Des tardigrades perdus dans l’espace pourraient-ils répandre la vie sur une autre planète ?

Fascinantes bestioles que les tardigrades : également appelés « oursons d’eau », les représentants de cet embranchement du règne animal plus ou moins reliée aux arthropodes stupéfient depuis des années les scientifique par leur extraordinaire résistance. Ceux-ci élargissent immensément le concept même d’animaux extrémophiles : ils sont capables de résister à des températures qui oscillent entre -272 et 150°C ainsi qu’à des pressions de 6.000 bar, sans compter leur capacité à résister aux rayonnements ultraviolets.

Privés d’eau et de nourriture, les tardigrades se replient en cryptobiose, ce qui signifie que les processus métaboliques observables sont considérablement réduits : le tardigrade est alors en état de stase jusqu’à réactivation de ses processus métaboliques, et il peut tenir ainsi une trentaine d’années. On connait environ 1 200 espèces de ces animaux, qui vivent en général dans des milieux particulièrement hostiles à la vie.

La vie trouve-t-elle toujours un chemin ?

De telles capacités de résistance ont – sans doute pour leur plus grand malheur – attiré l’intérêt de la science, et des tardigrades subissent régulièrement des expériences étranges afin de tester jusqu’à quel point la vie peut trouver un chemin. Une question à prendre sur le prisme d’une obsession duale : tenter de comprendre comment la vie est apparue et s’est maintenue sur une Terre alors particulièrement hostile, et de tester ses capacités à s’adapter à des environnements qui nous semblent stériles, ailleurs dans l’espace.

C’est dans ce contexte qu’en 2019, une sonde israélienne nommée Bereshit avait emporté quelques-uns de ces arthropodes ultra-résistants qui avaient été congelés. Elle contenait aussi des dessins d’enfants, une Bible, des extraits d’ADN et même les secrets de certains tours de magie de David Copperfield rappelle Futura, afin d’emmener un petit panel du savoir humain au loin dans l’univers. Sauf que la sonde s’est écrasée sur la Lune. Et la première question qui est venue à l’esprit du monde scientifique fut: « Est-ce que les tardigrades ont pu y survivre ? »

Panspermie

L’enjeu est de taille, et porte un nom : la panspermie. Soit la théorie que la vie puisse traverser le vide spatial, par exemple sur des météorites, ou sur la surface de vaisseaux spatiaux, et se répandre ainsi sur de nouvelles planètes. Certains pensent que c’est ainsi qu’elle est apparue sur Terre, même si ce point de vue reste très critiqué dans les milieux scientifiques. Mais il n’est pas non plus exclu que nos sondes et nos vaisseaux provoquent une panspermie, et le sort des tardigrades tombés sur la Lune prend là toute son importance.

Afin de tester la capacité de ces animaux à résister à un impact sur un astre, planète ou satellite, des chercheurs de l’université Queen Mary et de l’université du Kent (Royaume-Uni) n’ont pas trouvé mieux que de tenter l’expérience : ils ont placé une vingtaine de tardigrades en hibernation, un état dans lequel leur métabolisme ne fonctionne plus qu’à 0,1% de son activité normale. Ils les ont ensuite placés dans des balles creuses avant de tirer ces projectiles avec un pistolet destiné aux expériences balistiques, faisant ainsi subir aux tardigrades des impacts de balles tirées jusqu’à 900 m/s – soit environ 3.200 km/h – et des pressions allant jusqu’à 1,14 gigapascal (GPa).

Voyage spatial improvisé

Et ils ont survécu jusque là. Si la vitesse et la pression de choc augmentent encore par contre, c’est la mort pour les petits organismes. Or la pression du choc de l’engin à la surface de la Lune étant estimée à bien plus de 1,14 GPa. Donc il n’y a sans doute pas de tardigrades en vie sur la Lune.

Mais les chercheurs imaginent, par exemple, que des morceaux de roches arrachés de la Terre dans le passé pourraient voyager jusqu’à la Lune à des vitesses suffisamment basses pour que des tardigrades aient pu survivre. Quant aux microbes, ils sont capables de résister à des accélérations bien plus importantes encore, de l’ordre des 5.000 m/s. La panspermie reste donc fort improbable, mais pas pour autant impossible. Les tardigrades auront quand même payé un lourd tribut à la science pour cette information.

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