Inflation, ralentissement de la croissance, troubles, insécurité alimentaire: le FMI dresse le tableau noir des conséquences économiques de la guerre

Afrique, Europe, Asie ou Amériques, les impacts de la guerre en Ukraine sur l’économie sont différents pour chaque continent. Négatifs souvent, mais certains sont, en partie du moins, positifs pour certains pays. A terme, le FMI voit un potentiel « changement fondamental de l’ordre économique et géopolitique mondial ».

« Le conflit est un coup dur pour l’économie mondiale, qui nuira à la croissance et entraînera une hausse des prix », décrit le Fonds Monétaire international (FMI) sur son site, dans une analyse consacrée aux conséquences économiques de la guerre. « Au-delà des souffrances et de la crise humanitaire provoquées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, c’est l’ensemble de l’économie mondiale qui ressentira les effets du ralentissement de la croissance et de l’accélération de l’inflation ».

C’est que la Russie et l’Ukraine sont des pays exportateurs de produits importants, comme le gaz, le pétrole, ou encore les céréales. Les deux premiers sont partiellement sous embargo, et pourraient l’être davantage si l’Union européenne emboîtait le pas, ou Poutine pourrait « fermer le robinet ». La guerre pour l’Ukraine et les sanctions pour la Russie limitent la perspective de production et d’exportation de blé. Pour les énergies fossiles comme pour les céréales donc, les prix s’envolent.

Enchaînement de conséquences négatives

  • Ainsi, certaines régions productrices de pétrole, comme le Moyen-Orient, peuvent faire plus de bénéfices, mais tous les pays qui importent du pétrole verront « davantage de déficits fiscaux et du commerce », et seront soumis à des pressions inflationnistes.
  • Les risques de révoltes vont également augmenter à cause de la hausse de prix du pétrole et de la nourriture, particulièrement en Amérique latine, en Afrique subsaharienne, et en Asie centrale. L’insécurité alimentaire va également augmenter, en Afrique et au Moyen-Orient surtout.
  • En Russie, une importante récession aura lieu, car les transactions financières et commerciales se sont arrêtées, ou sont en très forte diminution. Le pouvoir d’achat et les standards de vie des Russes sont déjà sur le déclin.
  • Pour le reste de l’Europe, l’impact sera budgétaire, car les gouvernements doivent notamment faire face à l’envolée des prix de l’énergie, à l’arrivée de millions de réfugiés, et à un renforcement de la défense. Une nouvelle congestion des chaines d’approvisionnement entraînera également des ralentissements de la relance post-covid, et contribuera (avec les prix de l’énergie) à faire perdurer l’inflation.
  • La pression sur les marchés émergents, autres que la Russie, va augmenter, et les investisseurs risquent de vouloir se tourner vers des marchés qu’ils considèrent comme plus sûrs.
  • Les voisins de la Russie, dans le Caucase et en Asie centrale, verront une diminution du commerce et des transactions financières. S’ils sont exportateurs d’énergies fossiles, ils peuvent profiter de l’augmentation des prix, mais ce n’est qu’un côté de la médaille : de l’autre côté, ils risquent de pouvoir exporter moins si les pipelines russes sont également sanctionnés.
  • 80% du blé que l’Égypte importe provient de Russie et d’Ukraine. Les Ukrainiens et les Russes sont également un groupe de touristes important au pays des pyramides, mais ils ne pourront plus venir y dépenser leur argent.
  • Ailleurs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les pays, déjà endettés, vont devoir augmenter les dépenses publiques pour faire face à l’inflation. Ils deviendront moins attractifs pour des investissements étrangers, alors qu’ils ont besoin de financements. Les risques de révoltes sociales vont également augmenter, surtout dans les pays où les opportunités d’embauche sont moindres et les gouvernements déjà critiqués.
  • La guerre vient également stopper net la relance post-pandémique de l’Afrique subsaharienne, et rend son économie plus vulnérable, à cause de la hausse des prix. La région importe d’ailleurs 85% de ses besoins en blé, dont un tiers vient de Russie et d’Ukraine. Les pays n’ont en plus que peu de marges de manœuvre pour faire face à la crise. Leur dette deviendra plus vulnérable, et les tensions sociales deviendront plus fortes.
  • Sur le continent sud-américain et en Amérique centrale, comme ailleurs dans le monde, l’inflation (qui est déjà, de manière générale, à 8%), continuera d’augmenter. Il faut donc s’attendre à des resserrements de la part des Banques centrales, avec les avantages et les risques que cela peut amener. Les pays qui exportent des métaux, du pétrole, du maïs ou du blé peuvent cependant tirer leur épingle du jeu augmenter les prix et amoindrir l’impact sur la croissance. Ce constat est similaire pour les États-Unis également, qui comme le reste du continent sont moins directement exposés au conflit, mais aux conséquences économiques comme l’inflation.
  • En Asie, le ralentissement mondial de la croissance se fera sentir comme impact indirect de la guerre. Les exportateurs de toutes sortes en souffriront. Comme ailleurs, les pays devront subir la hausse des prix du pétrole, et une diminution du nombre des touristes russes. En Inde, l’inflation progressera plus fortement, mais en Chine, au Japon et en Corée du Sud, différents subsides publics devraient en partie contrebalancer l’augmentation des prix, même s’ils creuseront le budget. Concernant la nourriture, l’Asie produit beaucoup de denrées elle-même, et consomme moins de blé.
  • Au final, certains effets pourraient ne pas se produire avant plusieurs années, mais dans l’immédiat, l’inflation peut menacer la relance post-pandémique, et de nombreuses banques centrales doivent jouer à l’équilibriste pour prendre des mesures, afin de limiter l’un sans perturber l’autre.

Changement de l’ordre économique mondial?

De manière plus générale, le FMI perçoit un potentiel changement profond du monde tel qu’il est aujourd’hui. « À plus long terme, la guerre peut modifier fondamentalement l’ordre économique et géopolitique mondial si le commerce de l’énergie se déplace, si les chaînes d’approvisionnement se reconfigurent, si les réseaux de paiement se fragmentent et si les pays repensent leurs réserves de devises. L’augmentation des tensions géopolitiques accroît encore les risques de fragmentation économique, notamment pour le commerce et la technologie », conclut le FMI, en s’attendant déjà à devoir revoir à la baisse ses prévisions de la croissance en avril, lors de son traditionnel « World Economic Outlook ».

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