« Affaire classée », estime Lahbib sur l’incident en Crimée. Mais il n’y a toujours pas de date prévue pour une visite en Ukraine : un peu embarrassant pour la Belgique

Non, un voyage à Kiev n’est toujours pas à l’ordre du jour, selon Hadja Lahbib (MR). Toutefois, la nouvelle ministre des Affaires étrangères pourrait profiter d’un tel voyage pour faire oublier l’incident en Crimée, où elle a voyagé en tant que journaliste avant de devenir ministre. Une deuxième rencontre avec son homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, à New York, s’est déroulée de manière « très cordiale ». La question « n’a pas été soulevée » d’après Lahbib, mais aucune date pour une visite en Ukraine n’a été fixée. Ce qui en soi commence à devenir un peu embarrassant : la Belgique doit être à peu près le seul État membre de l’UE dont ni le Premier ministre ni la ministre des Affaires étrangères ne se sont encore rendus en Ukraine. « Nous n’irons que si nous trouvons quelque chose de concret », a déclaré Lahbib, qui ne veut pas arriver « les mains vides ». Elle veut se concentrer sur l’hiver à venir, ainsi que sur la reconstruction. Mais aucune date pour une visite. « Il n’y a pas que l’Ukraine, nous expliquons à nos interlocuteurs internationaux que la Belgique a également d’autres préoccupations », indique la ministre des Affaires étrangères.

Dans l’actualité : « L’affaire de la Crimée était principalement une affaire dans la presse, désolée », a déclaré le ministre Lahbib à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Les détails : « Tu as vu la photo sincère que j’ai mise sur Twitter ? », Lahbib ne ménage pas ses efforts pour souligner qu’avec l’Ukraine, tout va bien.

  • « Le cauchemar est-il maintenant terminé ? », telle est la question posée à la fin d’une interview accordée à la VRT. Lahbib, la nouvelle ministre des Affaires étrangères qui a succédé à Sophie Wilmès, mi-juillet, a ri à la question. Elle a été journaliste assez longtemps pour savoir quand une interview est terminée.
  • Néanmoins, en tant que nouvelle patronne de la diplomatie belge, ses relations avec l’Ukraine sont et restent une affaire délicate, même si Lahbib elle-même les minimise. Sinon, elle ne ferait pas référence à la photo sur son compte Twitter. Et elle ne dirait pas de manière très affirmative « affaire classée », à ce sujet.
  • « La rencontre avec Kuleba a été très cordiale. Nous commençons à nous connaître, après une première rencontre à Prague. Avec la Belgique, nous devons continuer à soutenir l’Ukraine, tant par des livraisons d’armes que par d’autres formes de soutien », a-t-elle déclaré à New York, où elle participera à l’Assemblée générale des Nations unies, qui s’ouvre traditionnellement fin septembre et réunit une foule de dirigeants du monde entier. Pour Lahbib, ce sera son baptême du feu à l’ONU, avec toute une série de réunions, et un sujet dominant : l’Ukraine.
  • Tout tourne en fait autour d’un voyage que Lahbib a entrepris dans sa « vie antérieure », en tant que journaliste de la RTBF, avant qu’elle ne devienne la surprise du chef, Georges-Louis Bouchez (MR). Après des années passées sous les feux de la rampe en tant que présentatrice de journaux télévisés, elle a assumé un rôle plus libre en tant que journaliste culturelle. À ce titre, à l’invitation d’une organisation russe, elle a effectué un « voyage culturel » en Crimée, annexée par la Russie en 2014, mais jamais reconnue en tant que telle par le reste du monde.
  • En particulier, le fait qu’elle a déclaré à la radio de la RTBF, à son retour, qu’elle avait « été en Russie », dans un discours par ailleurs particulièrement peu critique sur la situation dans ce pays, a été dépoussiéré par l’opposition. Et bien sûr, ça n’a pas du tout goûté aux Ukrainiens. D’ailleurs, le reportage télévisé qu’elle a réalisé n’a jamais été diffusé non plus ; il « ne répondait pas aux normes journalistiques de la RTBF », a-t-on expliqué. À la N-VA, ils se sont empressés d’évoquer l’indignation ukrainienne : après tout, quiconque s’est rendu en Crimée via la Russie n’est plus le bienvenu en Ukraine. « Notre ministre des Affaires étrangères peut aussi se rendre chez notre allié », a ironisé un élu nationaliste.
  • Au cours de l’été, au sein de la Vivaldi, le vice-premier ministre Vincent Van Quickenborne (Open Vld) a qualifié l’incident de clos : les Ukrainiens avaient envoyé une lettre apaisante. Lorsque le contenu de cette lettre a été divulgué, on s’est rendu compte que cette interprétation s’est avérée beaucoup trop optimiste. Kiev semble plutôt vouloir profiter de la position quelque peu délicate de Lahbib pour la tester autant que possible, et voir jusqu’où elle est prête à aller pour se montrer pro-Ukrainienne.
  • Lahbib veut désormais mettre l’affaire derrière elle. « Je me suis déjà exprimée à ce sujet, c’est surtout une affaire dans la presse », dit-elle. Et non, il n’en a pas été question du tout, lors de sa rencontre avec Kubela, insiste-t-elle. « Affaire classée ».
  • Mais ce qui reste ennuyeux pour elle, et par extension pour la diplomatie belge, c’est qu’il n’y a (toujours) aucune visite concrète prévue à Kiev. « Nous voulons partir, mais pas les mains vides, nous resterons en contact avec eux », glisse Lahbib. Ce faisant, elle veut se concentrer sur deux questions : la reconstruction, mais aussi l’aide immédiate pour l’hiver à venir. Ce qui soulève immédiatement la question de savoir si la visite aura lieu avant la fin de l’année. Mais elle n’a pas voulu faire de commentaire à ce sujet non plus.
  • Pour la Belgique, cela devient gênant : à peu près tous les chefs de gouvernement de l’UE ou certainement le ministre des Affaires étrangères sont déjà passés en Ukraine. En juin dernier, Emmanuel Macron et Olav Scholz étaient déjà à Kiev, une semaine plus tôt Mark Rutten y était déjà, et même Xavier Bettel, le Premier ministre luxembourgeois, a été invité par Vladimir Zelynsky. Tous les pays voisins, alors, pourquoi pas nous ? « Vous devriez demander à De Croo ce qu’il en est », transmet-on aux Affaires étrangères.

L’essentiel : l’Ukraine mise de côté, Lahbib n’a pas manqué son départ.

  • New York est le baptême du feu pour l’ex-journaliste francophone. De Croo, d’ailleurs, y est attendu demain et s’exprimera vendredi devant l’Assemblée générale des Nations unies : il est plus qu’un habitué du niveau international, où il se sent comme un poisson dans l’eau.
  • Mais Lahbib n’est du tout mal à l’aise dans sa nouvelle fonction : elle enchaîne les réunions bilatérales avec l’Arménie, et demain avec l’Azerbaïdjan, afin de servir de médiateur dans le conflit qui s’enflamme dans la région. « Elle apprend rapidement et peut s’appuyer sur les connaissances de notre réseau », ajoutent les diplomates, mais le fait qu’elle ait également effectué de nombreux reportages à l’étranger en tant que journaliste est un atout. De plus, elle apprécie visiblement son nouvel emploi et son rôle. « La musique diplomatique belge est appréciée dans le monde entier », est une phase qu’elle aime utiliser. « Nous avons cette réputation de médiateur, de bâtisseur de ponts, et Hadja veut perpétuer cette tradition, bien écouter, jouer les intermédiaires. »
  • En cela aussi, son ambition de ne pas se concentrer uniquement sur l’Ukraine est surprenante. « Tout le monde ici à New York, à l’ONU, parle de la guerre en Ukraine. Soit pour le mettre en tête de l’ordre du jour, soit pour se plaindre qu’il prend trop de place, et que d’autres questions sont aussi importantes. Mais Lahbib assure à nos interlocuteurs que la Belgique a aussi d’autres préoccupations, notamment le Moyen-Orient, la région des Grands Lacs », a-t-on entendu.
  • Ses priorités sont très similaires à celles de sa prédécesseure Wilmès : les droits des femmes figurent en tête de liste, mais aussi la lutte contre les « fake news » et les préoccupations relatives aux droits des LGBTQ. Ce sont des thèmes politiques qui ne sont pas immédiatement associés au MR de Georges-Louis Bouchez, mais que Lahbib apprécie. « Demain soir, il y a un dîner informel avec toutes les femmes ministres des Affaires étrangères, organisé par la Suède. » Elle attend cela avec impatience, par exemple, dit-elle.
  • Mais ce positionnement est exactement ce que Bouchez avait en tête lorsqu’il l’a recrutée. Le président du MR souhaitait plus que tout pouvoir exploiter un autre flanc, un électeur « plus modéré », plus progressiste, qui aurait pu percevoir le MR comme trop « à droite » et « plus dur ». Cette opération semble donc avoir réussi, l’incident en Crimée n’étant qu’une fausse note dans cette affaire, une affaire montée par la presse, selon l’entourage de la ministre.
  • Les sondages donnent déjà raison à Bouchez. Dans le Grand baromètre Le Soir/RTL-TVi/HLN/VTM, Lahbib arrive d’emblée à la neuvième place à Bruxelles, devant, par exemple, le bourgmestre bruxellois Philippe Close (PS) ou même Raoul Hedebouw (PTB) dans le classement « qui aimeriez-vous voir jouer un rôle dans les prochains mois ? » Même en Wallonie, où il est plus que probable qu’elle n’émergera pas, elle obtient tout de même la 15e place : bien sûr, elle a présenté le journal télévisé sur la chaîne publique pendant des années, la Belgique francophone la connaît. Cela crée de la confiance : une bonne audience est un concept que tout journaliste de télévision comprend comme nul autre.

Ailleurs : les syndicats, concurrencés par le PTB.

  • À la veille d’une grande manifestation organisée en front commun pour le pouvoir d’achat, les syndicats sont sur leur garde. Thierry Bodson, président de la FGTB, est venu (re)préciser ce mardi dans l’Echo le rôle d’intermédiaire que son syndicat joue.
  • Un rôle pour canaliser et transformer la colère des travailleurs en propositions concrètes. « Le rôle des syndicats, c’est de garder la main, pas par plaisir de le faire, mais parce que nous sommes les seules organisations de masse capables de traduire le plus efficacement possible ces colères dans des propositions structurées », indique celui qui préfère éviter le mot « d’insurrection ». Le tacle est appuyé et vise sans aucun doute le PTB, qui appréciera.
  • Car le parti d’extrême gauche a lancé, à l’occasion de sa « Manifiesta » à Ostende, ce weekend, les « vendredis de la colère », un ensemble d’actions contre les prix élevés et la baisse du pouvoir d’achat, une concurrence directe à l’action des syndicats.
  • Les prix de l’énergie en particulier sont dans le viseur, malgré les récentes mesures du gouvernement fédéral. De plus en plus de fournisseurs d’énergie font état d’impayés, et le mouvement de colère initié par le PTB fait craindre que cette vague ne prenne de l’ampleur.
  • Au PS, on goûte très peu cette initiative du PTB. Le secrétaire d’Etat à la Relance, Thomas Dermine, y est allé de son coup de gueule ce dimanche sur le plateau de C’est pas tous les jours dimanche sur RTL-TVi: « Nous, nous sommes dans l’action. Et puis il y a une autre façon de faire de la politique : c’est d’attiser la haine, d’attiser la colère, de faire appel à la créativité pour organiser des manifestations… Au-delà de la sympathie que l’on peut avoir pour monsieur Hedebouw (président du PTB, ndlr.), c’est du cirque ! Ce n’est pas comme ça que l’on change la vie des gens et que l’on apporte des solutions. »
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