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Combien gagnent les politiciens belges et qui a le meilleur salaire?

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Politique

02/08/2018 | Baptiste Lambert | 17 min de lecture

Quel est le salaire d’un politicien belge? Un ministre gagne-t-il plus qu’un député? Et qui est l’homme politique mieux payé en Belgique?

La Belgique est souvent décrite comme une lasagne institutionnelle. Chaque niveau de pouvoir se superpose. Avec des règles propres pour chacun.

Il y a d’abord le pouvoir fédéral, avec son gouvernement et ses parlementaires (la Chambre et le Sénat). On passe ensuite aux entités fédérées, à savoir les communautés et les régions. Si au nord du pays, communauté et région ne font qu’une, le sud du pays garde cette particularité de partager la même langue que la majorité des habitants de la capitale. Il existe toujours deux structures.

On se retrouve donc avec la Flandre au nord, Bruxelles au centre et la Wallonie au sud. Des régions auxquelles il faut ajouter la fédération Wallonie-Bruxelles (anciennement communauté française) et la communauté germanophone à l’est. Là encore, chacun de ces niveaux de pouvoir possède son propre gouvernement et parlement, ainsi que ses propres règles.

C’est tout? Non. Il faut bien sûr ajouter à cela le niveau provincial et local. Gouverneurs, bourgmestres, échevins et conseillers communaux y sont rémunérés par de l’argent public. Nous vous épargnerons ici l’administration et ses sous-catégories ou encore la COCOM, la COCOF et la COCON.

Séisme politique

Les années 2016 et 2017 ont été très difficiles pour les politiciens belges. Une série de scandales (Publifin, ISPPC, Samu social, Siamu, Vivaqua…) ont jeté l’opprobre sur l’ensemble de la classe politique. Il est notamment question de rémunérations jugées comme trop importantes, parfois perçues sans réel travail fourni.

Ces scandales vont mener à un changement de majorité en Wallonie: le duo PS-cdH se transforme en un duo MR-cdH. Une série de réformes – dites de bonne gouvernance – va être menée tous azimuts. C’est le cas au sud du pays, mais aussi à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles, même si dans ces deux cas-là, les majorités politiques n’ont pas changé.

En Wallonie, dès octobre 2018, les élus devront choisir entre un mandat local et régional. Concrètement, ils ne pourront plus cumuler une fonction de parlementaire avec une fonction de bourgmestre, d’échevin ou président de CPAS. Un décret gouvernance limite également les rémunérations des mandataires locaux qui exerceraient une fonction au sein d’une intercommunale (organisme public dont la fonction s’étend sur plusieurs communes). Un blocage subsiste toutefois au niveau régional, tant en Wallonie qu’à Bruxelles.

© EPA

1. L’État fédéral

Les rémunérations du gouvernement fédéral sont inscrites dans la loi: le Premier ministre, les vice-Premiers ministres, les ministres et les secrétaires d’État ne gagnent pas tous la même chose. Si le salaire du Premier ministre et de ses vice-Premiers ministres est identique (227.000 euros bruts par an), les ministres « ordinaires » gagnent 223.000 euros bruts par an et les secrétaires d’État gagnent 212.000 euros bruts par an.

À cela, il faut ajouter des notes de frais fixes. Elles sont non imposables contrairement au salaire de base. Que ce soit pour leur frais de représentation ou le paiement d’un loyer, le Premier ministre et ses vice-Premiers ministres reçoivent 2.000 euros supplémentaires. Les ministres et secrétaires d’État perçoivent eux 1616,44 euros. Chacun d’entre eux ont droit également à une voiture de fonction avec chauffeur.

  1. Charles Michel (MR), Premier ministre, Kris Peeters (CD&V), ministre de l’Emploi, Jan Jambon (N-VA), ministre de l’Intérieur, Alexander De Croo (Open VLD), ministre de la Coopération au développement et Didier Reynders (MR), ministre des Affaires étrangères: 11.477 euros nets.
  2. Koen Geens (CD&V), ministre de la Justice, Maggie De Block (Open VLD), ministre de la Santé, Daniel Bacquelaine (MR), ministre des Pensions, Johan Van Overtveldt (N-VA), ministre des Finances, Marie-Christine Marghem (MR), ministre de l’Environnement, Steven Vandeput (N-VA), ministre de la Défense, Sophie Wilmès (MR), ministre du Budget, François Bellot (MR), ministre de la Mobilité et Daniel Ducarme (MR), ministre des Classes moyennes et de l’Agriculture: 11.150 euros nets par mois.
  3. Pieter De Crem (CD&V), secrétaire d’État au commerce extérieur, Theo Francken (N-VA), secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Philippe De Backer (open VLD), secrétaire d’État à la lutte contre la fraude sociale, et Zuhal Démir (N-VA), secrétaire d’État à la Lutte contre la pauvreté et l’Égalité des chances: 10.702 euros nets par mois.

© EPA

Au niveau des parlementaires, on distingue deux fonctions. Celle de sénateur et celle de député (Chambre). Un député fédéral gagne 87.790,20 euros bruts par an, selon les calculs de Jean Faniel, directeur du Centre de recherche et d’information sociopolitiques. (CRISP). S’ajoute à cette somme un montant forfaitaire de 24.581,24 euros de frais liés à l’exercice de la fonction. Là encore, cette note de frais n’est pas imposée. Au bout du compte, un député sans fonction particulière (président d’une commission, chef de groupe, vice-président d’assemblée) gagne environ 6.000 nets par mois. Ces parlementaires fédéraux peuvent cumuler avec d’autres fonctions, mais les rémunérations sont toujours limitées à 150% de l’indemnité parlementaire. Aucune indemnité ne peut de toute façon dépasser les 8.667 euros nets par mois d’après les calculs du CRISP. Les Sénateurs, dont le train de vie a été quelque peu réduit l’année dernière, gagnent 500 euros nets de moins. Notons encore que les parlementaires perçoivent le même montant tout le long de leur carrière. 

Reste que le président de la Chambre est l’homme politique le mieux payé du pays. Sigfried Bracke (N-VA) gagne 16.925 euros nets par mois. Cela ne l’a pas empêché d’aller chercher 14.000 euros bruts par an supplémentaire dans le cadre d’une fonction privée chez Telenet. En ces temps de bonne gouvernance, le président de la Chambre a été contraint de démissionner de son poste d’administrateur chez Telenet. Le président du Sénat empoche lui un salaire évalué à 16.000 euros nets par an. Ce qui en fait la deuxième fonction la mieux rémunérée du pays. Le pouvoir législatif montre ainsi qu’il est au-dessus du pouvoir exécutif. Les ministres passent, les parlementaires restent.

© EPA

2. Les entités fédérées

Si Bruxelles et la Wallonie n’ont pas entériné leur réforme de décumul intégral des mandats et des rémunérations, ce n’était, dès le départ, pas une volonté en Flandre. Chacun peut encore changer les règles sur son territoire, mais pour l’heure, les rémunérations sont sensiblement les mêmes au nord, au centre et au sud du pays.

  1. On notera toutefois que du côté wallon, plus aucune rémunération ne dépassera les 245.000 euros bruts par an, quelle que soit la fonction. Et que les ministres se sont engagés à diminuer leurs rémunérations de 10%. Cela représente une diminution de 600 euros nets par mois. Selon le CRISP toujours, le salaire d’un ministre du gouvernement wallon tourne autour des 11.000 euros nets par mois. Autre spécificité wallonne: le ministre-président Willy Borsus (MR) gagne la même chose que ses ministres: Alda Greoli (cdH), ministre de la Santé, Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre de l’Économie, René Collin (cdH), ministre de l’Agricuture, Jean-Luc Crucke (MR), ministre du Budget, Valérie De Bue (MR), ministre des pouvoirs locaux et Carlo Di Antonio, ministre de l’Environnement et de la Mobilité: 11.451 euros nets par mois.

  2. Il en est de même pour le gouvernement de la Fédération Wallonie-BruxellesRudy Demotte (PS), ministre-président, Alda Greoli (cdH), ministre de la Culture, Jean-Claude Marcourt (PS), ministre de l’Enseignement supérieur, Rachid Madrane (PS), ministre de l’Aide à la jeunesse, Martine Schyns (PS), ministre de l’Éducation, André Flahaut (PS), ministre du Budget et enfin Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Enseignement, du Droit des Femmes et de l’Égalité des chances: 11.451 euros nets par mois.

  3. À Bruxelles, le salaire des ministres est un petit peu moindre et se différencie de celui des secrétaires d’État. Il faut compter 10.771 nets par mois pour le ministre président Rudi Vervoort (PS), ainsi que pour ses ministres: Guy Vanhengel (Open VLD), ministre de Finances, Didier Gosuin (DéFI), ministre de l’Emploi et de l’Économie, Pascal Smet (PS), ministre de la Mobilité et Céline Frémault (cdH), ministre de l’Environnement et du Logement. Il y a ensuite les secrétaires d’État qui touchent 10.119 nets par moisBianca Debaets (CD&V), secrétaire d’État pour le bien-être animal, Cécile Jodogne (DéFI), secrétaire d’État de la Lutte contre l’incendie et L’Aide médicale urgente, Fadila Laanan (PS), secrétaire d’État en charge des Infrastructures sportives et la propreté publique.

Au niveau des députés, que ce soit pour la Région wallonne, Flamande ou la Fédération Wallonie-Bruxelles, chacun perçoit 6.180 euros. Un député bruxellois gagne, lui, un peu moins: 6081 euros nets par mois. Soit presque la moitié d’un ministre, mais les députés cumulent souvent avec une fonction locale. De plus, ils reçoivent une indemnité de départ: celle-ci est versée lorsque le parlementaire est amené à démissionner ou que son mandat prend fin. C’est aussi valable pour les députés fédéraux. Notons encore que les élus germanophones sont payés via un autre système, basé sur les jetons de présence.

© EPA

3. Les autorités provinciales et communales

On avance dans notre lasagne faite maison. Place maintenant au niveau de pouvoir au plus proche du citoyen. Le salaire d’un bourgmestre est lié à la taille de sa commune. Il est donc difficile de mettre un chiffre sur cette fonction. Le CRISP a toutefois identifié quelques villes clés pour nous donner une idée: Bart De Wever (N-VA) touche par exemple plus de 130.000 euros bruts par an à Anvers. Il faut bien sûr ajouter à cela son indemnité de député fédéral (alors qu’il est souvent absent du Parlement) et son salaire de président de parti. On y reviendra. 

Ailleurs on peut citer Philippe Close (PS) à la Ville de Bruxelles. Il a succédé au tant décrié Yvan Mayeur qui ne voyait aucun problème à toucher des indemnités au Samusocial alors qu’il n’y mettait plus les pieds. Philippe Close a promis de se consacrer entièrement à son mandat de bourgmestre. Cela signifie une baisse de « 30 à 40% » par rapport à son salaire de député. À titre de comparaison, le salaire de bourgmestre de Yvan Mayeur était de 129.000 euros bruts annuels, soit à peu près le même montant que le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer (PS). Elio Di Rupo (PS) empoche 120.000 euros bruts par an tout comme le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot (cdH). À l’autre bout de l’échelle, les bourgmestres des plus petites communes gagnent 20.000 euros bruts par an. On voit donc que la fonction principale au sein d’une institution locale n’est pas des plus rémunératrices. Au niveau des échevins, ceux-ci touchent 60% du salaire du bourgmestre pour les communes dont la population est inférieure ou égale à 50.000 habitants et à 75% dans les communes dont la population est supérieure à 50.000 habitants. Vous pouvez retrouver la grille des rémunérations ici pour la Wallonie.

Au niveau provincial, cette institution dont on se demande encore à quoi elle sert, un député reçoit une indemnité de 5.890 euros bruts par mois. Ces députés sont toutefois les rois du cumul, notamment au niveau des institutions paracommunales. Au niveau des gouverneurs, les chefs de province gagnent autour des 7.300 euros nets par mois en Wallonie, 6.800 euros en Flandre et 6.701 à Bruxelles.

© EPA

4. Les présidents de parti

Bon nombre de ces bourgmestres sont députés ou présidents de parti. Nous avons déjà vu que les rémunérations des parlementaires ne pouvaient dépasser les 150%. Mais qu’en est-il pour les présidents de parti? Un récent article du journal Le Soir dévoilait que les présidents de parti n’étaient pas soumis à la baisse des salaires en cas d’absence. Pour rappel, si les députés veulent percevoir l’entièreté de leur salaire, ils doivent être présents à au moins 80% des votes en séance plénière (le jeudi). Dans le cas contraire, leur salaire est raboté de 10%. Cette règle ne s’applique donc pas aux sept présidents de parti qui sont aussi députés. Or, ils sont souvent absents. A la suite de la divulgation de cette information, les présidents de parti, visiblement pas au courant, ont dû corriger le tir: tous souhaitent maintenant que cette exception soit supprimée. 

Mais combien touchent les présidents de parti pour leur fonction en fait? Suite au coup politique de Benoît Lutgen en juin dernier, un appel à la transparence a été lancé. La plupart des présidents de pari ont joué le jeu dans un article de la DH. La Belgique reste une particratie: les présidents de parti ont un énorme pouvoir d’orientation et de décision. Elio Di Rupo (PS) reçoit par exemple une compensation de la part de son parti qui comble la différence entre son salaire et celui d’un ministre. En chiffre, cela tourne autour 39.441 euros bruts par an, soit 3.286 par mois. Mais depuis le 1er janvier, le bourgmestre de Mons a renoncé à ce bonus. Il jouit toutefois d’un chauffeur, d’un téléphone et d’un ordinateur. 

Benoît Lutgen (cdH) n’est lui pas rétribué pour cette fonction. Il cumule toutefois son salaire de bourgmestre de Bastogne à celui de député à hauteur de 183.519 euros bruts par an, soit 15.293 euros bruts par mois. Lui aussi dispose d’une voiture mais sans chauffeur. Chez Ecolo, Patrick Dupriez et Zakia Khattabi, coprésidents, n’exercent que cette fonction: ils perçoivent chacun 7.916 euros bruts par mois. Il faut ajouter à cela une assurance hospitalisation et une omnium pour leur véhicule privé. Au PTB, Peter Martens ne touche que 2.000 nets par mois, versé par le parti. Tous jouissent du même salaire nous faisait savoir Raoul Hedebauw lors d’une interview. Quant à DéFI, Olivier Maingain ne reçoit pas un euro pour cette fonction de président de parti ni véhicule. Ses rémunérations sont toutefois proches de Benoît Lutgen. Au niveau du MR, Olivier Chastel n’a pas voulu se plier à cet exercice de transparence.

Voilà, on remarque donc que nos chers hommes et femmes politiques ne sont pas à plaindre. Il faut toutefois relever que, pour une fonction d’une même importance, les salaires du privé sont largement plus élevés. Et qu’un homme/femme politique, ça travaille beaucoup, quoi qu’on en dise.


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