God save the queen: le Royaume-Uni va-t-il revivre la crise économique des années 70 ?

Au Royaume-Uni, de nombreux facteurs qui font penser à la crise économique des années 70 sont réunis. Chômage, inflation, pouvoir d’achat ; des experts analysent.

No Future! L’état d’esprit de toute une génération de jeunes, dans la fleur de l’âge durant les années 70 au Royaume-Uni. Un taux de chômage catastrophique, une bulle des prix avec une inflation de 20%, une crise du pétrole avec des blackouts d’électricité. Entre 73 et 75, la récession déferlait sur l’île, et le PIB perdait jusqu’à 3,9%. Le Royaume a ensuite mis plus de trois ans pour revenir au niveau d’avant la récession. Une décennie marquée également par de violentes protestations.

Et aujourd’hui, selon des économistes cités par CNN Busines, le cocktail de circonstances pouvant provoquer cette situation est à nouveau réuni. Avec l’approche de la stagflation, ce phénomène qui mélange une croissance stagnante et une inflation importante.

L’inflation marque 5,1% au mois de novembre, au plus haut depuis 2011. Les prix augmentent, mais les augmentations de salaire ne suivent pas. Les prix augmentent dans tous les domaines : carburant, vêtements, aliments, voitures d’occasion, tabac, alcool, et même, juste avant les fêtes, les livres, jouets, et jeux vidéo. L’économie perd en vitesse, le taux de croissance était de 0,1% en octobre, et le PIB est en dessous du niveau d’avant la pandémie. De plus, une nouvelle vague du virus déferle sur l’île, jusque-là relativement épargnée par la recrudescence.

Les prix augmentent également pour les producteurs. Le prix des marchandises, à la sortie de l’usine, a augmenté de 9,1% en novembre (par rapport à l’année précédente), un niveau plus atteint depuis 2013. Mais l’activité est doublement mise sous pression : la pénurie de main-d’oeuvre a encore augmenté, pour atteindre un record de 1,2 million de paires de bras qui manquent.

« Chute libre de l’inflation en mai » et augmentation actée du taux d’intérêt

Avec tous ces facteurs réunis, l’avenir semble en effet morose pour les Britanniques. Mais pour l’économiste en chef pour le Royaume-Uni auprès de Pantheon Macroeconomics Samuel Tombs, il y a de l’espoir. L’inflation de 5,1% serait un plafond, un plateau qui stagnera quatre mois, puis observera un pic à 6%. Après, le taux sera en chute libre, assure-t-il.

Paul Dales, économiste en chef pour le Royaume-Uni auprès de Capital Economics, ne voit pas forcément l’inflation baisser. Différentes pressions sur les prix resteront, comme l’augmentation des prix pour les producteurs, qui vont continuer à garder les prix des produits hauts, également pour les consommateurs. La pénurie de certains produits, que le Brexit favorise, va également continuer à faire pression sur les prix.

Tombs compare: à d’autres périodes avec un haut taux d’inflation, la Banque centrale augmentait le taux d’intérêt. Et effectivement, la Banque l’a augmenté : d’un point bas historique de 0,1%, il est passé à 0,25% jeudi (à l’heure de l’intervention de l’économiste, la décision de la Banque n’avait pas encore eu lieu).

Avec les temps qui courent, augmenter le taux d’intérêt est une décision délicate, explique Tombs. D’un côté, effectivement, les ménages et entreprises vont épargner, ce qui fera chuter les prix. Mais en même temps les entreprises vont moins faire de prêts et moins lancer de nouvelles initiatives par exemple, ce qui peut ralentir l’économie. Puis avec l’apparition du nouveau variant, la situation épidémiologique est incertaine: les entreprises seront-elles confrontées à de nouvelles fermetures, et auront-elle besoin de fonds supplémentaires pour faire tampon ?

Baisse du pouvoir d’achat

Après la première vague, les salaires britanniques avaient augmenté. Entre novembre 2020 et novembre 2021, il a ainsi augmenté de 4,7% ; mais moins que l’augmentation de l’inflation. En plus, la nouvelle année apportera son lot d’augmentations d’impôts.

Augmenter les salaires, cela peut-il aggraver la solution? Pour Brian Reading, conseiller économique du Premier ministre britannique Edward Heath (conservateur), en fonction dans les années 70 justement, il y a en effet un danger. Une augmentation pourrait favoriser une spirale dépréciative des salaires, des prix, des pensions, des impôts, et de la devise nationale, écrivait-il en octobre pour un think tank économique, OMFIF.

A voir donc, selon l’évolution de tous ces facteurs, si le Royaume-Uni plongera dans une crise économique comme celle des années 70, le punk en moins.

Les Britanniques ne seront alors pas au bout de leurs suprises: après un semblant d’amélioration de la situation, au début des années 80 et avec l’avènement de la dame de fer Margaret Thatcher, l’inflation a ressurgi, en fonçant vers un pic de plus de 15%, et des mesures prises ont apporté une nouvelle récession, et un taux de chômage vertigineux à 11,5%, avec plus de trois millions de personnes sur le carreau.

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