« Nous vous demandons d’arrêter de vendre des billets »: la crise du ciel continue, l’aéroport le plus fréquenté d’Europe impose des limites de passagers par jour

L’aéroport de Heathrow, au Royaume-Uni, n’arrive pas à faire face à l’afflux de voyageurs, et impose des plafonds. Il demande aux compagnies aériennes d’arrêter de vendre des billets.

Pas une semaine ne passe sans qu’une compagnie aérienne annonce une énième annulation de vols en série, par centaines ou par dizaines de milliers. Au même moment, de nombreuses grèves ont également lieu, se plaignant, elles aussi, d’un manque de personnel (avec la pandémie et l’arrêt forcé du secteur aérien, les rangs se sont vidés, et n’ont pas encore été complètement remplis depuis). Entre les deux, les voyageurs, qui n’ont peut-être plus quitté leur pays depuis deux étés, peuvent tirer un trait sur leurs vacances, ou sont obligés de trouver un autre vol, en dernière minute souvent, dans un autre aéroport, et d’écourter leur séjour.

Pour les chanceux qui parviennent à passer entre les mailles du filet et qui peuvent partir comme prévu, tout n’est pas rose non plus. Déjà que les billets low cost semblent définitivement appartenir au passé, une fois arrivé dans les aéroports, la pagaille commence. Ils doivent affronter des files interminables (elles aussi causées par manque de personnel), qui se sont soldées par des cas de violences plus d’une fois. Au final, une fois à destination, faut-il encore que le bagage ait pris le même avion, et qu’il arrive à temps dans la salle du luggage reclaim.

100.000 passagers par jour maximum

La description peut paraître caricaturale, mais il s’agit d’une réalité vécue au quotidien par les aéroports. A tel point que le plus fréquenté d’entre eux en Europe (avant la pandémie), l’aéroport Heathrow de Londres, impose un nombre limite de passagers pouvant transiter par jour, et demande aux compagnies aériennes d’arrêter de vendre des billets.

Jusqu’au 11 septembre, le nombre de voyageurs quotidiens sera limité à 100.000, soit moins de la moitié de passagers qui passent par cet aéroport sur un été normal, rapporte CNN Business, citant une lettre ouverte du directeur John Holland-Kaye aux passagers. Il parle d’une « décision difficile » : « au cours des dernières semaines, alors que le nombre de passagers au départ a régulièrement dépassé les 100.000 par jour, nous avons commencé à voir des périodes où le service a chuté à un niveau qui n’est pas acceptable… Nos collègues se surpassent pour faire partir autant de passagers que possible, mais nous ne pouvons pas les mettre en danger pour leur propre sécurité et leur bien-être. »

Pour parvenir à ce chiffre, l’aéroport demande un effort aux compagnies aériennes. Avec les nombreuses annulations de vols, les 220.000 passagers quotidiens habituels ne sont pas au rendez-vous. Selon des moyennes calculées par l’aéroport, 104.000 passagers quotidiens sont prévus, sur les vols actuellement sur le tableau d’affichage. Mais sur ces 4.000 en trop, seuls 1.500 billets auraient été vendus, en moyenne. « Nous demandons donc à nos partenaires aériens de cesser de vendre des billets pour l’été », continue le directeur.

Reste à voir si la mesure s’applique uniquement aux jours chargés où le chiffre dépasse le plafond, ou si l’aéroport veut que toute vente de billets soit arrêtée. Un rapide tour sur le site de réservations de plusieurs compagnies aériennes nous laisse en tout cas prendre notre place sans souci.

« Ridicule »

Si les compagnies indiquent vouloir suivre les restrictions, ce n’est pas du goût du président de l’IATA (International Air Transport Association, groupe qui représente des compagnies aériennes à échelle mondiale), Willie Walsh. « Les compagnies aériennes ont prévu un trafic plus important que ce que Heathrow a prévu… c’est clair qu’ils se sont complètement trompés. Dire aux compagnies aériennes d’arrêter de vendre – quelle chose ridicule pour un aéroport de dire à une compagnie aérienne », fustige l’ancien PDG du propriétaire de British Airways, IAG, cité par CNN. « Heathrow essaie de maximiser la rentabilité qu’il tire de l’aéroport au détriment des compagnies aériennes. »

« L’aviation est soumise à une pression considérable alors que la demande augmente – à Heathrow, nous avons fait face à 40 ans de croissance en seulement quatre mois – et ce dont nous avons besoin, c’est d’un travail de collaboration et d’investissements dans les services pour protéger les passagers, et non de commentaires mal informés de patrons de compagnies aériennes à la retraite », rétorque l’aéroport.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle peut tomber au mauvais moment pour de nombreux passagers britanniques qui n’avaient pas encore réservé, ou des touristes voulant se rendre au Royaume-Uni. Cette crise du ciel, au-delà des restrictions à Londres, pourrait aussi en décourager plus d’un, et donner un coup de pouce au tourisme local pour une troisième année consécutive – et en tout cas porter un coup dur supplémentaire à un secteur qui est en crise depuis mars 2020.

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