La Corée du Sud, ce dragon asiatique où le président veut fixer le temps de travail à 80 heures par semaine

La Corée du Sud est un titan économique où on se tue parfois littéralement au travail, et cela pourrait bien encore empirer.

Pourquoi est-ce important ?

La Corée du Sud est souvent présentée comme un dragon économique. Mais tout n'est pas rose au pays du matin calme. Le pays sort à peine d'une grève de grande ampleur des camionneurs, et le président, le conservateur Yoon Suk-yeol, n'est pas du genre à promouvoir les emplois à mi-temps.

Dans l’actualité : le président sud-coréen veut faire passer tout un paquet de réformes, dont une augmentation drastique du temps de travail autorisé. Les Coréens pourraient bien enchaîner les semaines de 80 heures au boulot, alors que l’excès de temps de travail est déjà considéré comme un problème de santé publique dans le pays.

  • « C’est impopulaire, mais nécessaire » martèle le président Yoon Suk-yeol, qui défend série de réformes qu’il envisage de mettre en place au courant de l’année prochaine. Parmi les points qui ont le plus retenu l’attention, il y a celui qui porte le maximum d’heures prestées au travail à 80 par semaine.
  • Actuellement, le nombre d’heures prestées légalement en Corée du Sud est de 40, auxquelles peuvent s’ajouter 12 heures supplémentaires. Un total de 52 qui avait été déjà fort critiqué par le même Yoon Suk-yeol qui, en mars dernier, estimait que ses concitoyens devraient pouvoir travailler 120 heures par semaine s’ils le désiraient. Il a toutefois mis de l’eau dans son vin par la suite, nuance Business Insider.
  • Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le travailleur sud-coréen moyen a travaillé 1 908 heures en 2020 (36,69 heures par semaine), soit l’un des totaux d’heures travaillées les plus élevés parmi les 28 pays membres, après le Costa Rica, le Mexique et la Colombie.
  • Or ces chiffres d’avant la pandémie constituaient en fait une tendance à la baisse, alors que la Corée du Sud est réputée pour sa culture de travail ultra intensive, où on exige toujours plus de l’employé, jusqu’à mettre en danger sa santé physique et mentale. En 1980, la semaine de travail d’un ouvrier sud-coréen était la plus longue au monde, et les syndicats étaient encore illégaux.
  • Même si ce maximum de 80 heures hebdomadaires reste un seuil théorique pour les heures supplémentaires, on peut sans peine imaginer que des entreprises n’hésiteront pas à mettre la pression sur leurs employés pour qu’ils prestent plus, dans un pays où c’est déjà la norme. Selon un rapport de Statistics Korea, réalisé en 2017, 37,2 % des jeunes Sud-Coréens déclarent souffrir de stress chronique.

Le contexte : un des quatre dragons de l’économie asiatique, mais une population qui en souffre.

  • La Corée du Sud est, avec Taïwan, Hong Kong, et Singapour, l’un des « dragons » qui a copié le modèle économique japonais (accent sur les études, la science et la haute technologie) dans les années 1980-90 pour afficher l’un des taux de croissance les plus élevés de l’histoire.
  • Le marché du travail coréen n’affichait que 3,6% de chômage en 2018. Mais au prix d’une situation fort précaire pour de nombreux travailleurs, avec un recours massif à la sous-traitance et à l’intérim. 33% des salariés sont dits précaires, et ont des salaires moyens beaucoup plus faibles et bénéficient de prestations sociales (retraite, assurance-maladie, congés) très réduites. L’absence de retraite oblige nombre de personnes âgées à continuer de travailler.
  • La pression à la performance, déjà très ancrée, pourrait donc bien être à nouveau stimulée par ce contexte juridique, si ces réformes venaient à passer. Celles-ci doivent encore être discutées au Parlement du pays.
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