Principaux renseignements
- La Russie est confrontée à une grave pénurie de main-d’œuvre malgré un faible taux de chômage, ce qui menace sa stabilité économique.
- Cette crise de la main-d’œuvre est due à une combinaison de facteurs : déclin démographique, baisse de l’immigration, mobilisation militaire et concurrence de l’industrie de la défense.
- Les décideurs politiques occidentaux peuvent exploiter cette vulnérabilité en mettant en œuvre des mesures ciblées visant à mettre davantage sous pression la main-d’œuvre russe.
Le faible taux de chômage de la Russie, actuellement de 2,1 pour cent, masque une crise plus profonde : une pénurie de main-d’œuvre. Cette pénurie menace la stabilité de l’économie russe, malgré les affirmations contraires du président Vladimir Poutine.
Déclin démographique
La pénurie de main-d’œuvre résulte de plusieurs facteurs interdépendants. Premièrement, la Russie est confrontée aux conséquences d’une forte baisse des taux de natalité au cours des années 1990. Cette tendance démographique a entraîné une diminution du bassin de personnes en âge de travailler. Les projections indiquent que cette tendance se poursuivra, ce qui pourrait conduire à une réduction significative de la population active au cours des prochaines décennies.
Deuxièmement, la migration, qui contribuait auparavant à compenser le déclin naturel de la population russe, a diminué. Moins de travailleurs d’Asie centrale choisissent la Russie comme destination, préférant des pays offrant de meilleurs salaires et des conditions plus sûres. La guerre en Ukraine a encore exacerbé ce problème en interrompant la migration provenant d’une source autrefois importante.
Mobilisation militaire
Troisièmement, la mobilisation militaire en cours pour le conflit en Ukraine a privé le pays d’une part importante de sa main-d’œuvre. Des centaines de milliers d’hommes ont été mobilisés ou ont fui le pays, créant un vide difficile à combler.
Enfin, l’industrie de la défense en plein essor, alimentée par les subventions gouvernementales, se livre à une concurrence acharnée pour les travailleurs restants, ce qui tend encore davantage le marché du travail.
Cette situation ne devrait pas s’améliorer dans un avenir proche. Le seul soulagement potentiel viendrait d’un ralentissement économique brutal entraînant des licenciements massifs, que les secteurs militaire et de la défense seraient probablement en mesure d’absorber. Cela crée un cercle vicieux qui souligne la gravité de la situation difficile dans laquelle se trouve la Russie.
L’Occident peut réagir
Les décideurs politiques occidentaux pourraient tirer parti de cette vulnérabilité en ciblant le marché du travail russe par des mesures stratégiques. Restreindre les transferts d’argent vers les travailleurs migrants d’Asie centrale, investir dans l’éducation et les opportunités d’emploi dans ces pays, et élargir les possibilités d’obtention de visas pour les Russes cherchant à partir pourraient mettre encore plus à rude épreuve la main-d’œuvre russe déjà sous pression.
Ces actions, bien que moins spectaculaires que les sanctions sur les produits de luxe, pourraient s’avérer plus efficaces pour faire pression sur le Kremlin et contribuer potentiellement à une résolution du conflit. (fc)
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