En Autriche, les Verts persistent et signent : oui au charbon, non au nucléaire, y compris chez les voisins

Si la crise énergétique a poussé les écologistes belges et bientôt allemands a (légèrement) réviser leur abhorration de l’atome, ce n’est pas le cas en Autriche. Alors que les Verts autrichiens poussent pour relancer les centrales au charbon, ils s’en prennent à leurs voisins slovaques, qui s’apprêtent à mettre en service une nouvelle centrale nucléaire non loin de la frontière.

Les Verts et le nucléaire, ça ne fait pas bon ménage. C’est encore plus vrai en Autriche, où les écologistes sont loin d’être les seuls à dire non à l’atome. À gauche comme à droite (même aux extrêmes), on ne peut pas voir de centrale nucléaire en peinture. Et ce depuis 1978 et un referendum débouchant sur la non-activation de l’unique centrale du pays, celle de Zwentendorf, devenue en même temps un projet mort-né.

Les Autrichiens ont le nucléaire en horreur, et leurs craintes vont au-delà de leurs frontières. En cette fin de semaine, un nouvel événement le démontre à nouveau. La responsable de l’autorité slovaque de surveillance nucléaire (UJD), Marta Ziakova, a confirmé la future mise en service d’un troisième réacteur à la centrale de Mochovce. L’installation, dans le sud-ouest du pays, est située à une centaine de kilomètres de la frontière avec l’Autriche. Lorsqu’il sera pleinement opérationnel, en 2023, Mochovce 3 (471 MW) devrait pouvoir couvrir un dixième de la consommation électrique de la Slovaquie.

« Incompréhensible », « irresponsable »

De quoi provoquer le courroux de la ministre autrichienne de l’Énergie, l’écologiste Leonore Gewessler, qui y voit une grosse prise de risques en matière de sécurité. « Nous avons à plusieurs reprises mis en garde contre la mise en service. Cette décision est absolument incompréhensible », a-t-elle réagi. Elle a également qualifié l’énergie nucléaire de « technologie dangereuse et dépassée » et souligné le fait que la guerre en Ukraine avait rendu « le risque pour la sécurité encore plus clair ».

Il faut dire que les Autrichiens mettent un point d’honneur à contrecarrer les plans de leurs voisins concernant la construction ou l’expansion de centrales nucléaires. Une volonté qui figure même explicitement dans le programme de l’actuel gouvernement, mené par écologistes en compagnie des conservateurs.

Le gouvernement n’est pas le seul organe chargé de cette mission en Autriche. L’organisation de défense de l’environnement Global 2000 est également une farouche opposante à l’atome. Elle dénonce depuis plusieurs années des problèmes techniques dans la centrale de Mochovce : récemment, elle y a même découvert des tuyauteries non conformes. En parallèle, Global 2000 dénonce une mauvaise gestion de la part de l’exploitant de la centrale, Slovenské elektrárne.

En mai 2021, l’organisation avait lancé un recours contre le permis d’exploitation accordé pour Mochovce 3. L’autorité slovaque de surveillance nucléaire (UJD) l’a rejeté, assurant que toutes les inspections d’usage avaient bien eu lieu. Pas de quoi rassurer Global 2000, qui a porté plainte en février dernier contre l’UJD auprès de la police criminelle slovaque, l’accusant d’avoir délibérément omis d’effectuer des contrôles.

Suite à l’annonce de l’UJD de ce jeudi confirmant la mise en service du troisième réacteur de Mochovce, Global 2000 a évoqué une décision « irresponsable ».

Le gouvernement autrichien veut relancer le charbon

Si la coalition à la tête de l’Autriche se montre totalement hermétique au nucléaire, jugé pas assez efficace et, surtout, trop risqué, elle souhaite en revanche relancer les centrales au charbon afin de remplacer le gaz russe, dont les livraisons ne cessent de diminuer. Pour ce faire, elle doit convaincre une partie de l’opposition.

Cette semaine, un vote autour d’un projet de loi visant à revenir temporairement sur l’élimination du charbon n’a pas réuni les deux tiers des voix nécessaires, seuls les conservateurs et les écologistes s’étant prononcés en sa faveur.

Les sociaux-démocrates (SPÖ), principale force de l’opposition, veulent d’abord que le gouvernement garantisse que les coûts supplémentaires liés à cette relance du charbon ne seront pas supportés par les contribuables. « Ceux qui ont gagné des milliards dans la crise énergétique actuelle devraient payer », a ainsi déclaré Joerg Leichtfried, le vice-président du SPÖ.

« Je trouve le comportement du SPÖ complètement irresponsable. Je [le] tiens pour responsable si des appartements de familles et d’enfants restent froids [cet hiver] », a rétorqué la ministre Leonor Gewessler soulignant la centrale de Mellach (près de Graz) pourrait à elle seule alimenter jusqu’à 260.000 foyers en électricité et en chaleur en cas d’urgence.

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