Après le grand bal international de New York, le retour à la réalité des chiffres pour la Vivaldi : entre déficit d’un milliard par mois, handicap salarial et pression de la rue…

C’est ce vendredi qu’Alexander De Croo (Open VLD) se prononcera devant l’Assemblée générale des Nations unies. La situation internationale est très grave, mais celle de la Belgique n’est pas en reste. Après le coup de pouce accordé aux ménages pour faire face à la crise énergétique, la Vivaldi et le chef de l’exécutif devront se pencher sur l’exercice délicat du budget, et ce, pour deux années, 2024 étant une année électorale. Le Comité de monitoring est venu confirmer les sombres présages du Bureau du Plan. Voire pire : le déficit pourrait grimper à 35 milliards d’euros en 2023. En outre, l’écart salarial avec les pays voisins devient inquiétant pour les entreprises. Pourtant, la rue et les syndicats ne relâchent pas la pression sur le gouvernement et ne se contentent pas de l’indexation automatique.

Dans l’actu : c’était attendu, mais les prévisions du Comité de monitoring font froid dans le dos.

Le détail : les finances belges sont au plus mal.

  • Alexander De Croo sait qu’il fait face à des semaines compliquées. Depuis New York, il gardait un œil sur la situation en Belgique. C’est le message qu’il a voulu faire passer.
  • Deux années de plans de relance post-covid, puis de crise énergétique, ont puisé lourdement dans les finances du pays. Avec des taux d’intérêt très faibles, voire négatifs, l’endettement sans fin ne semblait pas poser trop de problème. Sauf que la politique de la planche à billets a créé un autre monstre : l’inflation. La BCE et les autres banques centrales tentent maintenant, sans doute fort tardivement, de la combattre en relevant les taux directeurs. La charge sur la dette pèsera de plus en plus lourd, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour un pays aussi endetté que la Belgique. Les prévisions sur la dette font état de 116% du PIB d’ici 2027.
  • En termes de déficit, ce n’est pas brillant non plus. Le Comité de monitoring constate qu’en l’espace de 3 mois, le déficit s’est encore renforcé de 3 milliards d’euros, soit un milliard par mois. À ce rythme, le déficit devrait être de 23 milliards d’euros en 2023 pour le seul État fédéral, soit un déficit de 4%, plutôt que de 3,5% du PIB, comme le prévoyait le Bureau du Plan. Le critère de Maastricht à 2% de déficit est bien loin, même s’il ne semble plus appliqué nulle part dans l’UE.
  • En ajoutant les Régions, dont les chiffres seront actualisés en octobre, le déficit pourrait provisoirement basculer à 35 milliards d’euros, en fonction de la croissance pour la fin d’année et l’année prochaine. Les estimations penchent pour une croissance de 2,9% en 2022 et 0,4% en 2023. Mais tout cela est bien imprévisible et dépend des velléités de Poutine.
  • L’Allemagne, premier partenaire commercial de la Belgique et maillon essentiel pour nos PME, est évidemment touchée de plein fouet par la crise énergétique. Les produits manufacturés connaissent déjà une hyperinflation. Or, on sait que l’indice des prix à la production (IPP) est souvent un signe avant-coureur de l’indice des prix à la consommation (IPC).
  • Pour la Dame de fer de la Vivaldi, la secrétaire d’État au Budget, Eva De Bleeker (Open VLD), il s’agit d’un nouveau signal d’alarme. Par communiqué, elle fait savoir que la situation actuelle ne doit pas nous éloigner de l’objectif d’un assainissement budgétaire : « La croissance économique est en chute libre et, dans le même temps, nous devons dépenser pour protéger nos citoyens et nos entreprises (…) Aussi difficile que soit la situation budgétaire, nous devrons cependant toujours faire tout notre possible pour contenir le déficit structurel », prévient-elle.
  • Alexander De Croo et son gouvernement font face à un conclave budgétaire qui portera sur 2023 et 2024. L’accord de gouvernement prévoit un effort de 0,2% du PIB par an, voire au-delà en fonction de la situation économique. En l’état, 2023 ne se dessine pas comme l’année de la reprise. La plupart des experts et des grandes banques planchent plutôt pour 2024.

Le contexte : la pression sociale s’intensifie et pèse sur la Vivaldi.

  • Un assainissement budgétaire en pleine situation de crise, voilà un appel qui doit siffler aux oreilles des socialistes. Eva De Bleeker et Thomas Dermine (PS), le secrétaire d’État à la Relance, se sont déjà écharpés à plusieurs reprises à ce sujet.
  • Le dossier revient sur la table d’autant que le PS est mis sous pression par les syndicats (et le PTB, et ses Vendredis de la colère). Ce mercredi, en front commun, ils étaient 10.000 à manifester pour le pouvoir d’achat. Les mesures prises par le gouvernement semblent toujours insuffisantes. On le sait, leur premier combat politique est de corriger la loi de 1996 qui ne leur laisse que très peu, voire pas du tout de marge de manœuvre, lors des négociations salariales.
  • Les syndicats ne se contentent pas de l’indexation automatique qui n’existe pourtant pas dans les pays voisins, à l’exception du Luxembourg (qui a décidé un saut d’index cette année). Résultat : le handicap salarial augmentera de 4,6% entre 2020 et 2024, par rapport à l’Allemagne, la France et les Pays-Bas, estime le Conseil central de l’économie. Les organisations patronales s’inquiètent depuis longtemps de cette perte de compétitivité du coût salarial qui pourrait faire fuir certaines entreprises du pays.
  • Une rencontre est prévue avec le Premier ministre mardi prochain. À 3 semaines du discours de rentrée et du vote de confiance, la pression sociale crée des tensions sur le spectre politique élargi de la Vivaldi.
  • Comme à l’accoutumée, le président de la plus grande formation politique de la Vivaldi était présent sur place. Paul Magnette a partagé les revendications syndicales sur les réseaux sociaux. Photo à l’appui, le président du PS ne semble pas se soucier des critiques qui lui font remarquer que son parti participe à tous les niveaux de pouvoir.
  • Du côté de Pierre-Yves Dermagne (PS), ministre de l’Emploi, on y va sans détours, dans les colonnes du Soir: « On est auprès des travailleurs et leur demande de restaurer la liberté de négocier les salaires, comme le veulent les organisations syndicales (…). Revoir la loi de 1996 qui limite la marge salariale, durcie en 2017 par le gouvernement Michel, c’est indispensable. »
  • Pas sûr que la droite l’entende de cette oreille. Ils voient justement la loi de 1996 et sa modification en 2017 comme la face d’une même pièce pour compenser les largesses de l’indexation automatique. En tout cas, la révision de la loi ne fait pas partie de l’accord de gouvernement. La Vivaldi gagnera en tension, mais c’est finalement de la routine pour De Croo et son équipe.

Nucléaire : Doel 3 sera bien mise à l’arrêt ce vendredi.

  • Outre les dossiers sociaux-économiques, celui du nucléaire a aussi retenu l’attention, jusqu’à New York. Le Premier ministre a mis fin au débat sur Doel 3, en bottant quelque peu en touche sur la suite des événements.
  • Quoi qu’il en soit, même si ce n’est pas de manière irréversible, comprend-on, le réacteur de Doel 3 sera bien mis à l’arrêt ce vendredi. Des travaux de nettoyage de la cuve et du combustible débuteront, mais il y en a pour plusieurs années. À moins d’un changement de politique majeur, le réacteur semble condamné. Tihange 2 devrait suivre, le 1er février 2023.
  • Du côté du MR, on se bat toujours pour faire abroger la loi de 2003 et pour négocier au-delà des deux réacteurs les plus récents, Doel 4 et Tihange 3. Mais Georges-Louis Bouchez ne fera pas sauter le gouvernement pour autant si son parti ne devait pas être entendu. « On ne veut pas ajouter du chaos », explique-t-il dans Sud Presse. Pas question de majorité alternative non plus, car ce serait la porte ouverte à toutes sortes de majorités pour faire aboutir des dossiers qui tiennent à cœur à la gauche. Les positionnements des uns et des autres se poursuivent à l’approche des échéances de 2024.
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