Tentant depuis plusieurs mois de trouver des partenaires pour se défaire de sa dépendance à la Russie, l’Union européenne avait fait de l’Azerbaïdjan un partenaire de choix. Les livraisons depuis le pays caucasien ont déjà bien augmenté cette année. Pour le long terme, en revanche, ça risque de se corser.
L’Azerbaïdjan, nouvel Eldorado gazier de l’Europe ? Bakou ne veut pas être le dindon de la farce et monte au créneau

Pourquoi est-ce important ?
D'une part, sur le court terme, l'Union européenne veut nettement augmenter son approvisionnement en gaz azéri. D'autre part, sur le long terme, elle est censée diminuer sa dépendance aux énergies fossiles. Mais Bakou ne sera prêt à collaborer aux objectifs court-termistes... que si une alliance durable est possible.Le contexte : l’UE compte beaucoup sur le gaz azéri
- En juillet, l’UE et l’Azerbaïdjan ont convenu de doubler les livraisons de gaz d’ici à 2027, pour les faire passer à 20 milliards de mètres cubes par an.
- Le gaz azéri peut arriver en Europe via le Corridor gazier sud-européen, qui comporte trois pipelines distincts reliant la mer Caspienne à la mer Adriatique.
- SCP, d’Azerbaïdjan en Géorgie
- TANAP, en Turquie
- TAP, de Grèce en Italie
- Pour que les livraisons via ces différents pipelines puissent doubler en cinq ans, il faut consentir à des investissements considérables. Au niveau du transport, mais aussi de la production en Azerbaïdjan.
L’actualité : l’Azerbaïdjan veut obtenir des garanties
- Si l’Azerbaïdjan est bien intéressé par une grosse augmentation de ses livraisons de gaz vers le Vieux continent, il refuse d’être le seul à faire les efforts nécessaires pour rendre cela techniquement possible.
- Son vice-ministre des Affaires étrangères, Elnur Mammadov, vice-ministre, est monté au créneau à l’occasion d’une interview livrée au Financial Times.
- S’il n’a pas avancé de chiffres concrets, il a indiqué qu’il attendait de l’UE qu’elle participe financièrement aux travaux d’extension du Corridor gazier sud-européen.
- Il a également appelé Bruxelles à plus de transparence. Voit-elle l’Azerbaïdjan comme une simple alternative temporaire ou comme un réel nouvel allié sur le long terme ?
Les déclarations : Mammadov met la pression
- « Quiconque souhaite investir, qu’il soit public ou privé, il [doit] mettre son argent sur la table pour que nous puissions augmenter les capacités.
- « Je ne dirais pas qu’il y a un désaccord [avec l’UE], mais c’est […] une partie importante de ce puzzle. »
- « Nous devons nous assurer qu’il ne s’agit pas d’une sorte de demande spontanée à la lumière de la guerre en Ukraine, qui prendra fin un jour et où, tout d’un coup, vous commencerez à racheter du gaz à la Russie en [nous] disant : ‘Eh bien, nous n’avons plus besoin de ce gaz maintenant.’. »
Les considérations éthiques et environnementales passeront-elles en priorité ?
Et maintenant : l’UE semble mal prise
- L’attitude de l’Azerbaïdjan apparaît comme légitime. Il ne peut pas investir seul, sans être sûr que l’UE sera son alliée pour longtemps.
- L’UE, elle, est plus embêtée. Il est certain qu’elle a besoin de gaz – notamment de celui d’Azerbaïdjan – à court et à moyen terme. Pour le long terme, en revanche, c’est plus compliqué : elle est censée réduire sa consommation de gaz afin de remplir ses objectifs environnementaux.
- On rappellera aussi que de nombreux pays européens se sont engagés l’an dernier, à la COP26, à ne plus financer de projets d’énergies fossiles à l’étranger d’ici fin 2022, à l’exception de ceux munis d’un système de capture de carbone.
- En outre, si le gaz azéri lui fait de l’œil, l’UE ne peut pas rester aveugle face aux événements récents.
- Si elle a décidé de faire une croix sur le gaz russe suite à la guerre en Ukraine, elle sait également que l’Azerbaïdjan est, lui aussi, impliqué dans un conflit – d’une ampleur moins importante, bien sûr – avec l’Arménie. Le mois dernier, un ravivement des tensions a fait 286 morts.
- En outre, des ONG ont dénoncé de multiples commises sur des prisonniers et des civils arméniens dans le cadre de ce conflit, jusqu’à encore très récemment.
- Le président azéri, en poste depuis bientôt 20 ans, n’est, lui non plus, pas un exemple de vertu. Ilham Aliyev a été désignée « personne de l’année 2012 » du projet de rapport sur le crime organisé et la corruption (OCCRP), un regroupement de journalistes d’enquête et de centres d’enquête fondé en 2006.
- Comme nous vous l’expliquions ici, outre ses tendances autoritaires et ses aventures militaires, l’Azerbaïdjan est fortement frappé par la corruption, jusqu’à possiblement entretenir des liens avec le crime organisé jusqu’au sein de l’UE.
- Enfin, tenter de fuir la Russie en Azerbaïdjan ne paraît pas l’idée la plus judicieuse, Lukoil ayant encore de nombreux intérêts dans le gaz azéri. La compagnie russe détient d’ailleurs 19,99% de SCP, le pipeline qui fait office de première étape dans la route Azerbaïdjan-Italie.