La plupart des drones et des missiles russes contiennent des composants japonais


Principaux renseignements

  • Des composants japonais sont présents dans environ 90 pour cent des drones et missiles russes.
  • Les composants électroniques civils à double usage contournent les contrôles à l’exportation via des intermédiaires tiers.
  • L’Ukraine exhorte Tokyo à combler les lacunes réglementaires afin de ne plus alimenter l’armement russe.

Denys Brasheuk, conseiller auprès de la présidence ukrainienne, a récemment déclaré à Kyodo News que des composants fabriqués au Japon avaient été détectés dans environ 90 pour cent des drones et des missiles de croisière utilisés par la Russie lors de son offensive en Ukraine.

Missile Kh-101

Au cours de cet entretien, Brasheuk a communiqué des documents gouvernementaux établissant un lien direct entre des entreprises japonaises du secteur de l’électronique et des semi-conducteurs et le Kh-101, l’un des principaux missiles de croisière russes lancés depuis les airs. Il a exhorté Tokyo à renforcer sa réglementation en matière d’exportation afin d’empêcher que des composants électroniques civils ne parviennent aux armements russes via des intermédiaires situés dans des pays tiers.

Le Kh-101 est une arme stratégique mise au point dans les années 1990 et déployée dans les années 2010, qui vise fréquemment les centres urbains ukrainiens. Ce missile, lancé à partir de bombardiers Tu-160 et Tu-95MS, a été modifié début 2024 afin de transporter une ogive plus puissante, au détriment d’une partie de sa capacité en carburant. Alors que les défenses ukrainiennes auraient intercepté près de 88 pour cent de ces missiles depuis le début de l’année 2026, la Russie continue d’améliorer ces armes à l’aide de leurres et de contre-mesures électroniques pour contourner les défenses.

Réponses des entreprises aux allégations

Parmi les 13 entreprises japonaises identifiées dans les documents ukrainiens, les réponses ont été variées : six ont ignoré les demandes de renseignements, cinq ont déclaré ne pas disposer de données suffisantes pour confirmer l’origine des pièces, une a laissé entendre que les produits d’une filiale avaient probablement été détournés, et une autre a nié toute implication.

Composants électroniques à double usage

Si l’utilisation de technologies étrangères dans l’armement russe est bien documentée, l’ampleur de ces allégations spécifiques visant le Japon est sans précédent. Des recherches antérieures, telles qu’une étude réalisée en 2022 par le Royal United Services Institute, avaient mis en évidence la présence de centaines de pièces étrangères dans les systèmes russes, dont beaucoup provenaient d’entreprises américaines. De même, un rapport de 2024 indiquait qu’un seul missile ayant frappé un hôpital pour enfants à Kiev contenait plus de 50 composants occidentaux. Les services de renseignement ukrainiens ont également utilisé la modélisation 3D pour retracer le flux de pièces provenant d’Allemagne, de Suisse, des Pays-Bas, de Taïwan et des États-Unis vers les missiles russes.

La vulnérabilité du Japon réside dans sa production de composants électroniques «à double usage» — des éléments tels que des microcontrôleurs et des condensateurs conçus pour les voitures ou les biens de consommation, mais pouvant également être utilisés dans du matériel militaire. Comme il s’agit de produits civils, ils ne sont pas soumis aux mêmes contrôles stricts que les technologies de qualité militaire. M. Brasheuk a noté que la plupart des composants japonais découverts étaient de tels articles commerciaux, qui avaient été détournés vers la Russie via des pays où la législation en matière d’exportation est moins stricte.

Lacunes réglementaires

Bien qu’il ait élargi ses listes de sanctions depuis 2022, le Japon peine à mettre fin à ces fuites, car son autorité juridique prend généralement fin dès qu’un produit atteint sa première destination. Pour empêcher ces détournements, il faudrait soit imposer des sanctions secondaires à l’encontre des intermédiaires, soit mettre en place un niveau de vérification des utilisateurs finaux irréalisable pour des millions d’envois.

En divulguant ces documents à une agence de presse japonaise, l’Ukraine oblige le gouvernement et l’opinion publique japonais à faire face à une contradiction : le Japon apporte une aide financière massive à l’Ukraine, mais ses technologies commerciales continuent d’alimenter les armes qui l’attaquent. Cette situation met en évidence une défaillance systémique plutôt qu’une illégalité individuelle de la part des entreprises ; les entreprises japonaises vendent peut-être légalement à des tiers, mais le cadre réglementaire existant ne parvient pas à empêcher que ces pièces ne se retrouvent dans les usines de missiles russes. (fc)

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