America’s Got Talent? Les deux tiers des chercheurs du secteur des IA viennent de l’étranger

Isopix

Les relations entre la Chine et les États-Unis se dégradent de plus en plus. Le président Donald Trump veut désormais restreindre l’accès des citoyens chinois à la recherche universitaire américaine. Une décision qui inquiète de nombreuses entreprises et les chercheurs du secteur de l’intelligence artificielle (IA), car une grande partie des progrès dans le domaine est réalisée par des Chinois.

Une nouvelle étude de MacroPolo – un groupe de réflexion du Paulson Institute promouvant les liens entre Etats-Unis et Chine – ne laisse aucun doute à ce sujet. L’année dernière, les chercheurs formés en Chine représentaient un tiers des scientifiques acceptés et félicités par la prestigieuse AI conference. Aucun autre pays n’est autant représenté. En outre, l’étude constate que la plupart d’entre eux vivaient aux Etats-Unis et travaillaient pour de grandes entreprises et universités américaines.

MacroPolo fait aussi remarquer que les scientifiques formés en Chine ont permis d’étendre encore plus la domination américaine dans certains domaines dont celui des IA. Cette technologie offre une autonomie relative aux ordinateurs qui peuvent alors prendre des décisions, repérer des individus dans la foule, traquer des criminels, choisir des cibles militaires et conduire des véhicules.

Annuler les visas étudiants chinois

Les sociétés américaines ont aujourd’hui peur que le flot d’étudiants et de professionnels prenne fin. Le New York Times a révélé que l’administration Trump avait l’intention d’annuler les visas des chercheurs et des étudiants diplômés ayant des liens directs avec des universités associées à l’armée chinoise.

Les efforts pour bloquer les jeunes talents chinois vont miner la domination américaine dans le domaine des IA, a déclaré Matte Sheehan, analyste chez MacroPolo. Et il n’est pas le seul dans cette industrie à penser que la limitation des étudiants étrangers menace de détruire la compétitivité future de l’Amérique.

La Chine voit l’intelligence artificielle comme un secteur stratégique. Elle a donc investi d’importantes sommes d’argent dans la formation de chercheurs. Le but était évidemment qu’il travaille pour leur propre pays. Mais beaucoup d’entre eux préfèrent faire de la recherche pour des laboratoires américains, enseigner aux États-Unis ou encore travailler pour des sociétés US.

La fuite des génies chinois

En Chine, il y en effet une fuite des jeunes talents dans le domaine des IA. Seuls 34% sont restés dans leur pays, tandis que 56% se trouvent aux Etats-Unis.

Pays actuel des meilleurs chercheurs dans les IA venant de Chine

Cela s’explique, entre autres, par un plus grand nombre d’options proposées dans le secteur aux Etats-Unis. L’étude de MacroPolo montre aussi que 9 Chinois sur 10 qui sont partis étudier les IA aux Etats-Unis y sont encore restés pendant au moins 5 ans après leur diplôme.

Ils travaillent principalement pour Google, Stanford, Carnegie Mellon, le Massachusetts Institute of Technology et Microsoft Research. Certaines organisations soutiennent que les récentes tensions entre la Chine et les Etats-Unis ont déjà réduit le flux de nouveaux prodiges.

Les deux tiers des avancées américaines seraient détruites

La conclusion de MacroPolo est claire.

  1. Si les visas pour tous les étudiants internationaux sont annulés, les États-Unis perdent 60% de leurs meilleurs étudiants dans le secteur des IA.
  2. Si seuls les visas pour les étudiants chinois sont retirés, les États-Unis perdraient 32% de leurs meilleurs étudiants, tandis que leur nombre triplerait en Chine.
  3. Si les visas et les statuts d’immigration étaient retirés à tous les chercheurs qui viennent de Chine et qui étudient ou travaillent aux États-Unis, l’Amérique perdrait 29% de ses meilleurs chercheurs, tandis que la Chine verrait leur nombre doubler.
Pays où les meilleurs chercheurs en IA des institutions américains ont fait leur premier cycle.

Cette étude montre au final qu’une intervention de ce type bouleverserait profondément l’équilibre actuel des capacités de recherche en IA. La domination américaine pourrait être renversée. Car si les États-Unis ne veulent plus de ces jeunes prodiges, ils seront accueillis à bras ouverts en Chine.

‘Je suis terrifié par ce que fait le gouvernement’, a déclaré Oren Etzioni, PDG de l’Allen Institute for Artificial Intelligence à Seattle. Il y a déjà eu une baisse significative des candidatures de chercheurs chinois. ‘Combien de fois peut-on bloquer et repousser des personnes avant qu’ils se disent: je ne vais même plus essayer…’