Comment les nouvelles normes européennes pour les biocarburants vont vider les gamelles de nos chiens et chats

Ces derniers mois l’Union européenne a revu toutes ses législations concernant les biocarburants. Elle a contraint le secteur à réduire la part de soja dans la composition de ses essences afin de réduire son impact sur le marché alimentaire mondial mais en compensation, elle a assoupli l’usage de carcasses issues de l’industrie de la viande. Sauf que faire des carburants à partir de restes animaux risque d’avoir des conséquences pour d’autres animaux pour lesquels ont a bien plus d’empathie. Mais pas seulement.

Dans sa nouvelle législation concernant le secteur, l’Union européenne a donné le feu vert à l’industrie des biocarburants pour utiliser des déchets animaux de catégorie 3 afin de produire des carburants verts pour avions. Cette catégorie 3 regroupe les sous-produits des abattoirs qui sont techniquement comestibles pour l’être humain, mais que, de manière générale, on ne consomme pas pour des raisons d’habitudes culturelles, comme les pattes de volaille, ou la majorité des abats.

Des « déchets » comestibles

Sauf que ces « déchets » comestibles n’étaient pas tout simplement jetés : comme dans toute bonne économie capitaliste, si cela peut être utilisé, alors ça sera rentabilisé. Ces restes des abattoirs constituent en fait la matière première principale des aliments pour animaux domestiques, chiens et chats en particulier, vendus en boites ou en sacs au packaging savamment travaillé dans tous les supermarchés. Et l’association européenne du commerce des aliments pour animaux de compagnie voit cette nouvelle concurrence sur l’approvisionnement d’un très mauvais œil.

« Nous ne pensons pas que des ingrédients précieux des aliments pour animaux de compagnie, en particulier les graisses animales de catégorie 3 qui sont déjà en pénurie, devraient être utilisés dans les avions », a déclaré Rosa Carbonell, présidente de l’association professionnelle des aliments pour animaux de compagnie FEDIAF, auprès d’Euractiv. « Avant de fixer des quotas de carburant durable, les décideurs politiques doivent d’abord évaluer l’impact qu’ils ont sur la capacité à nourrir les gens et leurs animaux de compagnie. »

Même problème pour les détergents, et les médicaments

Un point de vue que partage d’ailleurs Sofia Ferreira Serafim, la directrice du groupe européen des produits oléochimiques et alliés (APAG), un secteur qui utilise aussi les déchets animaux afin de fabriquer des produits tels que des détergents, des peintures et des produits pharmaceutiques. Or, si cette matière première venait à manquer, son secteur n’aurait d’autre choix que de se rabattre sur les énergies fossiles.

« Alors que les producteurs de biocarburants peuvent s’approvisionner à partir d’une variété de matières premières, l’industrie oléochimique européenne a des options très limitées », prévient-elle. Nous avons déjà constaté une pression importante sur les graisses animales de catégorie 3 en raison de leur utilisation dans les biocarburants pour le transport routier. Toute pression supplémentaire sur cette matière première rare, que nous ne pouvons nous procurer qu’en Europe, affectera notre performance en matière de durabilité. »

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