Des frappes de drones ukrainiens visent des centres de données russes et du matériel d’IA


Principaux renseignements

  • Les frappes de drones ukrainiens ont paralysé des centres de données russes, perturbant ainsi des services numériques essentiels.
  • Les sanctions occidentales entravent le remplacement du matériel d’IA et des supercalculateurs détruits.
  • Les lois strictes sur la localisation des données transforment les serveurs russes centralisés en cibles faciles.

Au cours du mois d’octobre, les opérations de drones ukrainiens ont visé cinq centres de données majeurs gérés par de grandes entreprises technologiques russes. Ces attaques ont entraîné des perturbations au niveau des applications de navigation, des systèmes de paiement et des services cloud dans tout le pays. Les attaques ont touché trois sites de Yandex, ainsi qu’une installation de Sber et un centre de serveurs de VKontakte. Ces trois entreprises gèrent la majeure partie de l’infrastructure numérique russe destinée aux consommateurs. Les dégâts ont donné lieu à de nombreux signalements d’instabilité concernant des services essentiels tels que la commande de taxis et les paiements numériques.

Un revers pour l’IA russe

Les spécialistes du secteur estiment que le processus de remise en état de ce matériel pourrait prendre plusieurs années. Ils ont par ailleurs souligné que ces attaques visent spécifiquement à entraver les progrès de Moscou dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Les conséquences sont particulièrement graves pour Yandex, dont les supercalculateurs de pointe ont été endommagés. Étant donné que la Russie est déjà en retard sur la Chine et les États-Unis dans le domaine de l’IA, et que les sanctions occidentales actuelles empêchent l’importation légale des processeurs Nvidia nécessaires, le remplacement des composants détruits s’avérera extrêmement difficile.

Le coût de la souveraineté numérique

Ces événements s’inscrivent dans le contexte d’un conflit plus large autour des infrastructures numériques. La Russie a déjà attaqué plusieurs centres informatiques ukrainiens, provoquant notamment la destruction totale d’un site de Datagroup à Kiev et endommageant le GigaCenter. L’Ukraine a toutefois limité ces pertes en migrant la majeure partie de ses données vers des serveurs européens. En revanche, la législation russe impose que toutes les données nationales soient stockées à l’intérieur des frontières du pays afin de garantir un « Internet souverain ». Cette centralisation fait des installations russes des cibles plus faciles, Moscou ayant du mal à assurer une défense aérienne adéquate sur un territoire aussi vaste.

Vulnérabilités matérielles

La nature même des centres de données, ces immenses halls remplis de matériel électronique sensible et de systèmes de refroidissement, les rend très vulnérables aux explosifs. Des images satellites suggèrent que les incendies survenus sur les sites de Yandex auraient pu détruire des micropuces importantes, la suie et la chaleur ayant des effets dévastateurs sur le matériel des serveurs. Paradoxalement, cette vulnérabilité pourrait contraindre le Kremlin à assouplir ses lois strictes en matière de localisation des données. Les entreprises russes pourraient être amenées à louer de la puissance de calcul en Europe afin d’éviter de nouvelles pertes sur leur territoire.

Surveillance et propagande d’État

Au-delà de leur utilité commerciale, ces infrastructures font partie intégrante du dispositif de sécurité et de propagande de l’État russe. La législation SORM oblige des entreprises comme Sber et VKontakte à donner au Service fédéral de sécurité russe (FSB) un accès direct aux communications de leurs utilisateurs. De plus, le Kremlin utilise l’IA et ces ressources informatiques pour générer des deepfakes, diffuser de la désinformation et tenter d’« empoisonner » les données d’entraînement des chatbots IA du monde entier au profit de récits pro-russes. (ev)

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