Comment l’UE va tenter d’arrêter l’expansion russe et chinoise en Amérique latine

Bruxelles prépare une offensive diplomatique pour stopper l’avancée de la Chine et de la Russie en Amérique latine. C’est ce qui ressort de documents internes consultés par El País.

L’Union européenne s’inquiète de la progression de la Russie et de la Chine en Amérique latine, une région traditionnellement liée à l’Occident en termes politiques et économiques. Pourtant, les liens entre les deux régions ont été négligés pendant des années, selon des documents internes de l’UE auxquels le journal espagnol El País a eu accès.

Par exemple, il n’y a pas eu de sommet politique ou économique entre l’Amérique du Sud et l’Europe depuis 2015, cette dernière ayant détourné le regard et traité des questions plus proches de son propre continent, telles que la guerre civile en Libye qui perdure depuis 2014, le conflit en Syrie et maintenant la guerre en Ukraine. La promesse antérieure du diplomate européen Josep Borrell de rétablir la présence de l’Europe en Amérique latine a également été contrecarrée par la pandémie de Covid-19.

La nouvelle route de la soie de la Chine

En revanche, la Chine a multiplié par 26 ses investissements en Amérique du Sud entre 2000 et 2020. Le document, préparé par le Service européen d’action extérieure, souligne également que la Chine est « le premier ou le deuxième partenaire commercial des pays d’Amérique latine, devant l’UE et dépassant les États-Unis dans de nombreux pays ». En outre, 21 des 33 pays d’Amérique latine ont adhéré à la Nouvelle route de la soie de Pékin, un plan visant à développer le commerce mondial de la Chine.

Le texte prévient que l’Europe a pris du retard, tandis que les intérêts économiques de la Chine et l’influence politique de la Russie se sont imposés.

L’influence politique de Moscou est rendue visible par la guerre en Ukraine. De nombreux pays d’Amérique latine sont en désaccord avec la réponse européenne au conflit et s’expriment ouvertement contre les sanctions occidentales.

« La crédibilité de l’UE est en jeu »

« La crédibilité de l’UE et son pouvoir sur la scène internationale sont en jeu », poursuit le document. Bruxelles tentera donc de mettre un terme à l’aliénation croissante de l’Amérique latine en menant un « dialogue qualitatif », indique le texte. À cette fin, un sommet entre l’Europe et l’Amérique latine devrait être organisé au second semestre 2023.

« Il s’agit d’établir un agenda de mesures qui limitent l’impact économique du conflit en Ukraine », a déclaré le député Javi López. « De cette façon, nous pouvons empêcher les pays d’Amérique latine de se sentir obligés de se ranger du côté de la Russie ou de la Chine. »

Selon le rapport, la Commission européenne dispose d’un budget de 3,4 milliards d’euros pour la coopération avec la région pour la période 2021-2027. Bruxelles travaille également sur un paquet d’investissements pouvant atteindre 8 milliards d’euros, qui sera annoncé lors du prochain sommet.

Le document souligne aussi que la Bolivie, l’Argentine et le Chili possèdent 60% des réserves mondiales de lithium, tandis que le Venezuela, l’Argentine et le Brésil disposent d’importantes réserves de pétrole et de gaz, à un moment où l’UE est sur le point de perdre l’approvisionnement en provenance de la Russie.

Les candidats anti-establishment s’imposent

Selon le rapport, l’UE constate également l’arrivée d’un nouveau cycle politique en Amérique du Sud, avec l’arrivée au pouvoir de ce que Bruxelles appelle des « candidats anti-establishment ». Avec notamment les élections récentes de Pedro Castillo au Pérou, de Gabriel Boric au Chili et de Gustavo Petro en Colombie. Un virage complet à gauche pourrait être achevé en octobre lorsque l’ancien président brésilien Luiz Ignacio Lula da Silva reviendra au pouvoir.

(OD)

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