Principaux renseignements
- Des entreprises chinoises défient ouvertement les sanctions américaines en vendant des composants essentiels pour drones à l’Iran et à la Russie.
- Les drones utilisent des pièces facilement disponibles, ce qui rend difficile l’interception de leur circulation dans le commerce mondial.
- Les États-Unis réorientent leur stratégie pour cibler les sources de financement iraniennes, dans l’espoir de paralyser la capacité du pays à financer son programme de drones.
Les États-Unis sont confrontés à un défi croissant dans leurs efforts visant à empêcher la Chine de fournir des composants de drones à l’Iran et à la Russie. Malgré les sanctions américaines, des entreprises chinoises peu connues vendent ouvertement des biens à double usage, tels que des moteurs et des batteries, qui sont essentiels à la construction de drones utilisés à des fins militaires. C’est ce qu’écrit le Wall Street Journal.
Défi ouvert aux sanctions
On peut citer l’exemple de Xiamen Victory Technology, une petite entreprise chinoise qui a envoyé un e-mail proposant de vendre des moteurs Limbach L550 de conception allemande – un composant clé du drone explosif iranien Shahed-136 – tout en exprimant son soutien à l’Iran lors de récents conflits militaires. Cette tactique de marketing effrontée met en évidence la frustration des responsables américains face à l’impossibilité d’arrêter le flux de ces marchandises vers leurs adversaires.
Les données douanières chinoises révèlent une forte augmentation des exportations de biens à double usage vers la Russie et l’Iran, notamment des moteurs, des puces informatiques, des câbles à fibre optique et des gyroscopes. Alors que les exportateurs chinois recouraient auparavant à des tactiques trompeuses pour dissimuler leurs expéditions, ils expédient désormais souvent ces marchandises au grand jour, sans se soucier, semble-t-il, des sanctions. Cette tendance constitue un obstacle majeur aux efforts américains de non-prolifération à l’ère de la guerre des drones.
Pièces facilement disponibles
Contrairement aux armes traditionnelles telles que les missiles nucléaires, les drones sont construits à partir de pièces facilement disponibles qui se fondent sans difficulté dans le commerce mondial. La Chine aggrave ce problème en servant de plaque tournante pour les composants américains et européens destinés aux usines de drones iraniennes et russes. De plus en plus, ces composants sont fabriqués en Chine même, souvent par de petites entreprises qui ne craignent pas les sanctions occidentales.
Des enquêtes menées par le département du Trésor américain ont mis au jour des réseaux complexes utilisés pour détourner des pièces américaines et européennes via des distributeurs agréés en Chine continentale ou à Hong Kong avant qu’elles n’atteignent l’Iran ou la Russie. Ces réseaux utilisent des sociétés écrans pour les transactions financières, masquant ainsi efficacement la destination finale des composants. Malgré des sanctions répétées visant ces réseaux, les autorités chinoises semblent fermer les yeux sur ce commerce illicite.
Cibler les sources de financement
Comme il s’avère difficile d’intercepter les composants de drones, les responsables américains s’attachent à perturber les sources de financement iraniennes en ciblant les acheteurs et les expéditeurs de pétrole iranien. Cette stratégie vise à infliger des dommages durables en paralysant l’infrastructure financière de l’Iran.
Une analyse récente suggère que les programmes de drones russes et iraniens s’appuient de plus en plus sur des pièces d’origine chinoise. Cette évolution est évidente dans l’utilisation de composants chinois au sein des drones de type Shahed récupérés en Ukraine, ainsi que dans les drones quadricoptères russes utilisés pour la reconnaissance.

Preuves d’une dépendance accrue
Les données douanières chinoises révèlent des pics significatifs dans les exportations de câbles à fibre optique et de batteries lithium-ion vers la Russie et l’Iran, coïncidant avec des périodes d’activité accrue des drones dans ces deux pays. Ces tendances indiquent un mépris flagrant des sanctions et une volonté de la part des entreprises chinoises de tirer profit de la demande en composants de drones alimentée par les conflits en cours.
Le mépris ouvert affiché par des entreprises telles que Xiamen Victory Technology, malgré les sanctions américaines, souligne la complexité de la question. Alors que Victory Technology affirme que ses moteurs sont destinés exclusivement aux drones civils, son site web met en avant le moteur L550 aux côtés de supports promotionnels en plusieurs langues, dont le russe.
En fin de compte, les États-Unis visent à rendre le maintien de leurs programmes de drones aussi coûteux que possible pour l’Iran et la Russie en les forçant à s’appuyer sur des composants chinois de moindre qualité. Si cette stratégie pourrait nuire à l’efficacité sur le champ de bataille, la question reste de savoir si les adversaires privilégieront la quantité à la qualité dans les conflits en cours.
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