Ecolo ferme la porte à Doel 3 et Tihange 2 : « Prolonger deux réacteurs, c’est suffisant », déclare le vice-premier ministre Gilkinet, avec une réaction immédiate du MR: « Le gaz est la solution, alors ? »

La coalition Vivaldi poursuit son bras de fer sur l’énergie nucléaire. Alors que du côté de Groen, ce week-end, on avait prudemment laissé la porte entrouverte à l’énergie nucléaire, surtout pour se débarrasser de cette étiquette de « dogmatique », ce matin, Ecolo tire à nouveau un trait sur la discussion. Garder plus de deux réacteurs nucléaires ouverts est un tabou absolu pour les écologistes francophones. Et ce, alors que dans la discussion actuelle, le CD&V, l’Open Vld et le MR ont ouvertement suggéré d’aller plus loin, notamment avec Doel 3 et Tihange 2, qui fermeront bientôt. « La prolongation de deux réacteurs est suffisante », a martelé le vice-premier ministre Georges Gilkinet (Ecolo) sur LN24. La réaction du MR a été immédiate : « Les centrales à gaz sont-elles l’alternative ? ». Hier soir, c’était déjà la consternation générale chez les libéraux, lorsqu’à Terzake, la ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, a affirmé que les deux réacteurs les plus récents avaient été prolongés « à sa demande, à son initiative ». « Insupportable », a réagi Georges-Louis Bouchez (MR).

Dans l’actualité : « Non, pas plus de deux réacteurs », dit Ecolo.

Les détails : À la veille d’un Comité de concertation qui s’annonce houleux, la guerre froide sur le nucléaire continue de faire rage au sein de la coalition.

  • « Je suis sûr qu’également à son initiative, cinq réacteurs supplémentaires seront prolongés », a réagi cyniquement Georges-Louis Bouchez (MR) après une intervention télévisée de la ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten. « Comment peut-on oser dire des choses pareilles ? Cela devient insupportable… L’Europe c’est grâce à elle aussi. Avoir appris le néerlandais pour entendre ça… », a continué le président du MR.
  • Le point d’achoppement pour Bouchez est une déclaration faite par Van der Straeten sur Terzake hier soir: « Les centrales les plus performantes dont nous disposons sont nos deux plus jeunes centrales nucléaires, que nous allons prolonger de dix ans à ma demande, à mon initiative. »
  • Cela a soulevé quelques questions dans la rue de la Loi : les Verts, qui s’étaient tant battus pour la fermeture de toutes les centrales, prétendent-ils aujourd’hui l’inverse ? Un jour plus tard, dans les cercles de Van der Straeten, on dit qu’il ne s’agissait pas d’une tournure de phase malheureuse, mais au contraire, d’une déclaration véridique : « Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, n’a-t-elle pas annoncé avec Jean-Marc Nollet dans De Standaard et Le Soir que 2 gigawatts de nucléaire devaient rester dans le mix énergétique ? »
  • La déclaration de Van der Straeten, qui a largement circulé sur Twitter, s’ajoute à une série d’attaques en règle émanant du MR, dont l’ancienne ministre Marie-Christine Marghem. Avec Bouchez, ils accusent tout à tour Van der Straeten de « mentir ».
  • L’atmosphère autour du dossier nucléaire s’envenime. Et ce, alors que l’on tentait de noyer la discussion, certainement du côté de chez Groen. Lorsque la formation écologiste a annoncé un nouveau logo et une nouvelle ligne de parti, lors de son congrès de « rafraîchissement » ce week-end (le parti souhaite adopter une position plus large que celle de l’environnement et du climat), l’énergie nucléaire était encore considérée comme « acceptée, mais pas souhaitée ».
  • De cette façon, ils voulaient faire oublier que Groen et Ecolo ont subi une énorme défaite politique : en 2020, tous deux sont entrés dans la Vivaldi avec l’idée de corriger une « anomalie historique », vingt ans après la décision du gouvernement arc-en-ciel Verhofstadt I. À l’époque, une sortie du nucléaire avait été décidée, mais les gouvernements successifs, sans les Verts, ont à chaque fois repoussé la date butoir. Le MR, et finalement le conflit en Ukraine, ont obligé Ecolo et Groen à faire volte-face.
  • « Quand le monde change aussi fondamentalement, il faut aussi adapter sa politique. Lorsque nous avons commencé ce gouvernement, le prix du gaz était de 15 euros, maintenant, il est de 300 à 400 euros », entend-on dans l’entourage de Van der Straeten.

Bien noté : Ecolo n’ira pas plus loin que ces 2 gigawatts, soit deux réacteurs.

  • Alors que Groen a tenté d’ajuster subtilement sa position sur l’énergie nucléaire, Ecolo a choisi ce matin une approche différente : la ligne rouge. Au micro de Martin Buxant de LN24, Georges Gilkinet, vice-premier ministre Ecolo, a tracé cette ligne dans le sable : « L’énergie nucléaire est une solution du passé. Aujourd’hui, nous devons chercher des solutions ailleurs », a-t-il déclaré, pour nous faire comprendre « que garder deux réacteurs nucléaires ouverts est vraiment suffisant ».
  • C’est frappant, car le débat sur Doel 3 et Tihange 2 vient de démarrer. Ces réacteurs, plus anciens que Doel 4 et Tihange 3, qui bénéficient eux d’une prolongation de dix ans, devraient en principe être fermés dans les prochains mois. Mais la Vivaldi, en ce compris le ministre de l’Énergie, a demandé à l’opérateur Engie de prolonger leur ouverture au-delà de l’hiver, pour s’assurer qu’il y ait suffisamment d’énergie.
  • Dans le même temps, le personnel des centrales nucléaires nous dit qu’il est possible de prolonger la durée de vie de ces réacteurs. L’Open Vld et le CD&V se sont alors jetés sur l’affaire, voulant tous deux au moins examiner si on pouvait aller plus loin. De cette manière, l’aile droite de la Vivaldi a rejoint le MR.
  • Mais Ecolo ne veut pas en entendre parler : deux ouverts, cinq fermés. La position de Van der Straeten est un peu plus subtile : elle souligne que déjà en juin, il a été demandé à Engie d’envisager la (courte) prolongation de Doel 3 et Tihange 2, et de reporter leur fermeture après l’hiver. Mais Engie n’a fait aucun pas en ce sens et se place donc de facto du côté des Verts.
  • Sans surprise, Bouchez, a réagi très violemment aux déclarations de Gilkinet, ce matin : « Les centrales à gaz sont donc l’avenir ? Ecolo est le parti qui soutient les solutions qui émettent le plus de CO2, mais qui surtout mettent en péril notre sécurité d’approvisionnement. C’est extrêmement grave. »

À noter également : Les négociations avec Engie sont au point mort.

  • La Vivaldi, pour sa part, doit encore trouver un accord avec les Français d’ici la fin de l’année, autour des centrales nucléaires belges. Le sort de Doel 3 et de Tihange 2 est révélateur : Engie n’est pas du tout désireux de répondre à la demande du gouvernement belge. En fait, il n’est pas question de reporter la question après l’hiver avec les Français, qui ignorent complètement le gouvernement belge dans ce dossier.
  • En filigrane, il y a certainement le fait que le géant français de l’énergie s’est entièrement retiré de l’énergie nucléaire, le parc nucléaire belge étant le seul qui lui reste. Et malgré les superprofits qui y sont réalisés, le géant énergétique veut se débarrasser de la facture du futur démantèlement des centrales et de la gestion des déchets.
  • Ils y vont donc à fond : en échange de concessions de toutes sortes, ils veulent que le dossier Synatom soit rouvert. Ce fonds, qui contient des réserves de 14 milliards d’euros pour la fermeture des centrales nucléaires et l’élimination des déchets, doit être financé par Engie. Les Français font tout ce qu’ils peuvent pour tirer l’État belge dans le bain, et ainsi réduire leur exposition au parc nucléaire belge, qui se poursuivra pendant des décennies.
  • En conséquence, les négociations entre le Premier ministre De Croo et le ministre Van der Straeten sont « complètement bloquées » et les progrès sont minimes, selon certaines voix prudentes dans les milieux gouvernementaux. « Ils nous mettent dos au mur, surtout avec la crise actuelle », entend-on.
  • Et bien sûr, cela n’aide pas qu’un parti au pouvoir, en l’occurrence le MR, veuille ouvertement nationaliser le parc nucléaire : ce serait la solution ultime pour Engie, pour se dégager de la responsabilité des déchets et du démantèlement. Et le fait que le CD&V et l’Open Vld pensent désormais ouvertement à maintenir d’autres réacteurs ouverts, ils l’auront certainement remarqué à La Défense, le quartier d’affaires de Paris où se trouve le siège social d’Engie : une nouvelle monnaie d’échange dans ce scénario.

Remarquable : Avec le retour du comité de concertation, cette mauvaise habitude de la surenchère fait également sa réapparition.

  • La rue de la Loi se prépare pour le Comité de concertation de demain, convoqué par le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld). De cette manière, le Premier ministre tire les entités fédérées de force avec lui, et en fait un problème commun. De plus, comme ces comités de concertation étaient synonymes de réponse à la crise du Covid, il y a immédiatement une sorte d’urgence autour de la rue de la loi : maintenant, c’est sérieux, semble-t-il.
  • Et regardez : c’est le moment de la cacophonie des propositions de tous bords, afin d’augmenter la pression politique sur les partenaires gouvernementaux, ou mieux encore, sur les autres niveaux politiques.
  • Le meilleur exemple est peut-être celui de Zakia Khattabi (Ecolo), la ministre fédérale du climat, dont la politique est en grande partie une boîte vide, parce que beaucoup des leviers d’une politique climatique sont uniquement régionaux. Dans un communiqué de presse, elle a annoncé qu’elle mettrait sur la table le dossier de la répartition de l’argent européen pour le climat, une question particulièrement épineuse.
  • Ce « burden sharing » est une vieille question : qui fait les plus gros efforts en matière de climat, et qui devrait donc recevoir le plus de deniers européens ? Il ne s’agit pas d’argent de poche, mais de plus d’un milliard, et la Flandre réclame la plus grande part, en tant que région la plus industrialisée. Khattabi veut appliquer l’ancienne clé de répartition de 2015, selon laquelle la Flandre obtient moins, car plus en avance économiquement.
  • « Elle ne va pas résoudre ce problème en envoyant des communiqués de presse », déclare fermement le gouvernement flamand à propos de la ministre fédérale. Les relations entre Khattabi et la ministre de l’Énergie de la Flandre, Zuhal Demir (N-VA), qui participera également à la réunion de demain « par politesse », sont tendues depuis un certain temps. La ministre flamande se demande en fait de quoi le comité de concertation va concerter, vu que le principal de la discussion se situe au niveau européen.
  • Ce matin, Ecolo a par ailleurs une nouvelle fois soulevé la question de l’imposition des surprofits du secteur de l’énergie. Gilkinet a lui aussi revendiqué la paternité de ce concept : « C’est une idée d’Ecolo, le PS nous suit, et non l’inverse ».
  • Le PS a réagi froidement : « Nous ne sommes pas intéressés par les arguments sur la paternité. Mais la seule personne qui ait jamais taxé efficacement les bénéfices excédentaires est Paul Magnette qui, en tant que ministre fédéral de l’Énergie, a introduit un taux d’intérêt nucléaire en 2010, qui a déjà rapporté 5 milliards et rapportera encore 1 milliard cette année. En attendant, nous attendons des propositions concrètes de la part d’Ecolo. »
  • Le PS ne serait pas le PS s’il n’avait pas déjà, entretemps, placé ses propositions. Par exemple : l’interdiction totale des vols privés, propose allègrement le secrétaire d’État Thomas Dermine (PS). « Les taxer n’a aucun sens. Nous ne découragerons pas ceux qui peuvent s’offrir un jet privé avec une taxe de 3 000 euros. On devrait juste interdire les jets privés. Un vol émet ce qu’une personne émet en cinq ans. »
  • Plus réaliste, le plan du PS prévoit aussi de faire quelque chose pour les personnes à revenu moyen jusqu’à 2 200 euros nets, qui ne bénéficient pour le moment pas du tarif social.
  • Le CD&V a eu l’idée de laisser les ménages qui jouissent de ce tarif social de choisir entre ce tarif ou simplement des panneaux solaires gratuits. Après tout, en un an, le gouvernement accorde autant de subventions que le coût des nouveaux panneaux. Un seul problème : combien de personnes possèdent un bien immobilier avec un toit suffisamment grand et font partie de la catégorie des tarifs sociaux ?
  • Pour parler franchement, une surenchère un peu surréaliste est en cours, à la veille du premier Comité de concertation de l’énergie. Les idées ne manquent pas.
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