Principaux renseignements
- La Russie a triplé ses dépenses fédérales classifiées depuis 2021.
- La forte augmentation des dépenses secrètes est due aux coûts liés à la « défense nationale » et à la reclassification de certaines dépenses de politique sociale.
- La baisse des dépenses publiques dans les programmes sociaux et d’autres domaines clés menace la stabilité économique à long terme de la Russie.
Les efforts de guerre actuels de la Russie ont considérablement accru la part des dépenses classifiées dans son budget fédéral. Une étude de l’Institut Gaidar révèle que près d’un tiers de l’ensemble des dépenses publiques échappe désormais au contrôle public. Cela représente une hausse substantielle par rapport aux 24,9 pour cent enregistrés en 2024 et près du double des 15,1 pour cent enregistrés en 2021, l’année précédant l’invasion de l’Ukraine.
Transparence limitée
Le manque de transparence du budget russe depuis 2022 a contraint les analystes à s’appuyer sur des informations fragmentaires provenant de diverses sources pour reconstituer les schémas de dépenses. Reconnaissant cette limite, l’Institut Gaidar souligne que ses calculs reposent sur des données incomplètes.
Selon leurs estimations, les dépenses secrètes s’élevaient à 12 300 milliards de roubles (150 milliards d’euros) sur un total de 42 900 milliards de roubles (520 milliards d’euros) de dépenses fédérales en 2025. Cela signifie que les dépenses publiques s’élevaient à environ 30,6 billions de roubles (370 milliards d’euros), soit un peu moins que le montant proposé dans le projet de loi de finances pour 2025. Les documents officiels ne font état que de 31 600 milliards de roubles (380 milliards d’euros) de dépenses, le reste étant classé secret ou strictement secret.
Un record historique
La Russie a dépassé son record d’avant-guerre en matière de dépenses classifiées en 2023, celles-ci atteignant 22,6 pour cent du budget. Le précédent record était de 21,7 pour cent en 2016, en raison du remboursement anticipé de prêts accordés à des entreprises de défense soutenues par l’État.
Le principal moteur de cette flambée des dépenses secrètes est la catégorie « défense nationale », qui représente plus d’un tiers des dépenses fédérales totales. Il convient de noter que certaines dépenses publiques, notamment dans le domaine de la politique sociale, ont été transférées vers la partie classifiée du budget.
Changement de priorités
Les dépenses publiques en matière de politique sociale ont diminué, passant de 8,4 billions de roubles à 6,5 billions de roubles (de 100 à 78 milliards d’euros), soit une baisse de 26,6 pour cent après ajustement pour tenir compte de l’inflation. Cette évolution, combinée à ce que l’institut qualifie d’« optimisation » dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’économie et des transferts interbudgétaires, s’est traduite par des dépenses publiques largement stables, s’établissant à 30,6 billions de roubles (370 milliards d’euros) en 2025 contre 30,2 billions de roubles (365 milliards d’euros) en 2024. Toutefois, après ajustement pour tenir compte de l’inflation, on constate une baisse de 3,8 pour cent, soit l’équivalent de 0,4 point de pourcentage du produit intérieur brut.
Les dépenses corrigées de l’inflation ont diminué dans huit des treize catégories de dépenses publiques, hors service de la dette. Les dépenses consacrées à l’économie et aux transferts interbudgétaires ont baissé de 8 pour cent, tandis que les hausses les plus importantes ont été observées dans les « questions d’État générales » (42 pour cent), le logement et les services publics (24 pour cent) et les soins de santé (7 pour cent).
L’Institut Gaidar met en garde contre le fait que ces pressions budgétaires deviennent de plus en plus insoutenables et appelle à une discipline budgétaire plus stricte, en exhortant à aligner les dépenses sur les capacités de génération de recettes de la Russie. (fc)
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