Engie humilie la Vivaldi et semble avoir toutes les cartes en main : toujours pas d’accord sur Doel 4 et Tihange 3. Et pour prolonger les plus anciens réacteurs, il faudrait changer la loi sur la sortie du nucléaire

Le calice jusqu’à la lie. Le géant français de l’énergie, Engie, qui souhaite se débarrasser de son parc nucléaire en Belgique depuis bien longtemps, négocie de manière particulièrement dure. Avant même le conseil des ministres de ce soir, au cours duquel la Vivaldi examinera les scénarios pour les trois prochains hivers, l’énergéticien tente déjà de fermer certaines portes. « Ce que veut surtout Engie, c’est que nous entrions dans le capital », souligne un initié, à propos des négociations entre la Vivaldi et les Français. En faisant une telle obstruction, Engie essaie de forcer une nationalisation (partielle) afin de se débarrasser de la lourde charge financière des déchets nucléaires. Dans le même temps, l’équipe fédérale reste désespérément divisée : les Verts ne veulent s’intéresser qu’à Doel 4 et Tihange 3, les libéraux et CD&V sentent venir leur chance pour prolonger trois autres réacteurs, de la plus ancienne génération. Les exemples des Pays-Bas et des États-Unis montrent que ce n’est certainement pas impossible.

Dans l’actualité : ce soir, une discussion de plus autour des centrales nucléaires pour la Vivaldi.

Les détails : Engie vient déjà gâcher la fête. L’opérateur énumère toute une série de raisons pour lesquelles l’allongement de la durée de vie n’est pas possible. Prévisible, car faisant partie d’une stratégie plus large.

  • Tout revient toujours à la rue de la Loi. Ce soir, le gouvernement fédéral se réunit donc au sujet des centrales nucléaires belges. Avec le couteau plus sous la gorge : un rapport sur la sécurité d’approvisionnement d’Elia, l’exploitant du réseau haute tension, ne présage rien de bon pour les hivers à venir. En particulier pour l’hiver 25-26.
  • Cela concerne à la fois les marchés français et allemand. L’incertitude concerne les centrales nucléaires en France et le marché de l’énergie en Allemagne. Ce qui signifie qu’il n’est plus certain qu’ils puissent venir au secours de la Belgique si des pénuries devaient survenir ici. Parce que, bien sûr, c’était (et c’est toujours) la réalité brutale : pour rendre possible la sortie du nucléaire de la Belgique, la Vivaldi a toujours compté sur l’énergie nucléaire de la France pour combler les lacunes éventuelles.
  • Hier, deux grandes options étaient sur la table, privilégiées principalement pour des raisons politico-symboliques par deux blocs au sein du gouvernement :
    • Les Verts ont plaidé, avec beaucoup de conviction, pour que Doel 4 et Tihange 3 restent ouverts de manière échelonnée, en les fermant en été, puis en les autorisant à fonctionner pendant les hivers 25-26 et 26-27. En économisant de ce fait du combustible.
    • Pour le MR, l’Open vld et CD&V, une autre option est beaucoup plus intéressante : laisser fonctionner les centrales les plus anciennes de Doel 1 et 2 et Tihange 1 après leur fermeture.
  • Mais cette dernière option serait une nouvelle humiliation pour les Verts, politiquement parlant. Doel 1 et Doel 2 sont les centrales les plus anciennes, qui ont commencé à fonctionner en 1975. Il s’agit de réacteurs plus petits, d’une capacité de 433 MW chacun, dont la fermeture est prévue en février 2025 (Doel 1) et en décembre 2025 (Doel 2). Tihange 1, d’une capacité de 962 MW, serait lui fermé en octobre 2025.
  • Engie s’est empressé de souligner hier dans divers médias que, pour prolonger ces réacteurs nucléaires, il faudrait d’abord modifier la loi sur la sortie du nucléaire. Une autre « ligne rouge » pour les Verts, qui ont déjà négocié la loi sur la sortie du nucléaire au début des années 2000 dans le gouvernement Verhofstadt.
  • Modifier cette situation, et donc maintenir un total de cinq réacteurs nucléaires ouverts, est un scénario d’horreur absolu pour Groen et Ecolo. Cela explique pourquoi ils ont présenté avec tant d’empressement l’alternative d’hier : la solution du combustible épargné avec Doel 4 et Tihange 3.
  • Mais même cela a déjà été réduit en miettes par Engie : « Nous ne ferons aucune concession sur la sécurité nucléaire », a déclaré l’entreprise à De Tijd. « Une courte extension du combustible, il n’y a pas de cadre légal pour cela », l’énergéticien, dans Het Nieuwsblad.

La question clé : les trois centrales les plus anciennes peuvent-elles être prolongées ?

  • Engie fournit à nouveau toutes sortes d’explications sur les raisons pour lesquelles il serait très difficile de maintenir Doel 1 et 2 et Tihange 1 ouverts plus longtemps. Selon eux, depuis Fukushima, toutes les normes sont devenues beaucoup plus strictes, au niveau international. Et elles le sont aussi devenues en Belgique. « La question est de savoir si les centrales les plus anciennes peuvent être amenées à ce niveau », a déclaré Engie à Het Nieuwsblad.
  • Cette question trouve sa réponse chez les Néerlandais, juste de l’autre côté de la frontière, en Zélande. Ils possèdent un réacteur de type similaire avec leur centrale nucléaire de Borssele, à quelque 35 kilomètres de Doel, et de la même génération. La centrale ne fournit « que » 481 MW et date de 1973. Alors que Doel 1 et 2 doivent déjà fermer en 2025, les Néerlandais vont de toute façon maintenir la centrale de Borssele ouverte jusqu’en 2033.
  • Mais ce n’est pas tout : le gouvernement néerlandais a décidé de prolonger la durée de vie de la vieille centrale de Borssele, là aussi, tout en construisant deux nouvelles centrales nucléaires d’ici 2035, en Zélande également. Ceux-ci seront beaucoup plus modernes et auront une capacité comprise entre 1.000 et 1.600 MW. Mais le type de réacteurs plus anciens datant des années 1970 sont toujours en service aux États-Unis : leur durée de vie ne cesse d’être prolongée.
  • Détail frappant, mais important : c’est la province de Zélande, ainsi que les communes zélandaises, qui sont l’actionnaire de contrôle de la centrale nucléaire par le biais de leur société intercommunale Delta. Le gouvernement est donc à la barre.

La vue d’ensemble : Engie a surtout une stratégie de sortie. Cela a été démontré à maintes reprises.

  • À plusieurs reprises dans le dossier des centrales nucléaires belges, Engie, le propriétaire des sept centrales belges, est apparu comme le plus grand partisan des fermetures. Ils ont répété publiquement que l’extension des centrales électriques serait même techniquement impossible. Jusque dans l’hémicycle, où le PDG de la branche belge est venu le raconter sans sourire en coin. Mais une lettre ouverte anonyme du personnel des centrales nucléaires contredisait manifestement ces propos.
  • Ainsi, ces dernières années, Engie était en fait l’allié silencieux de Groen et d’Ecolo, qui sont également entrés dans la Vivaldi, 20 ans après leur première participation au gouvernement fédéral, avec l’idée de réaliser une promesse historique : les centrales nucléaires allaient enfin fermer.
  • Qu’Engie maintienne ce cap, selon des initiés au sein du gouvernement fédéral, est logique : « Ils n’ont pas de stratégie à long terme dans l’énergie nucléaire. Les centrales belges sont les seules centrales nucléaires qui leur restent. Et ils veulent s’éloigner de cela », soulignent-ils.
  • Engie est née d’une série de rachats et d’une fusion entre Gaz de France et Suez (le propriétaire initial d’Electrabel, l’opérateur belge, à la suite de l’acquisition de la Société Générale) et est aujourd’hui un conglomérat énergétique international beaucoup plus important, dirigée par une dame de fer, Catherine MacGregor. Elle négocie depuis des mois avec le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) et la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen).
  • La principale préoccupation d’Engie n’est pas de conserver les riches bénéfices qui coulent de la Belgique vers Paris depuis des années, mais de couvrir les risques financiers futurs de l’énergie nucléaire. Car personne n’a une idée précise de la facture finale, pour l’élimination des déchets ainsi que pour le démantèlement des centrales. Cela se chiffrera en milliards de toute façon, 41 milliards n’est qu’une estimation approximative. Des réserves ont déjà été constituées à cet effet via Synatom, mais l’incertitude continue de peser, y compris sur le cours de l’action Engie.
  • C’est précisément la raison pour laquelle Engie insiste tant dans les négociations autour de Doel 4 et de Tihange 3 pour que le gouvernement belge participe au capital des centrales. De cette façon, elle espère aussi au moins transmettre les risques futurs, et entraîner l’État belge dans le bain.
  • Pour le MR, entre autres, c’est en fait une bonne nouvelle : Georges-Louis Bouchez (MR) est depuis longtemps favorable à une forme de « nationalisation » de l’énergie nucléaire. Le secteur de l’énergie est tellement crucial d’un point de vue stratégique qu’il est en préférable d’en avoir le contrôle, comme les Néerlandais l’ont fait avec Borssele. Et comme les Français sur EDF, qui gère les centrales nucléaires dans l’Hexagone. Accessoirement, l’État français est aussi, et de loin, le premier actionnaire de cette même Engie, bien qu’il n’en ait pas le contrôle.
  • Si Doel 1 et 2 et Tihange 1 sont réellement mis sur la table, pour être prolongés, la même discussion surgira sans doute : la Belgique devra participer au capital de ces centrales, demandera Engie. Pour Groen et Ecolo, c’est un pas de plus dans la torture. Mais avec l’exemple néerlandais en tête, ce n’est sûrement pas un scénario totalement fictif.
  • Quoi qu’il en soit, MacGregor a plus que jamais les cartes en main pour faire pencher les négociations en sa faveur : l’horloge tourne, pour une échéance imposée par la Vivaldi elle-même, à avant la fin de l’année. Et la partie demandeuse n’est manifestement pas à Paris, mais à Bruxelles.

Drame à Bruxelles : la Banque nationale prend un énorme coup en bourse.

  • Les actions de la Banque nationale subissent une baisse de 12 à plus de 18 % dans les premières heures de cotation à la bourse de Bruxelles. Ceci est une réponse aux prévisions de pertes lamentables publiées par l’institution hier soir.
  • Que se passe-t-il ? La Banque nationale (BNB) estime que sa perte pour l’exercice en cours se situera entre 600 et 800 millions d’euros et, « dans les conditions actuelles du marché », menace de s’élever à une perte cumulée de 9 milliards d’euros sur la période allant jusqu’en 2027.
  • La réaction du marché boursier : les investisseurs réagissent avec stupeur car les chances augmentent que la BNB ne verse que peu ou pas de dividendes dans les années à venir. La stabilité du flux de dividendes a toujours été l’un des atouts de l’action, mais elle risque aujourd’hui de se tarir.
  • Ce n’est pas la première fois : c’est le deuxième choc sur le cours de l’action en peu de temps. L’action a également subi un revers lors d’une prévision précédente. Cette perspective est intervenue après que la De Nederlandsche Bank (DNB), son homologue néerlandaise, a mis en garde contre des pertes importantes dues au changement de politique en matière de taux d’intérêt.
  • À part : la Banque nationale, dont le gouverneur est Pierre Wunsch, est une curiosité juridique, car l’institution appartient pour moitié à l’État et pour l’autre moitié au grand public via la bourse. Cette répartition de l’actionnariat remonte à 1848. Ces pertes monstrueuses menacent de laisser le gouvernement fédéral et les investisseurs en panne sèche.
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