Après 16 ans de déboires, le plus puissant réacteur nucléaire d’Europe est opérationnel

Le premier réacteur nucléaire de type EPR (à eau pressurisée, nouvelle génération) en Europe a – enfin – démarré la nuit passée en Finlande. Le chantier a démarré en 2005 et a depuis multiplié les retards.

Quatre années de chantier, qui en sont devenues 16. Dans la nuit de lundi à mardi, le réacteur nucléaire EPR situé à Olkiluoto en Finlande a enfin démarré, à 2h22 heure belge. Il s’agit du premier nouveau réacteur à être allumé depuis 15 ans en Europe (le dernier en date était en Roumanie) et depuis 40 ans en Finlande.

A terme, il aura une puissance de 1.650 mégawatts, et sera le plus puissant réacteur sur le continent européen. Au départ, il ne tournera qu’à petit régime, à 30% de sa capacité. Ainsi il sera raccordé au réseau en janvier, et pourra être augmenté à pleine capacité dès juin. Il fournira alors environ 15% de l’énergie du pays, rapportent BFM Business et l’AFP. Aujourd’hui déjà, l’énergie finlandaise est alimentée par le nucléaire à hauteur de 30%. L’énergie provient des deux premiers réacteurs d’Olkiluoto et des deux réacteurs de Loviisa.

Un long chemin de croix

Douze ans de retards, sur une période totale de 16 ans, cela paraît beaucoup. Et effectivement, le constructeur français Areva a connu beaucoup d’obstacles sur son chemin. C’est que l’EPR est une technologie encore assez nouvelle. Elle fonctionne avec de l’eau pressurisée. Les centrales ont aussi des structures plus épaisses en béton, et sont jugées plus sûres. Ce type de réacteur a été imaginé après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, pour relancer l’atome en perte de confiance. Et comme ces réacteurs sont nouveaux, ils mettent plus de temps à être construits ; aucun n’avait encore été achevé en Europe jusque-là.

Comme souvent dans les dossiers de chantiers qui trainent, les retards et difficultés apportent leur lots de déboires financiers et judiciaires. Il y avait effectivement de vives tensions entre le constructeur Areva, l’exploitant TVO et l’autorité finlandaise du contrôle nucléaire, Stuk. En 2019, TVO avait accepté de mettre fin aux querelles, en étant indemnisé à hauteur de 450 millions d’euros. Puis le covid pointé le bout de son nez, et les retards se sont encore allongés.

Le chantier a entrainé des milliards d’euros de pertes. Areva a même dû être réorganisé, et a été séparé en deux nouvelles structures. Une structure sous le nom d’Areva a continué d’exister, pour terminer l’ouvrage du réacteur.

Premier EPR en Europe

Olkiluoto est le premier réacteur EPR en Europe, et le troisième dans le monde (deux autres se trouvent dans une même centrale à Taishan en Chine). Il s’agit également de la première nouvelle commande de réacteur nucléaire en Europe depuis Tchernobyl (le réacteur roumain terminé en 2007 était planifié depuis les années 70). Un autre réacteur EPR est également en construction en France, à Flamanville, et un autre encore au Royaume-Uni. Dans les années à venir, la France veut en déployer davantage.

Un temps, ces problèmes de construction puis la catastrophe de Fukushima ont freiné l’intérêt européen pour le nucléaire. L’Allemagne en a même été inspirée pour sortir entièrement du nucléaire. D’un autre côté, l’énergie atomique est en passe d’être déclaré comme énergie verte par l’Union européenne, ce qui devrait laisser de beaux jours encore au nucléaire.

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