La dette publique belge va s’élargir à 106% du PIB cette année, selon les dernières estimations de la Commission européenne. Pire : la Belgique devrait continuer à s’enfoncer dans les années à venir, au contraire des autres pays très endettés.
De tous les pays de l’UE dont la dette dépasse 100% du PIB, la Belgique est la seule à continuer de creuser

Pourquoi est-ce important ?
Alors que la BCE fait grimper les taux d'intérêt et va limiter ses achats massifs d'obligations, la Belgique creuse son déficit et alourdit sa dette comme nulle autre en Europe. L'enjeu, c'est la capacité pour la Belgique d'emprunter sur les marchés à des prix raisonnables. Le risque, c'est l'insoutenabilité financière, alors que les critères de Maastricht referont un jour leur réapparition.L’actu : la Belgique, pire élève de la classe européenne.
- Dans sa dernière estimation, la Commission européenne table sur une dette publique belge de 106,2% du PIB en 2022. Outre notre pays, il n’y a que 5 Etats dans l’UE qui connaissent une dette supérieure à 100% : la Grèce (171,1%), l’Italie (144,6%), le Portugal (115,9%), l’Espagne (114%), et la France (111,7%). Ces pays sont péjorativement surnommés « pays du Club Med », en opposition aux pays du Nord du continent : les pays scandinaves, les pays baltes, les Pays-Bas, ou encore le Luxembourg.

- Eric Dor, directeur des études économiques de l’IESEG School of Management, publie une note sans concessions pour la Belgique : de tous les pays de l’UE dont la dette dépasse les 100% du PIB, la Belgique est la seule qui va s’enfoncer, entre 2022 et 2024, de 2,4% du PIB.

- La raison ? Le déficit primaire. C’est la différence entre les dépenses publiques hors charges d’intérêt et les recettes. En dessous d’un certain seuil, ce déficit permet de stabiliser la dette publique, et donc d’éviter qu’elle ne s’enfonce encore. Or, de tous les pays dont la dette publique dépasse 60% du PIB en 2022, il n’y a que la Belgique qui, à la fois en 2023 et 2024, dépasserait ce maximum.
- D’après la Commission européenne, la Belgique aurait en effet, en 2023, un déficit primaire de 4,2% du PIB alors que le maximum admissible, pour stabiliser la dette, serait de 3,58%. Et en 2024, la Belgique déplorerait encore un déficit primaire de 3,4% alors que le seuil serait de 3,08%, écrit Eric Dor dans sa note que nous avons pu consulter.
- Seuls Malte et la Slovaquie auraient un déficit primaire supérieur à la Belgique. Mais ces deux pays ont un tout autre endettement : leur dette publique se situe en dessous des 60% du PIB.
- Le pire dans toute cette situation, c’est que ces dépenses publiques manquent leur cible : la part des dépenses publiques que la Belgique alloue aux investissements publics est de 4,91%, soit le moins bon score de tous les pays de l’Union Européenne.

- Pour vous donner un ordre de grandeur, le déficit réel de la Belgique en 2023 devrait tourner entre 5,9% et 6,1% du PIB (la question est encore en débat, autour de l’intégration de la réduction de la TVA à 6% dans le budget), soit à ce jour, un trou de près de 34 milliards d’euros. En tout, pour la fin de cette année, la dette devrait peser 583 milliards d’euros, d’après le Bureau fédéral du plan. Pour 2025, la trajectoire nous mène à 111% du PIB, soit 670 milliards d’euros.
L’enjeu : la Belgique aura-t-elle encore la capacité d’emprunter à un taux raisonnable ?
- On le sait, la BCE augmente les taux d’intérêt, ce qui pèse bien sûr sur les charges de la dette publique, mais aussi sur les conditions d’emprunt futures. On sait aussi que la BCE va stopper son programme de rachat d’obligations, qui permettait aux pays de la zone euro de se financer. « La BCE laisse maintenant les pays exposés entièrement aux marchés », prévient Eric Dor.
- L’année prochaine, la Belgique devrait emprunter 51 milliards d’euros, selon l’agence fédérale de la dette. La charge sur la dette devrait elle passer de 7 milliards d’euros en 2022 à 11 milliards en 2025, rapportait ce mercredi La Libre. Le taux d’intérêt passerait de 1,79 % en 2022 et à 3,46 % en 2025.
- Les mesures de soutien au Covid ont pesé lourd dans la balance. Les aides-énergies, pour la plupart non ciblées – ce qui nous est d’ailleurs reproché par les institutions européennes – ont encore accentué la pression.
Et maintenant ? Attention aux critères de Maastricht.
- Eric Dor souligne néanmoins que la Belgique peut compter sur un avantage par rapport aux pays très fortement endettés : les gros avoirs nets du secteur privé, qui dépassent cette dette publique. La dette publique de la Belgique est donc moins dépendante du financement étranger.

- Cette situation nous sauve pour le moment sur les marchés financiers. La Belgique a pu jusqu’à présent emprunter à des taux bas. Mais le point de bascule pourrait se rapprocher à mesure que le déficit se creuse, et que les taux d’intérêt directeurs de la BCE pèsent sur la dette publique belge.
- Eric Dor conclut par le fait qu’il n’y a que deux moyens de réduire le déficit et la dette publique : augmenter les recettes ou diminuer les dépenses. Ce qui correspond bien sûr à une orientation politique. « Mais d’une manière ou d’une autre, l’intérêt collectif nécessite une réduction de l’endettement public de la Belgique », affirme l’expert.
- Pour l’heure, l’Europe a suspendu son pacte de stabilité, qui oblige les États membres à garder leur déficit sous les 3%, et à tendre vers un objectif d’endettement de 60%. Mais jusqu’à quand ? En novembre dernier, la Commission a proposé une réforme qui ne comporte pas que de bonnes nouvelles pour notre pays. La bataille entre les pays du Club Med et les pays frugaux s’annoncent encore une fois intense.