Après l’AMX 10 français, le Marder allemand : comment la décision de Macron a forcé la main de Scholz

Le chancelier allemand Olaf Scholtz se décide enfin : l’Allemagne livrera bien des blindés Marder à l’Ukraine, ainsi qu’un système de missiles Patriot. Avec Paris et Washington qui lui forcent un peu la main.

Pourquoi est-ce important ?

L'Ukraine réclame à cor et à cri une nouvelle fournée de livraisons de matériel militaire pour garder l'initiative face aux Russes. Et après l'artillerie à longue portée et les défenses antiaériennes, elle a besoin de véhicules blindés pour envisager une nouvelle offensive. Idéalement des chars, mais c'est plus compliqué.

Tout ce qui porte un canon n’est pas un char

  • En milieu de semaine, la France a marqué un grand coup en annonçant que le président Emmanuel Macron avait décidé l’envoi en Ukraine de blindés AMX 10 RC (pour « Roues – Canon »), une étape importante dans l’aide matérielle à l’Ukraine après les obusiers français Caesar, qui ont fait merveille au printemps dernier.
  • Le président français a qualifié l’engin de char de combat léger ; « C’est la première fois que des chars de conception occidentale sont fournis aux forces armées ukrainiennes », a ajouté la présidence. Des véhicules de transport blindés Bastion APC feront aussi partie du lot.
  • Sauf que cette appellation fait débat : doté de six roues, mais aussi d’un puissant canon de 105 mm, officiellement l’AMX 10 n’est pas tant un char qu’un blindé de reconnaissance bien armé selon la nomenclature française, mais il entre dans la définition de la Convention de 1990 sur les forces armées conventionnelles en Europe, qui définit un char comme un engin raisonnablement blindé et mobile en tout-terrain, et surtout doté d’un canon d’au moins 75 mm monté sur tourelle à 360° ; de ce point de vue, l’AMX 10 est un char, chenilles ou pas.
  • Reste que si l’engin a du punch, il n’a pas le blindage pour affronter tous les chars russes dans n’importe quelles circonstances. En outre, la France ne disposait que de 250 de ces engins dans son ordre de bataille théorique. De quoi en fournir quelques dizaines à l’Ukraine, au mieux, selon Michel Goya.

Un impact symbolique fort avant le champ de bataille

Dans l’actualité : après Paris et Washington, c’est Berlin qui décide de fournir des véhicules blindés.

  • L’initiative de Macron, conjuguée à l’annonce américaine que des blindés M2 Bradley (un véhicule de combat d’infanterie doté d’un canon de 25 mm, donc pas du tout un tank) étaient dans la balance, a convaincu Olaf Scholtz.
  • L’Allemagne va fournir à l’Ukraine des véhicules de combat d’infanterie Marder et une batterie de défense aérienne Patriot supplémentaire, a déclaré jeudi l’ambassadrice allemande aux États-Unis, Emily Haber, citée par CNN
  • Le Marder est un autre véhicule développé des années 70 mais toujours en dotation dans l’armée allemande. Il doit être remplacé par le Puma, plus moderne mais loin d’apporter satisfaction. Là encore, ça n’est pas un char. Mais la décision de Paris semble avoir mis la pression sur Berlin, qui jusqu’ici rechignait à s’impliquer plus – malgré la livraison de Panzerhaubitze 2000.
  • Pour l’Allemagne, c’est une question de cohérence qui se joue ; le pays est un des plus à même de livrer du matériel lourd en Europe occidentale, d’autant qu’il produit encore du matériel national récent – chars Leopard II et Panzerhaubitze, sur le même châssis. Mais malgré les promesses d’un grand accent sur la défense depuis l’année dernière, les réflexes de prudence restent forts. L’Allemagne semble avoir besoin d’un exemple à suivre. Et c’est Paris qui s’y colle, malgré des stocks français très réduits. Avec son AMX 10 et en le qualifiant de char, Macron fait ainsi sauter deux tabous d’un coup, et ça peut peser dans la balance. Plus peut-être que les engins français eux-mêmes.
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