En Angleterre, des écoles utilisent la reconnaissance faciale pour savoir qui a payé à la cantine

Après les aéroports, certaines gares voire certains bâtiments, la reconnaissance faciale fait ses débuts dans les cantines d’école. Neuf établissements scolaires du North Ayrshire, au Royaume-Uni, ont recours à cette technologie pour savoir quels enfants ont payé ou pas leur repas. Une utilisation qui ne passe pas auprès de certains défenseurs des droits à la vie privée.

Pourquoi est-ce important ?

Le recours à la reconnaissance faciale dans un cadre aussi banale qu’une cantine d’école pourrait être les prémisses d’une utilisation plus importante dans notre quotidien. Cela pose question en termes de respect de la vie privée des enfants, mais aussi de la banalisation de cette technologie auprès des enfants qui ne sont pas forcément armés pour comprendre les risques que représente la reconnaissance faciale.

Dans 9 écoles du North Ayrshire, le paiement pour la cantine scolaire se fait désormais en scannant le visage des élèves. Grâce à la reconnaissance faciale, les établissements scolaires sont en mesure de savoir qui a ou non payé pour manger à l’école, rapporte le Financial Times. Cela simplifie et accélère évidemment l’étape de vérification, mais pour l’ICO, un organisme indépendant qui défend les droits à l’information au Royaume-Uni, cette pratique est beaucoup trop intrusive pour être utilisée dans un cadre scolaire.

« Les établissements devraient envisager d’utiliser une approche différente si le même objectif peut être atteint de manière moins intrusive », a déclaré l’ICO qui prévoit de contacter le conseil de North Ayrshire à ce propos.

Une réponse au covid

Or, l’introduction de la reconnaissance faciale dans les cantines des écoles répond à un problème mondial dans le cas présent, à savoir la pandémie de coronavirus. Grâce à elle, les élèves sont moins exposés à une contamination lorsqu’ils paient pour la cantine puisque la vérification se fait sans contact, se défend CRB Cunninghams, la société qui fournit la technologie.

Si la pratique peut choquer, surtout en dehors du Royaume-Uni, le recours à la reconnaissance faciale n’est finalement que le prolongement de l’utilisation des systèmes biométriques dans les écoles. La reconnaissance digitale a en effet déjà été adoptée dans plusieurs établissements scolaires anglais, et ce, depuis plusieurs années. Cependant, ce que les militants opposés à l’utilisation de la reconnaissance faciale dans les écoles reprochent est que des solutions beaucoup moins invasives peuvent être utilisées. Au final, la reconnaissance faciale n’apporte pas grand-chose de plus.

« Aucun enfant ne devrait avoir à subir des contrôles d’identité […] juste pour avoir un repas scolaire », a déclaré Silkie Carlo, la directrice de Big Brother Watch, au journal The Guardian. « Nous sommes censés vivre dans une démocratie, pas dans un État sécuritaire. »

« Il s’agit de données personnelles très sensibles que les enfants devraient apprendre à protéger, à ne pas divulguer sur un coup de tête. Cette société de biométrie a refusé de divulguer avec qui d’autre les informations personnelles des enfants pourraient être partagées et il y a des drapeaux rouges ici pour nous », s’inquiète-t-elle.

L’efficacité avant tout

« C’est le moyen le plus rapide d’identifier quelqu’un à la caisse. Dans une école secondaire, vous disposez d’environ 25 minutes pour desservir potentiellement 1 000 élèves. Nous avons donc besoin d’un débit rapide au point de vente », justifie David Swanston, le directeur général de CRB Cunninghams.

La société a d’ailleurs indiqué que le système mis en place dans les écoles britanniques était différent de celui que l’on retrouvait dans certaines villes. Ici, les parents doivent donner leur consentement explicite pour que la reconnaissance faciale soit utilisée sur leur enfant pour vérifier leur paiement à la cantine. De plus, les empreintes faciales sont cryptées et stockées sur les serveurs des écoles. Des arguments qui ne font pas l’unanimité. Certains s’inquiètent malgré tout de l’utilisation de cette technologie sur les enfants, mais aussi du stockage des données et de leur sécurité. Elles pourraient faire l’objet de cyberattaques.

Malgré les inquiétudes de certains, la technologie de reconnaissance faciale s’apprête à faire ses débuts dans les cantines de nombreuses autres écoles britanniques.

Le Royaume-Uni prend ses distances avec l’UE

Alors que la reconnaissance faciale est au cœur des débats au sein de l’Union européenne, le Royaume-Uni semble prêt à statuer différemment sur la question. Afin de booster l’économie relative au numérique dans le pays, le gouvernement britannique s’était déjà montré favorable à l’utilisation de cette technologie par les entreprises.

Le pays a également pris ses distances avec l’UE en se montrant plus libertaire concernant la protection des données privées.

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