Principaux renseignements
- Le Brésil tire parti de l’instabilité au Moyen-Orient pour accroître ses exportations de pétrole vers la Chine et l’Inde.
- Le pivot stratégique vers les marchés asiatiques stimule le PIB et l’influence diplomatique du Brésil.
- Les longues distances de transport empêchent le brut brésilien de remplacer entièrement les approvisionnements du Golfe.
Alors que les conflits entre les États-Unis, Israël et l’Iran provoquent une instabilité dans le détroit d’Ormuz, le Brésil apparaît comme un bénéficiaire clé sur le plan énergétique. Les routes maritimes du Golfe étant perturbées et les exportations russes limitées par les sanctions, les pays asiatiques — en particulier l’Inde et la Chine — recherchent des sources de pétrole plus fiables pour éviter les chocs d’approvisionnement. C’est ce qu’écrit Al Jazeera.
La demande asiatique en hausse
Les données du marché mettent en évidence une forte hausse de la demande asiatique. Les importations en provenance du Brésil sont passées d’environ 1,2 million de barils par jour (bpj) en 2025 à environ 1,8 million de bpj entre janvier et mai de cette année.
La Chine a été le principal moteur de cette croissance, ses importations quotidiennes de brut brésilien ayant presque doublé par rapport aux niveaux de 2025, ce qui s’est traduit par une valeur d’exportation de 7,2 milliards de dollars (6,2 milliards d’euros) au premier trimestre. L’Inde a également augmenté ses importations, faisant du Brésil son quatrième fournisseur en importance en avril afin de répondre à la hausse des besoins nationaux en carburant.
Pas de pic soudain lié à la guerre
Si la production globale du Brésil a augmenté – atteignant 4,11 millions de b/j en mai –, les experts soulignent qu’il ne s’agit pas d’un pic soudain lié à la guerre. Il s’agit plutôt d’un changement logistique. Petrobras a stratégiquement réorienté ses exportations des États-Unis vers les marchés asiatiques, où les raffineurs sont prêts à payer un supplément pour du pétrole qui contourne la région instable du Golfe. Ce changement stimule l’économie brésilienne ; selon les projections, si le Brent atteint 100 dollars le baril, les recettes qui en résulteraient pourraient ajouter près de 1 pour cent au PIB du pays par rapport aux estimations budgétaires actuelles.
Élargissement de l’empreinte diplomatique
Au-delà de ses deux principaux acheteurs, le Brésil étend son influence diplomatique et énergétique au Japon et en Corée du Sud. Les récentes visites de haut niveau et les accords conclus témoignent d’une volonté d’établir des « partenariats stratégiques » et d’assurer la sécurité énergétique d’autres économies d’Asie de l’Est.
L’attrait du pétrole brésilien réside dans sa qualité. Les qualités « medium-sweet » Tupi et Buzios sont pauvres en soufre, ce qui les rend idéales pour la production de kérosène et de diesel. Cela confère au Brésil un avantage concurrentiel par rapport à des alternatives telles que le brut vénézuélien, qui est trop « acide » et lourd pour être traité par de nombreuses raffineries asiatiques.
Obstacles logistiques
Malgré ces avantages, le Brésil ne peut pas remplacer entièrement les approvisionnements du Moyen-Orient. Des obstacles importants subsistent, notamment la distance considérable : le transport maritime du Brésil vers la Chine prend environ 50 jours, ce qui augmente les coûts de fret et immobilise les pétroliers. De plus, avec la réouverture des routes arctiques, le pétrole russe pourrait devenir une option plus rapide et plus compétitive pour la Chine.
En fin de compte, si le Brésil sert de soupape de sécurité essentielle pour les pays qui cherchent à se diversifier au-delà du détroit d’Ormuz, il reste une alternative marginale plutôt qu’un remplacement structurel à long terme du pétrole du Golfe en raison de contraintes logistiques et d’une flexibilité de production limitée. (fc)
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