La pandémie a fait naître un nouveau milliardaire par jour, tandis que l’extrême pauvreté et les crises alimentaires progressent

La pandémie de coronavirus et les multiples crises périphériques qui l’ont suivie, de l’embouteillage général du fret à la montée des prix de l’énergie, n’ont finalement pas fait que des malheureux ; selon une étude d’Oxfam, elle a aussi généré de très nombreux nouveaux milliardaires.

La confédération d’organisations caritatives indépendantes a dénombré 573 nouvelles très grosses fortunes apparues depuis 2020 soit, si l’on fait une moyenne sur l’année et demie écoulée, une nouvelle personne entrant dans le club des milliardaires à chaque période de 30 heures.

La manne des plans de soutien des États

Le rapport, qui s’appuie sur des données compilées par Forbes, examine l’augmentation des inégalités au cours des deux dernières années. Il coïncide avec le coup d’envoi de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, qui réunit certaines des personnes les plus riches et des dirigeants du monde entier.

Les milliardaires ont vu leur valeur nette totale augmenter de 3.800 milliards de dollars, soit 42 %, pour atteindre 12.700 milliards de dollars pendant la pandémie, rappelle CNN. Cette augmentation est due en grande partie à la forte hausse des marchés boursiers, favorisée par l’injection d’argent par les gouvernements dans l’économie mondiale pour atténuer le choc financier du coronavirus.

Croissance de la pauvreté et de la richesse

En parallèle, le Covid-19, l’accroissement des inégalités et la hausse des prix alimentaires pourraient faire basculer jusqu’à 263 millions de personnes dans l’extrême pauvreté cette année, inversant ainsi des décennies de progrès, alarmait Oxfam dans un rapport publié le mois dernier. « Je n’ai jamais vu une croissance aussi spectaculaire de la pauvreté et de la richesse au même moment de l’histoire », signale Max Lawson, responsable de l’étude des inégalités chez Oxfam. « Cela va faire du mal à beaucoup de gens. »

Les aides étatiques ne sont pas les seules responsables de cette soudaine bonne fortune de quelques centaines de personnes. Et on peut dire que le malheur des uns fait le bonheur des autres, car ce sont les hausses vertigineuses des prix de l’énergie et des denrées alimentaires de base qui nourrissent les milliardaires et en engendrent de nouveaux.

La crise alimentaire : une bonne affaire

Les milliardaires du secteur alimentaire et agroalimentaire ont vu leur richesse totale augmenter de 382 milliards de dollars, soit 45 %, au cours des deux dernières années, après ajustement de l’inflation. Quelque 62 milliardaires du secteur alimentaire ont été créés depuis 2020.

Pendant ce temps, la valeur nette de leurs pairs dans les secteurs du pétrole, du gaz et du charbon a bondi de 53 milliards de dollars, soit 24 %, depuis 2020, après ajustement de l’inflation.

Quarante nouveaux milliardaires de la pandémie ont été créés dans l’industrie pharmaceutique, qui a été à l’avant-garde de la lutte contre le Covid-19, et a donc bénéficié de milliards de dollars de financement public.

Taxer les riches

Face à cette situation d’inégalité extrême dans la répartition des richesses, Oxfam en appelle à un peu plus d’équité à l’initiative des États. Le groupe réclame une taxe temporaire de 90 % sur les bénéfices excessifs des entreprises, ainsi qu’une taxe unique sur la fortune des milliardaires. Oxfam souhaiterait également voir prélever un impôt permanent sur la fortune des super-riches. Le groupe suggère une taxe de 2 % sur les actifs supérieurs à 5 millions de dollars, qui passerait à 5 % pour les valeurs nettes supérieures à 1 milliard de dollars. Cette mesure permettrait de lever 2 500 milliards de dollars dans le monde.

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