Comment un seul homme a arrêté l’armée israélienne et créé une attraction touristique : l’histoire de Akhzivland

Les micronations existent dans toutes les tailles et toutes les formes, et sur tous les continents. Certaines revendiquent un territoire en Antarctique, d’autres un morceau de plaine inondable et d’autres encore un ancien fort maritime. Mais l’Israélien Eli Avivi a décidé de sauver un parc national de la destruction, et a donc fondé sa propre micronation : Akhzivland.

Az-Zeeb (ou Achzib) était un village de pêcheurs palestiniens fondé plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Plus tard, une ville cananéenne est venue s’y ajouter, et même une ville fortifiée à l’époque des croisades. Cependant, lors de la guerre israélo-arabe de 1948, la région a été capturée par la brigade israélienne Carmeli, et ses habitants ont été chassés vers Acre ou le Liban. Quatre ans plus tard, la zone étant toujours vide, Eli Avivi s’y est installé. Le début de tous les problèmes.

Des débuts tumultueux

Au départ, Israël veut utiliser la zone pour y établir une base militaire. Avivi est autorisé à y rester, à condition qu’il devienne un agent secret du service de sécurité intérieure israélien « Shin Bet ». Il refuse.

En 1961, Israël conclut un accord avec l’entreprise française Club Med, qui veut transformer la zone en station balnéaire. Le reste doit être transformé en parc national, et toutes les maisons doivent donc disparaître. Mais Avivi empêche que cela se produise. Il s’oppose aux bulldozers, un peu comme Gandalf s’est opposé au Balrog dans le Seigneur des Anneaux. Avivi intente une action en justice, arguant que la destruction de la région est un acte de vandalisme par rapport à sa valeur historique.

En représailles, Israël lance une politique de harcèlement, en isolant complètement le terrain d’Avivi, un peu comme ce qu’il se passe actuellement pour les Palestiniens dans la bande de Gaza.

Fondation de la micronation

En 1971, Avivi décide de fonder la micronation d’Akhzivland, avec sa femme et lui comme seuls habitants. Outre leur propre résidence, il construit une auberge et un musée dans la maison de l’ancien chef de village.

Peu après, en partie grâce à la figure d’Eli Avivi, l’endroit devient un refuge pour les hippies. En 1972, Akhzivland accueille même un concert de rock, du genre Woodstock. La micronation est considérée par certains comme un « État hippie », mais plusieurs artistes, mannequins, écrivains et hommes politiques s’y rendent également. Parmi eux, Shimon Peres, Paul Newman ou encore Sophia Loren.

Comme toute micronation, Akhzivland doit remplir certaines conditions, comme avoir une forme d’État et un drapeau. Le leader du pays était évident. Eli Avivi devient le premier président d’Akhzivland. La constitution stipule que le président est élu démocratiquement par son propre vote. Un drapeau est mis en place, ainsi qu’un hymne national.

Le drapeau d’Akhzivland. (OBCP01 – Own work)

La fondation d’Akhzivland est aussi suivie d’un incident diplomatique : Avivi est arrêté par Israël et détenu pendant 10 jours. Toutefois, le tribunal juge que « créer son propre État sans autorisation » ne figure pas dans le code pénal israélien ou international, et que les allégations contre lui ne sont donc pas fondées.

En compensation de cette affaire judiciaire, Israël doit mettre le territoire d’Akhzivland à la disposition d’Avivi pendant 99 ans.

Conflit militaire

1971 est également marquée par un conflit militaire sur le territoire d’Akhzivland. Six Palestiniens armés débarquent sur la côte de la micronation depuis le Liban. L’un d’eux pénètre dans la maison d’Avivi, mais il est repéré et tenu en joue par sa femme Rina. Deux autres sont finalement récupérés sur le bateau par l’armée israélienne, tandis que les trois derniers sont arrêtés un peu plus loin sur la terre ferme.

Après cela, Avivi est laissé seul par les autorités israéliennes. Et ça n’a pas empêché sa micronation de devenir une destination touristique. Même les offices du tourisme israéliens finissent par inclure Akhzivland dans leurs circuits et brochures. En termes de reconnaissance, les autres micronations pourraient bien envier Avivi !

En 2018, le président d’Akhzivland est mort d’une pneumonie, après 47 ans de règne. Rina se retrouve aujourd’hui en tant que seule résidente de la micronation. Et présidente de facto… étant donné que « le président est élu démocratiquement par son propre vote. »

(OD)

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