Confidences sur l’envers du décor des négociations : « Poutine croit aux bêtises qu’il entend à la télévision »

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, deux questions capitales se posent pour tenter de deviner la suite des événements : les véritables buts de la guerre de Vladimir Poutine et sa compréhension de la situation. Ce dernier point a suscité bien des théories, le président étant vu tour à tour comme un redoutable joueur d’échecs et comme un autocrate coupé du monde, mal conseillé par des courtisans terrifiés. Un reportage du Financial Times, basé sur des sources proches des pourparlers de paix, met quelque peu en lumière ce qui semble se passer dans sa tête.

« L’opération spéciale » de l’armée russe en Ukraine avait originellement pour but de « libérer » le pays et sa population d’un gouvernement présenté par les Russes comme aux mains de néonazis. Un prétexte qui semble avoir fait long feu alors que les troupes du Kremlin se sont repliées au nord du pays après leur échec devant Kiev. Vladimir Poutine semble avoir laissé de côté l’objectif d’installer un gouvernement docile dans la capitale ukrainienne pour opter plutôt pour une conquête territoriale dans le sud-est du pays.

« Poutine veut gagner gros »

Selon The Financial Times – qui se base sur diverses analyses des conversations entre le président russe et différents interlocuteurs -, alors que le mois passé il envisageait sérieusement de trouver un accord avec son homologue ukrainien Zelensky, il a depuis perdu tout intérêt dans une résolution diplomatique du conflit.

« Poutine croit sincèrement aux bêtises qu’il entend à la télévision russe et il veut gagner gros », a déclaré une personne informée des discussions entre le chef d’État et diverses personnalités politiques qui ont tenté de lui faire entendre raison, du président turc Recep Tayyip Erdoğan au président du Conseil de l’Europe et ancien Premier ministre belge Charles Michel, en passant par oligarque Roman Abramovitch.

La perte du Moskva : une humiliation

La principale cause de ce refus de négocier serait la perte du Moskva, fleuron de la marine russe qui a coulé en mer Noire, probablement envoyé par le fond par des missiles ukrainiens, même si ceux-ci n’ont pas officiellement confirmé. La perte de ce navire et le sort de l’équipage, chez qui on suspecte de lourdes pertes, mais sur lesquelles le Kremlin n’a pas communiqué en détail, causent des remous dans l’opinion publique russe, et pèsent comme un échec pour Vladimir Poutine, ce qu’il ne peut tolérer. Il ne peut pas terminer cette guerre sur ce genre d’humiliation.

Lors d’un appel téléphonique vendredi dernier avec Charles Michel, Poutine a décrété que les négociations avaient échoué parce que l’Ukraine avait « dressé un mur », et que ce n’était « pas le bon moment » pour rencontrer Zelensky en personne. Les négociateurs ont interprété cette déclaration comme signifiant que Moscou pense pouvoir capturer davantage de territoires, plutôt que comme une indication que les pourparlers ont besoin de plus de temps pour trouver des points d’accord.

« Ce n’est pas une bonne idée de se rendre à Moscou »

Du côté ukrainien, Zelensky a déclaré qu’il souhaitait que les pourparlers se poursuivent, mais que l’Ukraine ne négocierait pas si les combats continuaient dans les ruines de Marioupol, où se trouvent encore de nombreux civils, ni si les autorités russes de la région occupée de Kherson organisaient un référendum séparatiste.

Le gouvernement ukrainien a aussi déploré le départ pour Moscou du secrétaire général des Nations-Unies António Guterres, qui doit rencontrer le président russe durant la semaine, selon Politico. Igor Zhovkva, chef adjoint du bureau du président ukrainien, a marqué sa désapprobation: « Ce n’est pas une bonne idée de se rendre à Moscou. Nous n’avons pas compris [l’] intention [du secrétaire général des Nations-Unies] de se rendre à Moscou et de parler au président Poutine. Tous les pourparlers de paix sont bons s’ils se terminent par un résultat. Et je doute vraiment que ces pourparlers de paix organisés par le secrétaire général de l’ONU aboutissent à un quelconque résultat. »

Une fois de plus, c’est le sort des armes qui décidera de celui de l’Ukraine et de millions de personnes, alors que la nouvelle offensive russe se heurte aux défenses ukrainiennes dans ce qui sera appelé la bataille du Donbas.

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