Principaux renseignements
- La fuite des capitaux russes a dépassé 100 pour cent du PIB du pays au cours des 25 dernières années.
- L’instabilité géopolitique provoque des pics massifs d’exode des richesses.
- Les citoyens préfèrent désormais l’argent liquide aux dépôts bancaires pour des raisons de sécurité.
Depuis plus de deux décennies et demie, la Russie connaît un exode massif de richesses, la fuite totale des capitaux dépassant désormais 100 pour cent du produit intérieur brut (PIB) du pays.
Sorties annuelles constantes
Selon les données mises en avant par The Moscow Times, le pays a enregistré une fuite annuelle constante représentant environ 4 pour cent à 5 pour cent de son PIB. Une étude du Centre d’analyse macroéconomique et de prévisions à court terme indique que l’économie réelle à elle seule a subi une perte annuelle moyenne de 3 pour cent au cours des dix dernières années.
Entre 2001 et 2025, ces pertes du secteur réel ont dépassé 110 pour cent du PIB, tandis que la fuite économique totale a grimpé au-delà de 130 pour cent.
Facteurs géopolitiques déclencheurs
Les pics importants de fuite des capitaux ont historiquement coïncidé avec l’instabilité géopolitique et les chocs économiques. Le pic le plus marqué s’est produit en 2022, lorsque les sorties de capitaux ont dépassé 12 pour cent du PIB, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine ayant poussé les entreprises internationales à se retirer et les citoyens à transférer leur patrimoine à l’étranger.
Des tendances similaires ont été observées lors de la crise financière mondiale de 2008-2009 et lors de l’annexion de la Crimée en 2014, qui ont toutes deux entraîné des sorties de capitaux représentant environ 10 pour cent du PIB. Bien que la Banque centrale de Russie ait cessé de fournir des données détaillées sur le secteur privé après l’invasion de 2022, les chiffres historiques montrent que 677 milliards d’euros ont quitté le pays entre 2001 et 2021. Le total des sorties de capitaux depuis 1994 est estimé à plus de 850 milliards d’euros.
Contre-mesures
Malgré une récente baisse des sorties nettes d’actifs, passées sous la barre des 2 pour cent du PIB en 2025 — attribuée à une diminution des dividendes étrangers —, les experts restent sceptiques quant à la pérennité de cette tendance.
Actuellement, les entreprises non financières détiennent des actifs à l’étranger d’une valeur de plus de 85 000 milliards de roubles (environ 850 milliards d’euros), ce qui représente plus de 40 pour cent du PIB actuel de la Russie. Pour lutter contre ce phénomène, certains chercheurs proposent de mettre en place un prélèvement à rendement fixe ou de taxer les avoirs des entreprises détenus à l’étranger afin d’encourager le rapatriement des fonds.
Tendance au recour à l’argent liquide
Les comportements financiers nationaux évoluent également vers une préférence pour l’argent liquide. En août 2026, 37 pour cent des Russes considéraient l’argent liquide comme le moyen le plus sûr d’épargner, dépassant les dépôts bancaires pour la première fois depuis 2022. Dans le même temps, la confiance dans les comptes bancaires est tombée à 36 pour cent, son plus bas niveau depuis des années.
Cette tendance est soulignée par un retrait massif de près de 2 600 milliards de roubles (26,8 milliards d’euros) des banques entre février et juillet, portant le montant total des espèces en circulation à plus de 21 500 milliards de roubles (221 milliards d’euros). (fc)
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