Ne pas financer la guerre de Poutine en Ukraine. Voilà le mot d’ordre en Europe. L’UE veut se débarrasser de ses approvisionnements en énergies russes, produits phares de l’économie du pays. Pour le pétrole, des embargos entrent en vigueur dans les mois à venir, et les entreprises qui continuent à faire affaire avec Moscou sont mises au pilori. Pour le gaz, l’UE a parcouru le globe entier pour trouver d’autres approvisionnements. Or, il s’avère que ce sont des écrans de fumée. De manière cachée, le pétrole et le gaz russe continuent bel et bien d’arriver sur le marché européen.
Russie – Méditerranée – Europe : les transferts de navire à navire
D’abord pour le pétrole. Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par sa voisine, la Russie, en février, pas moins de 41 navires seraient actifs dans les eaux européennes, selon Nikkei Asia, pour transporter du pétrole vers d’autres navires. L’année dernière, un seul navire de ce type a été signalé comme étant actif. Bien que l’Europe n’ait pas encore introduit une interdiction complète du pétrole russe, les entreprises subissent une pression croissante pour l’écarter.
Cela changera en décembre. L’Union européenne instaurera alors un embargo sur le pétrole brut russe. En février, les produits pétroliers seront également interdits. Cependant, Nikkei Asia pense que ce passage du pétrole continuera après que ces mesures seront prises.
De combien de pétrole s’agit-il ?
Pour voir où va le pétrole russe, Nikkei Asia a utilisé les chiffres de la société de données Refinitiv. Celles-ci montrent que le transfert de pétrole se fait principalement dans la mer Méditerranée, au large de la Grèce. La société a examiné l’évolution du tirant d’eau des navires, c’est-à-dire la distance entre la ligne de flottaison et le fond de la coque. De cette façon, il est possible de déterminer quand un navire est entièrement chargé. Avec ces chiffres, il a été possible de calculer combien de transferts avaient eu lieu depuis février.
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février, jusqu’au 22 août, le journal économique a pu constater que 175 transferts depuis des navires de transport russes ont eu lieu au large des côtes grecques. Au cours de la même période l’année dernière, il n’y en avait que neuf. Il s’agirait de dizaines de millions de barils de pétrole russe.
En surveillant les itinéraires des navires, il a été possible de confirmer qu’ils accostaient effectivement dans des ports européens. Près de la moitié des navires ont mis cap sur l’UE. Des navires transportant du pétrole russe sont également arrivés en Belgique.
Réponse de la Grèce
Bien que la Grèce ait déclaré à Nikkei Asia qu’elle suivait la situation, les transferts auraient lieu dans le Golfe de Laconie, et donc « en dehors des eaux territoriales ». Mais selon Stavros Arahovitis, un député grec, le gouvernement ne fait pas assez pour empêcher ces transferts. « Le gouvernement ne va probablement pas agir tant qu’il n’y a pas d’accident, même si je propose au parlement de fermer le Golfe de Laconie », explique-t-il.
Le fait que les transferts aient lieu précisément à cet endroit n’est pas une coïncidence. Les eaux territoriales de la Grèce dans la région ne s’étendent que jusqu’à environ 11 kilomètres de la côte. Cela ne représente que la moitié de la distance normale et permet aux navires d’opérer sans être dérangés dans les eaux internationales. Le fait que l’industrie maritime grecque ait une grande influence dans le pays rendrait également le gouvernement moins disposé à faire quoi que ce soit à ce sujet, selon Nikkei Asia.
Russie – Chine – Europe : le camouflage du GNL
Ensuite, pour le gaz naturel liquéfié. Le mois dernier, il s’est avéré que la Chine exportait du GNL vers l’Europe. La Chine dispose en effet d’une gigantesque réserve de gaz liquéfié. En fait, le pays asiatique importe beaucoup de gaz de Russie depuis le début de l’année.
Les données douanières obtenues par le South China Morning Post montrent que la Chine a acheté un total de 2,35 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié au cours du premier semestre de l’année. Prix : 2,16 milliards de dollars. Le pays a importé 28,7% de GNL de plus qu’il y a un an. Cela fait de la Russie le quatrième fournisseur de gaz liquéfié de la Chine.
Les analystes sont surpris que la Chine importe autant de gaz russe. En effet, la demande d’énergie du pays a fortement diminué en raison des problèmes économiques, tels que la crise de la dette immobilière et des confinements. La sécheresse record qu’a connue le pays a également gravement affecté la production industrielle.
La Chine revend du gaz liquéfié russe à l’Union européenne
Alors pourquoi la Chine continue-t-elle à importer massivement du gaz russe ? Selon le site d’informations financières Zerohedge, le pays agit ainsi afin de revendre l’excédent de gaz à l’Union européenne, durement touchée par la crise énergétique. Une fois que le gaz russe est arrivé en Chine, le gaz est « chinois ».
Au cours des six premiers mois de cette année, les importations de GNL dans l’UE ont déjà augmenté de 60 % par rapport à 2021, indique le cabinet d’études Kplr. Notre région a importé au moins 53 millions de tonnes de GNL jusqu’à présent cette année.
La quantité totale de GNL « chinois » revendu devrait être supérieure à 4 millions de tonnes, ce qui équivaut à quelque 7 à 8 % des importations de gaz de l’Europe au cours du premier semestre de l’année.
« L’Europe pourrait acheter du GNL russe au prix X, mais au lieu de cela, elle doit payer deux ou trois fois plus, au moins, juste pour envoyer au monde le message vertueux qu’elle ne financera pas le régime de Poutine. Alors qu’en réalité, elle paie un supplément à la fois à Xi et à Poutine, qui font de beaux profits grâce à la rareté générale sur le marché », conclut Zerohedge.
(CP)