Principaux renseignements
- Les lacunes de la politique de l’UE freinent les investissements essentiels dans l’enrichissement de l’uranium en Europe, met en garde Boris Schucht, PDG d’Urenco.
- Les excédents russes de combustible nucléaire dissuadent les entreprises d’investir dans les infrastructures européennes.
- Les sanctions internationales divergentes risquent de rediriger les exportations russes vers l’UE.
Selon Boris Schucht, PDG d’Urenco, l’absence d’une politique claire concernant le combustible nucléaire russe entrave les engagements financiers en faveur du secteur européen de l’enrichissement de l’uranium. Malgré une volonté générale de réduire la dépendance vis-à-vis de l’énergie russe, l’Union européenne n’a toujours pas mis en place d’interdictions d’importation ni de sanctions sur le combustible nucléaire, alors que des restrictions similaires ont été appliquées au gaz et au pétrole.
Absence d’orientation politique
Schucht a souligné un manque criant d’orientation politique au sein de l’UE, qu’il a mis en contraste avec les mandats clairs établis aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il a fait remarquer que l’existence d’une importante capacité excédentaire en Russie crée un environnement risqué pour les investisseurs, car la possibilité d’un retour des approvisionnements russes rend l’extension des infrastructures européennes financièrement illogique.
Évolution des flux commerciaux mondiaux
Le paysage stratégique est encore compliqué par l’évolution des flux commerciaux mondiaux. Alors que les États-Unis mettent en place une interdiction de l’uranium russe d’ici 2028 et accordent des milliards de subventions nationales, et que le Royaume-Uni restreint déjà la plupart des importations, il existe un risque que les exportations russes auparavant destinées à l’Amérique soient redirigées vers l’UE.
Urenco, qui opère aux Pays-Bas, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, a indiqué que la poursuite de son expansion en Europe dépendra de la décision finale de l’Union européenne de bloquer ou non ces sources russes.
Dépendance
Les dynamiques internes de l’UE continuent de freiner les progrès. Des sources officielles suggèrent que la volonté politique de faire adopter une interdiction est minime, en grande partie en raison de la résistance anticipée des pays fortement dépendants des approvisionnements russes, notamment la France, la Hongrie et la Slovaquie.
Des données récentes soulignent cette dépendance, révélant que la Russie a fourni près d’un quart des services d’enrichissement de l’UE et une part significative de son uranium naturel en 2025.
Capacité industrielle
Malgré ces obstacles réglementaires, Urenco a enregistré une augmentation substantielle de son carnet de commandes, qui a progressé de 6 milliards d’euros au premier semestre 2026. Cette croissance est portée par la prolongation de la durée de vie des installations nucléaires existantes et par une forte hausse de la demande en électricité rendue nécessaire par l’expansion des centres de données.
Si Schucht soutient que la décision d’interdire le combustible russe relève davantage de la politique que de l’industrie, il a affirmé que les entreprises occidentales disposaient de la flexibilité nécessaire pour gérer les déficits d’approvisionnement à court terme si une telle politique venait à être adoptée.
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