nouvelle guerre.
Accorder un espace public pour la légitimation
La tolérance envers les événements de la diaspora russe sans examen approprié accorde de fait un espace public à une campagne qui légitime la guerre en cours sur le sol européen. Les événements dont l’Europe sera témoin les 8 et 9 mai ne sont pas de simples marches commémoratives ; ce sont des plateformes pour les réseaux d’influence de la diaspora et des activités potentiellement opérationnelles menées par des structures liées aux services de renseignement russes.
Les Européens doivent comprendre que les messages contre les sanctions et l’aide militaire à l’Ukraine, les appels à la paix à tout prix et les accusations portées contre l’Occident pour attiser la guerre qui accompagnent ces événements ne sont pas le fruit du hasard, mais des éléments délibérés de l’agression hybride de la Russie visant à saper les sociétés européennes.
Lutter contre l’influence russe
Les pays où des structures russes latentes pourraient opérer doivent accorder une attention accrue à la transparence du financement de ces organisations, à une mise en œuvre plus stricte des mécanismes de contrôle de l’influence étrangère, à une séparation claire entre les initiatives culturelles et les événements à caractère politique, ainsi qu’au soutien d’initiatives civiques russes indépendantes afin de contrebalancer la propagande du Kremlin.
Restriction de l’utilisation de symboles militaires et totalitaires (rubans de Saint-Georges, symbole « Z », emblèmes soviétiques) et interdiction des appels publics justifiant la guerre d’agression de la Russie pourraient constituer des mesures efficaces.
La coopération entre les États, en particulier au sein des structures européennes et euro-atlantiques, doit inclure le partage d’évaluations sur les activités spécifiques des organisations afin de garantir une réponse coordonnée et efficace aux menaces pesant sur la sécurité européenne.
La coordination avec les diasporas ukrainiennes et alliées pour organiser des événements alternatifs contrebalançant le monopole narratif russe est cruciale. Ce n’est que par l’unité que l’Europe pourra surmonter la grave menace que représentent les actions de la Russie.
L’Europe doit ériger une barrière solide contre cette tentative de créer une frénésie de victoire artificielle, en empêchant les divisions sociétales, notamment en ce qui concerne le soutien à l’Ukraine face à l’agresseur. Ensemble, le slogan européen « Plus jamais ça » doit l’emporter sur le « nous pouvons recommencer » de la Russie, afin de garantir que l’agresseur soit tenu responsable et que la paix revienne en Europe.
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