Les cerveaux et les capitaux fuient Moscou : les dégoûtés de Poutine font exploser le PIB de ces pays

Les Russes qui fuient le pays s’installent majoritairement dans les pays limitrophes, notamment en Turquie, en Arménie et en Géorgie, où ils gonflent le PIB. Transferts de capitaux, créations d’entreprises… la devise nationale géorgienne gagne 15% sur le dollar.

Pourquoi est-ce important ?

Avec sa guerre d'agression en Ukraine et sa mobilisation partielle, la Russie a fait fuir une partie de sa population et de ses capitaux. Un trou dans l'économie russe.

Les chiffres : les Russes qui fuient le pays gonflent les économies de leur pays d’accueil. CNBC a fait les comptes.

  • Au moins 112.000 Russes seraient arrivés en Géorgie (10 fois plus qu’en 2021). Fin septembre, la Géorgie était la terre d’accueil d’environ un quart de tous les exilés russes, avec un autre quart en Turquie, 15% en Arménie et 19% dans d’autres pays.
  • Un coup de pouce pour le PIB. En avril, le FMI s’attendait encore à un taux de croissance de 3% pour la Géorgie en 2022 : maintenant, il devrait être de 10%. Pas de ralentissement alors par rapport à 2021 (où il était de 10% aussi, avec la relance post-pandémique), comme c’est le cas dans de nombreux pays européens. Sur les douze dernières années, le PIB était en moyenne de 4%.
    • Même son de cloche en Arménie : le pays devrait connaître une croissance de 11%. La Turquie un peu moins, mais 5% quand même.
  • Les influx de capitaux en Géorgie explosent aussi. Sur le mois d’octobre, 60% des influx sont russes. Une augmentation de 725% par rapport au même mois en 2021.
    • Même constat pour les sommes transférées sur des comptes bancaires géorgiens : 1.400 milliards de dollars entre février et octobre, soit plus du quadruple par rapport à la même période en 2021 (300 milliards). Le nombre de comptes bancaires créés par des Russes est également parti en flèche : 45.000, entre janvier et septembre. Le nombre de comptes détenus par des Russes a simplement doublé.
  • Autre chiffre remarquable : avec tous ces influx, la devise géorgienne, le lari, monte en flèche. Il est en augmentation de 15% par rapport au dollar – là où de nombreuses autres devises sont en baisse.
  • 12.000 entreprises russes se sont également enregistrées en Géorgie, depuis le début de l’année. C’est 13 fois plus que le nombre d’entreprises créées dans le pays en 2021.

L’essentiel : Des exilés riches, éduqués et hautement actifs.

  • Pour Mikheil Kukava, de l’Institute for Development of Freedom of Information, un think tank géorgien, cité par CNBC, cette augmentation du PIB montre que les nouveaux arrivants sont fortement actifs (même si le taux de croissance profite encore de la relance post-pandémique, aussi).
    • « Ils sont très actifs. 42.000 citoyens russes choisis au hasard n’auraient pas eu cet impact sur l’économie géorgienne », explique-t-il. Bon nombre d’entre eux, surtout de la première vague, seraient riches et éduqués.
  • Les nouveaux arrivants peuvent d’ailleurs travailler et créer des entreprises sans avoir besoin de visa spécifique.

Zoom avant : Un boom qui ne va pas sans risques.

  • Mauvaise nouvelle pour les locataires et les acheteurs : les loyers dans la capitale géorgienne, Tbilissi, ont augmenté de 74% depuis le début de l’année. Les prix de l’immobilier, en septembre, étaient 20% plus élevés qu’il y a un an.
  • Le grand inconvénient pourrait surtout être géopolitique. La Géorgie a déjà connu la guerre avec le voisin du nord, il y a quatre ans. Une partie du territoire est toujours une zone « disputée ». Il y a des peurs que la Russie y trouve un prétexte pour venir en Géorgie pour « protéger » ses ressortissants, analyse Kukava.
  • Finalement, un dernier inconvénient est la temporalité de ce boom. La Géorgie ne devrait pas connaître le même boom l’année prochaine. La croissance devrait retomber à 5% et les influx capitaux étrangers devraient baisser. La grande inconnue reste la question si les Russes vont rester en Géorgie, et pour combien de temps.
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