Coup d’État en Birmanie: Aung San Suu Kyi arrêtée, les États-Unis prêts à agir

Min Aung Hlaing, chef de l’armée birmane, a pris le pouvoir en renversant la Ligue Nationale pour la Démocratie – Isopix

Ce lundi, l’armée birmane a renversé le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue Nationale pour la Démocratie. Figure de l’opposition à la dictature militaire de son pays (entre 1988 et 2011), celle-ci devait entamer un second mandat consécutif à la tête du pays. Les principaux leaders de la LND ont été arrêtés, des hauts responsables militaires ont été placés aux postes les plus importants. Un Coup d’État vivement condamné par la communauté internationale, dont les États-Unis et l’Australie.

Vainqueure en 2015, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) avait une nouvelle fois remporté les élections organisées en fin d’année dernière. Une victoire écrasante qui avait suscité les suspicions de l’armée. Pour les militaires, il y avait eu fraude. Ils avaient demandé à la commission électorale, gérée par le gouvernement, de publier la liste des électeurs à des fins de vérification. Cela n’a pas été fait. Ils ont donc décidé de passer à l’action.

Aung San Suu Kyi, la cheffe de facto du gouvernement, a été arrêté. Même chose pour Win Myint, le président du pays. Selon un communiqué de l’armée, Min Aung Hlaing, le chef général de l’armée, concentre désormais les pouvoirs ‘législatif, administratif et judiciaire’. Un autre général, Myint Swe, a été désigné président par intérim, un poste largement honorifique.

Les soldats ont pris possession des rues de la capitale, Nay Pyi Taw, et de la ville principale, Rangoun.

Réactions internationales

Ce coup d’État militaire a été vivement critiqué par la communauté internationale.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a lui aussi réagi.

‘Les États-Unis s’opposent à toute tentative de modifier le résultat des récentes élections ou d’entraver la transition démocratique du Myanmar, et prendront des mesures contre les responsables si ces mesures ne sont pas inversées’, a déclaré Jen Psaki, porte-parole du président américain Joe Biden.

‘Nous appelons les militaires à respecter l’état de droit, à résoudre les différends par des mécanismes légaux et à libérer immédiatement tous les dirigeants civils et autres personnes détenues illégalement’, a réagi la ministre australienne des Affaires étrangères, Marise Payne.

L’arrestation d’Aung San Suu Kyi a également été ‘fermement condamnée’ par le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Birmanie prévue de longue date pourrait prendre un caractère d’urgence et être avancée en début de semaine en raison des derniers développements, a indiqué à l’AFP un diplomate sous couvert d’anonymat.

L’armée birmane a proclamé l’état d’urgence pour un an. D’après elle, son putsch est nécessaire pour préserver la ‘stabilité’ de l’État.

Nouveau coup d’État

Depuis son indépendance, la Birmanie a déjà connu plusieurs autres coups d’État militaires: 1948, 1962, 1988. Ce dernier avait mené à une dictature militaire qui avait perduré jusqu’en 2011.

A l’époque, Aung San Suu Kyi était devenue le visage de l’opposition non-violente à cette dictature. Elle avait fondé la Ligue Nationale pour la Démocratie en 1988, un parti qu’elle préside toujours aujourd’hui.

La junte avait été dissoute en 2011, menant en 2015 à des élections générales. La LND les avait remportées. Mais elle avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l’armée qui contrôle trois ministères clés  (l’Intérieur, la Défense et les Frontières).

Aung San Suu Kyi – Isopix

Le parti d’Aung San Suu Kyi avait été très critiqué par la communauté internationale pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas, en 2017. Environ 750.000 d’entre eux avaient fui les exactions de l’armée pour se réfugier dans le Bangladesh voisin. Cet épisode avait valu à la Birmanie d’être accusée de ‘génocide’ devant la Cour internationale de Justice (CIJ), le principal organe judiciaire des Nations Unies.

Aung San Suu Kyi avait nié ‘toute intention génocidaire’ et était venue défendre son pays devant la Cour. Son manque de compassion avait été sévèrement critiqué. L’image de celle qui avait jusque là été considérée comme une icône de la démocratie en était ressortie largement ternie.