Les géants du jeu vidéo ont fait part de leurs résultats trimestriels et le moins que l’on puisse dire, c’est que le deuxième trimestre 2022 n’a pas été des plus brillants. Microsoft, Sony et Nintendo ont en effet tous signalé une baisse de leurs ventes pour cette période. Malheureusement, cela ne devrait pas s’arranger au cours des prochains mois.
Après deux ans particulièrement bénéfiques suite aux confinements liés au coronavirus, le secteur du jeu vidéo est confronté à une baisse d’intérêt. Libres de leurs mouvements, les joueurs passent désormais moins de temps sur les jeux vidéo et cela se ressent au niveau des ventes sur le secteur. Les géants Microsoft, Sony et Nintendo ont tous affiché des résultats trimestriels décevants pour la période s’étalant d’avril à juin.
Plusieurs facteurs à l’œuvre
Le « retour à la vie normale » est certainement ce qui a le plus contribué à ces mauvais résultats. L’assouplissement des règles sanitaires a poussé davantage de personnes à sortir de chez elles pour profiter d’activités en plein air plutôt que de rester scotché à leur écran, comme l’a évoqué Hiroki Totoki, directeur financier de Sony, pour justifier les mauvais résultats de l’entreprise, mais d’autres facteurs ont également contribué à la baisse des dépenses de consommation sur le secteur des jeux vidéo au sens large.
Il y a tout d’abord la pénurie de semi-conducteurs – et de cartes graphiques – qui a débuté avant les premières restrictions de déplacement et qui s’est aggravée avec la montée en flèche de la demande suite aux confinements. La sortie des nouvelles consoles de Microsoft et Sony n’a fait qu’ajouter de la pression sur la chaine d’approvisionnement.
Ensuite, on retrouve l’inflation. La hausse des prix généralisée a certainement poussé de nombreux joueurs à revoir leurs priorités et à réduire leur budget divertissement.
« La compression du coût de la vie signifie une pression supplémentaire sur les budgets des ménages », a déclaré à CNBC Piers Harding-Rolls, directeur de recherche chez Ampere. « L’impact se fera probablement sentir sur les articles à prix élevé qui pourraient inclure le matériel de la console, bien que la disponibilité limitée et la demande accumulée, en particulier pour les consoles haut de gamme, signifient que l’impact sera minime à l’heure actuelle. »
Il faut dire que le matériel gaming, de même que les jeux vidéo, ne sont pour la plupart pas donnés. Les consoles de nouvelle génération coutent plusieurs centaines d’euros et les nouveaux jeux compatibles approchent des 100 euros. Microsoft et Sony espèrent cependant pouvoir contrebalancer la baisse des ventes liée à l’inflation grâce à leur service d’abonnement respectif, le Xbox Game Pass et le PlayStation Plus, qui donne accès à un nombre important de titres pour un prix abordable.
Malheureusement, cette inflation devrait avoir des répercussions à moyen terme sur le secteur. Pressés par les prix élevés généralisés, les joueurs devront faire des choix. Le marché mondial des jeux et des services pourrait d’ailleurs se contracter de 1,2% en 2022, soit la première baisse annuelle depuis plus d’une décennie, selon les chiffres d’Ampere Analysis.
On notera également que la pandémie n’a pas eu que des effets positifs pour l’industrie du jeu vidéo. Avec la mise en place forcée du télétravail, le développement de jeu vidéo – dont certains titres très attendus – a été ralenti. Plusieurs noms très attendus, dont Starfield ou encore Avatar, ont ainsi vu leur date de sortie repoussée. L’attente et les reports de ces jeux ont potentiellement lassé les joueurs qui se sont détournés – du moins, en partie – des jeux vidéo.
Des chiffres en baisse
Plus concrètement, le géant nippon Sony a évoqué une baisse de 2% de ses ventes en glissement annuel, tandis que ses bénéfices d’exploitation ont chuté de près de 37%. Les joueurs ont passé 15% de temps en moins sur leur PlayStation, soit un résultat bien inférieur aux prévisions de la société.
Du côté de Microsoft, ce n’est guère mieux. Ses revenus globaux en matière de jeux vidéo ont chuté de 7% par rapport à l’année dernière. Les ventes de consoles ont baissé de 11% et les revenus de contenu et de services en ligne ont diminué de 6%.
Enfin, Nintendo a enregistré une baisse de 15% de son bénéfice d’exploitation au cours du deuxième trimestre 2022. La firme japonaise pointe du doigt la pénurie mondiale de semi-conducteurs comme la cause principale de ses faibles performances.
Les constructeurs de consoles ne sont pas les seuls à souffrir de l’ère post-pandémie, les développeurs de jeux vidéo ont également vu leurs bénéfices et revenus baisser avec le retour à la vie normale. C’est ainsi qu’Activision Blizzard – en cours de rachat par Microsoft – a annoncé une perte de 70% de son bénéfice net et de 29% de ses revenus. Quant au français Ubisoft, il a enregistré une baisse de 10% de ses réservations nettes.
Les résultats de l’industrie du jeu vidéo paraissent mauvais, car ils sont comparés aux « performances démesurées » de l’année dernière, comme l’a souligné Michael Pachter, directeur général de Wedbush Securities, à CNBC, lorsque le coronavirus forçait les gens à rester cloitrés chez eux. Les entreprises gaming n’ont tout simplement pas pu égaler les chiffres extrêmement élevés enregistrés durant cette période.
On notera tout de même que si le secteur du jeu vidéo fait face à quelques difficultés – induites en grande partie aux performances démesurées des deux dernières années -, certains parviennent malgré tout à se maintenir. C’est notamment le cas d’Electronic Arts dont les bénéfices ont grimpé de 50% et ses revenus de 14%.