Comment distinguer une tendance baissière d’un krach boursier ? Voici les 4 signes à garder à l’oeil

Les indices boursiers sont en baisse, l’inflation en hausse, le covid toujours présent avec un nouveau variant qui tombe comme un cheveu dans la soupe ; mais est-ce que nous nous dirigeons vers un krach boursier? Quatre éléments peuvent nous aider à répondre à cette question, et attention, deux semblent déjà avoir lieu.

Il est toujours difficile de pertinemment savoir si un marché est juste en baisse ou effectivement en train de se diriger vers un krach tonitruant. Le média Fortune liste tout de même quatre éléments essentiels à observer et interpréter, pour évaluer si un krach est possible.

Un krach boursier a des conséquences énormes. Des portefeuilles entiers peuvent disparaître d’un coup, et avec eux, les projets de vie qu’ils devaient financer. Un krach peut aussi être le précurseur d’une longue période de récession, comme en 1929, où elle a duré des années. Le Dow Jones Industrial Average (l’indice des entreprises industrielles américaines cotées en bourse) avait perdu la moitié de sa valeur, lors du fameux « mardi noir ». En 2020, à l’annonce du confinement aux Etats-Unis, sa valeur avait également chuté de plus d’un tiers.

Le marché aujourd’hui a également une cadence enivrante, note le média, et les prophètes du krach sont nombreux. Michael Burry, l’investisseur célèbre pour avoir prédit la crise du marché des prêts immobiliers de 2007-2008, disait par exemple il y a quelques semaines que le marché allait complètement s’effondrer.

Mais quatre éléments sont à garder à l’oeil, et si les quatre arrivent en même temps, les conséquences pourraient être désastreuses.

1. Des ratios de bénéfices élevés

Le marché peut-être surévalué, ce qui peut être attirant pour investir davantage. La manière la plus simple de calculer si cela vaut la peine d’acheter une action est le ratio P/E (price/earning ou prix/gains). Et ce ratio est actuellement à un niveau assez élevé. Pour le S&P 500, il est par exemple à 26, alors qu’en moyenne il se situe à 15. Or, le marché a toujours l’habitude de revenir à la moyenne, donc à un moment donné le cours retombera, inévitablement.

Les prix des actions reflètent les bénéfices des actions (desquels découlent les dividendes pour le titulaire des actions). FactSet, société de gestion de données financières, estime que les bénéfices vont continuer à augmenter à hauteur de 45% sur la fin de l’année 2021. Mais l’année prochaine ils retomberont drastiquement à 8,5%. Cette baisse peut cependant être couplée à un ralentissement économique, et alors tout bénéfice disparaîtra.

Le P/E peut aussi être calculé sur le long terme, via une méthode de calcul économique qui a valu le Prix Nobel à Robert Schiller. Elle s’appelle le cyclical adjusted price/earning ratio (CAPE), le ratio P/E ajusté sur un cycle. Le ratio de l’action est alors calculé sur 10 ans, ce qui permet de lisser les différences dans les gains et de mieux situer sa valeur sur le long terme. Et le CAPE est actuellement à 40. Une valeur rarement atteinte, et la dernière fois qu’elle fut atteinte, la bulle dot com a éclaté.

2. Les décisions de la Fed

Les valeurs des actions chutent traditionnellement lorsque la Fed annonce des taux d’intérêt plus hauts. Emprunter devient plus cher, ce qui réduit les bénéfices des entreprises. Aujourd’hui, les taux d’intérêt de la Fed, ainsi que ceux de la BCE, sont près de zéro. Mais ceux de la Fed devraient être augmentés l’année prochaine, tandis que la BCE ne semble même pas oser y penser.

L’inflation galopante (6,2% pour le mois de novembre aux Etats-Unis et 4,9% en Europe), a fait changer de vision la Fed, qui ne considère plus la hausse des prix comme temporaire. Elle prévoyait d’augmenter les taux d’intérêt fin de l’année prochaine, mais son président, Jerome Powell, a indiqué que cela pourrait se produire plus tôt, avec des mesures plus fortes que prévu. Jeremy Siegel, professeur d’économie à l’Université de Pennsylvanie estime que la Fed agira dans un mois ou deux déjà et qu’après les actions vont chuter.

3. La courbe de rendement inversée

Un autre signe pouvant témoigner d’un krach est le taux d’intérêt (ou rendement) d’une obligation publique. S’il est plus élevé sur une obligation de deux ans que sur une obligation de dix ans, alors quelque chose ne tourne pas rond. Le taux d’intérêt sur dix ans est normalement plus élevé, car les investisseurs prennent plus de risques en s’engageant sur le long terme. Lors d’un moment de crise, les investisseurs voient l’obligation sur dix ans comme plus sûre et vont se ruer dessus. Son prix devient alors plus cher et son rendement baisse.

Avant chacune des récessions sur les 50 dernières années, la courbe de rendement s’était inversée. On ne compte qu’une seule exception où, malgré une occasion d’inversion de la courbe, la récession n’a pas eu lieu. Actuellement, l’espace entre les deux taux s’est restreint, mais il reste encore un bon point de pour cent entre les deux.

4. Les événements extraordinaires

Ils peuvent être inattendus ou non. Une attaque terroriste, par exemple : le 11 septembre 2001. La valeur des actions avait pris un sacré coup. Ou encore des éléments rampants, mais que personne n’observe réellement où d’un coup tout s’écroule, comme la crise des prêts immobiliers de 2007. Des prêts à quasi zéro intérêt et sans condition revendus en série à d’autres parties, alors que le premier contracteur n’arrivait plus à payer ; jusqu’à ce que tout s’écroule comme un château de cartes. La crise de 2008 en était le résultat.

Or, déterminer si tel ou tel événement a en effet le potentiel d’être un élément extraordinaire – un cygne noir (black swan) n’est pas donné. Un indice pour les identifier réside tout de même dans le fait que le discours officiel minimise l’élément. Par exemple, les retards dans la chaine d’approvisionnement, résultant d’un manque de main-d’œuvre à cause du covid, entre autres, sont perçus comme « temporaires » par la Fed et la BCE. Mais pour la crise de 2007, ces deux entités s’étaient aussi fortement trompées en sous-estimant l’ampleur de la bulle.

En y faisant attention, on remarquera alors que deux éléments sont réunis : le ratio P/E plus haut que la moyenne, et qui devrait retomber, et le discours « temporisant » sur la crise des chaines d’approvisionnement (qui n’est qu’un signe potentiel pour évaluer si « l’événement extraordinaire » pourrait en être un, concédons-le). Il faut alors bien garder les deux autres à l’oeil.

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