« Nous pouvons utiliser les déchets nucléaires dans de nouveaux réacteurs »

« La loi de 2003 sur la sortie du nucléaire est désormais totalement dépassée », a déclaré Nathal Severijns, professeur de physique nucléaire et des radiations, à Business AM Radio. « Nous avons besoin d’une énergie sans CO2, et les centrales à gaz ne le sont pas. »

Pourquoi est-ce important ?

La Belgique produit actuellement environ la moitié de son électricité via des centrales nucléaires. Mais bientôt, la sortie du nucléaire signifiera qu'il faudra trouver d'autres moyens de produire de l'énergie. Ce n'est pas une bonne idée, avertit Severijns.

« La loi de 2003 sur la sortie du nucléaire est devenue totalement dépassée », déclare Severijns à Business AM Radio. La Belgique étant pleinement engagée dans l’électrification de la société, le physicien estime qu’il faut davantage d’énergie sans CO2 « et les centrales à gaz, par exemple, ne le sont pas ».

La génération actuelle de réacteurs nucléaires, mis en service entre 1975 et 1985, pourrait fonctionner pendant 60 ans, et non 40, selon le professeur de la KU Leuven : « Je plaide donc vraiment pour que tous les réacteurs restent opérationnels aussi longtemps que possible. Nous avons un organisme, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), qui veille à ce que ces réacteurs nucléaires puissent être exploités en toute sécurité à tout moment. »

L’avenir

Selon M. Severijns, il ne faut toutefois pas se contenter de regarder le passé. Les nouvelles technologies doivent également être adoptées. À partir de 2035, de nouveaux réacteurs dits « petits réacteurs modulaires » (SMR), encore plus sûrs, seront disponibles, estime le spécialiste. « Ils n’auront même pas besoin d’intervention humaine au cas où il y aurait un problème et qu’il faudrait les arrêter ».

  • Mais le plus grand avantage des SMR est peut-être que certains types pourront utiliser comme combustible le « combustible usé des centrales nucléaires actuelles, ce que nous appelons communément les déchets nucléaires ».
  • « Nous pouvons fractionner ces déchets nucléaires, qui contiennent aujourd’hui des matières radioactives à longue durée de vie, dans ces nouveaux types de réacteurs et les convertir en matières radioactives à courte durée de vie. »
  • Ces déchets resteraient radioactifs pendant quelques centaines d’années seulement, au lieu de milliers d’années comme c’est le cas pour certains types de déchets nucléaires actuels. « On retrouverait alors la même radioactivité que pour les matériaux qui sortent des d’hôpitaux sous forme de surplus, utilisés dans les scanners et pour les traitements des cancers, etc. ».

Le football de panique

  • M. Severijns attribue le mouvement actuel en faveur de l’abolition de l’énergie nucléaire aux « mouvements de la société qui, au cours des dernières décennies, ont effrayé en permanence les gens en leur faisant croire que la radioactivité et l’énergie nucléaire étaient des choses dangereuses ».
  • Il ne nie pas qu’une manipulation très sécurisée est nécessaire, mais pense que « la panique a été créée par les opposants à l’énergie nucléaire, dont certains ont une approche populiste et qui, en fait, n’ont souvent pas été suffisamment instruits sur la façon dont ce type de technologie fonctionne et sur les mesures de sécurité qui sont prises ».
  • Les réacteurs nucléaires belges sont réputés très sûrs, a déclaré Severijns. « Une explosion comme celle de Fukushima n’est pas possible avec nos réacteurs. Il y a des systèmes en place pour éviter cela. Je pense que le football panique a été principalement créé par les réseaux sociaux. »

Pour rappel, le gouvernement belge vient de signer un pré-accord avec Engie pour la prolongation des deux réacteurs nucléaires les plus récents – Doel 4 et Tihange 3 – pour une période de 10 ans, à partir de 2026. Pour l’heure, les plus vieux réacteurs du parc nucléaire belge s’éteindront en 2025, même si le débat politique vit toujours à ce sujet.

BL

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