La réunion qui a enterré la Bourguignonne (et la Diable rouge)

Une dernière réunion entre le PS, la N-VA, le MR, le CD&V et le sp.a s’est terminée par un échec. Et l’informateur Georges-Louis Bouchez (MR) n’y est pas tout à fait étranger. La communication de Paul Magnette (PS) a fait le reste. PS et N-VA ne gouverneront pas ensemble.

Ce mardi, le duo d’informateurs doit faire son rapport au roi aux alentours de 15 heures. Mais les sourires et les bouquets de fleurs laisseront place à des mines plus sévères. Car le Palais, comme l’exécutif fédéral, a connu des jours meilleurs.

Affaires de famille pour l’un ; deux pas en avant et trois pas en arrière pour l’autre. La Belgique pédale dans la semoule. Il est maintenant tout à fait envisageable de battre notre propre record mondial de 541 jours sans gouvernement. Et pendant ce temps, la FGTB fait grève pour ajouter encore un peu de pression sur un gouvernement qui n’existe pas.

Du dimanche au lundi

Le duo d’informateurs n’aura pas réussi son pari. La coalition ‘Vivaldi’ a été un échec. La personnalité de Georges-Louis Bouchez et sa sortie médiatique sur la Belgique unitaire ont – à tort ou à raison – crispé la Flandre. Joachim Coens (CD&V) a lui tenté une coalition ‘Diable rouge’ – Bourguignonne amputée du VLD – sans plus de réussite.

PS et N-VA sont irréconciliables. Mais une dernière réunion s’est tenue dimanche pour tester cette fameuse coalition ‘Diable rouge’: MR et CD&V ont réuni PS, N-VA et sp.a. Une réunion qui a mené à la communication, préparée, des socialistes le lundi matin. Pour Magnette, la tentative de mettre ensemble PS et N-VA avait ‘assez duré’ face à un Bart De Wever ne ‘faisant pas de compromis’.

Pourtant, il nous revient que la réunion du dimanche n’était pas si épouvantable que cela. Les deux premières heures de la réunion auraient même été agréables, De Wever ne fermant pas toutes les portes. Même du côté du PS, le ton était à la coopération.

Mais Georges-Louis Bouchez aurait quelque peu précipiter les choses: ‘Bon, qui accepte d’aller vers une préformation?’ Sa volonté était de mettre ses collègues au pied du mur, mais aussi sans doute d’arriver à un résultat qui aurait redoré sa mission d’information. Mais cette précipitation a eu l’effet inverse. Tout le monde s’est braqué. Le désormais hyper-président a raté son coup.

Pas de coalition ‘Diable rouge’. Mais était-ce la volonté du MR? Dans cette formule, le parti libéral aurait de toute façon dû se tenir dans l’ombre du duo PS-N-VA. Et il nous revient que Bouchez était toujours en étroite discussion avec Ecolo. Le président du MR rêve en fait de voir Sophie Wilmès prolongée au 16 rue de la Loi. De plus, difficile pour les libéraux francophones de laisser tomber leurs homologues flamands. Bref, la confiance entre les potentiels partenaires était tout sauf au beau fixe.

Suite à ce nouvel échec, ce qui devait être une simple réunion interne au Parti socialiste est devenue une communication politique extérieure. Paul Magnette a douché, s’il le fallait encore, les espoirs d’une quelconque union des deux plus grands partis de chaque Communauté. ’30 à 40 réunions’ n’auront pas permis de dégager un dénominateur commun. S’en suivent les propositions ‘imbuvables’ de la N-VA révélées par le PS et publiées dans toute la presse. La Bourguignonne a son tour était enterrée.

Le choix politique du roi

Dans ce contexte, donner une mission d’information ce mardi à Bart De Wever serait presque absurde. Se passer du PS mettrait les francophones dans une minorité encore plus importante que sous le précédent gouvernement. Certes, cela permettrait de voir De Wever échouer dans sa mission. Mais se lancera-t-il dans ce contexte?

Joachim Coens (CD&V), koning Filip en Georges-Louis Bouchez (MR)
Isopix

Les socialistes flamands, même s’ils sont dans un contexte politique tout à fait différent, ne se déscotcheront pas du PS. Le CD&V reste lui sur ses positions: la N-VA doit être impliquée. Du côté du MR, on tentera peut-être de mettre à nouveau la pression sur le CD&V pour retenter une Vivaldi.

Bref, le roi est devant un choix politique très difficile, car deux réalités s’affrontent: une francophone et une néerlandophone. Et il devient de plus en plus difficile de se comprendre. En tout cas, le PS, comme la N-VA, ne comptent pas laisser l’autre imposer sa loi. On n’a sans doute jamais été aussi loin de former un gouvernement fédéral.

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