Adele aurait-elle découvert – involontairement – la formule scientifique du nec plus ultra en matière de mélodie?

La chanteuse britannique Adele a connu la consécration hier aux Grammy Awards 2012 : elle a remporté pas moins de 6 titres, dont ceux de la chanson de l’année, de l’album de l’année et du meilleur enregistrement de l’année. Son succès avait débuté avec son titre « Rolling the Deep », mais c’est sa chanson « Someone Like You », capable d’arracher facilement des larmes à ses auditeurs, qui lui a permis d’atteindre le statut de super-star. Des chercheurs se sont demandé ce qui donnait ce caractère émotionnel aux chansons d’Adèle.

20 ans auparavant, John Sloboda, un psychologue britannique, qui avait demandé à des mélomanes de lui indiquer les passages dans les chansons qui leur donnaient une réaction physique, avait découvert que 18 d’entre eux sur 20 contenaient un motif musical appelé une appoggiature, c’est-à-dire une note ornementale qui heurte assez la mélodie pour créer un son dissonant. « Cela créé de la tension chez l’auditeur », affirme Martin Guhn, un psychologue de l’Université de Colombie Britannique qui a co-écrit une étude sur ce sujet. « Lorsque les notes retournent à la mélodie anticipée, la tension redescend, et c’est agréable ». C’est au moment de cette détente que l’émotion des auditeurs est à son comble. Et lorsque plusieurs appoggiatures sont enchaînées ensemble dans une mélodie, elles génèrent un cycle de tensions et de relaxes qui peuvent nous attendrir au point de nous faire pleurer.

De nombreuses appoggiatures parsèment la chanson d’Adele, « Someone Like You », et durant le refrain, Adele module un peu le timbre  de sa voix à la fin de longues notes avant les changements de la mélodie, ce qui produit quelque chose qui ressemble à des montagnes russes sur le plan émotionnel.

Le Dr. Guhn et son collègue Marcel Zentner avaient déjà conclu que le Trio pour Piano de Mendelssohn, ou l’Adagio pour Cordes de Barber, qui avaient le pouvoir de produire des réactions physiques, partageait 4 caractéristiques communes :

– Ils commençaient doucement, puis devenaient plus forts ;

– Ils comprenaient l’entrée inattendue d’une nouvelle « voix » (nouvel instrument, ou nouvelle harmonie) ;

– Ils présentaient souvent une expansion dans les fréquences jouées : par exemple, dans le Concerto pour Piano N°23 (K. 488) de Mozart, les violons sautent d’une octave pour faire echo à la mélodie.

– Tous les passages contenaient des déviations inattendues dans la mélodie ou l’harmonie.

Finalement, les musiques qui nous donnent le frisson sont celles qui contiennent des surprises en volume, en timbre et en motifs harmoniques. Et « Someone Like You » répond tout à fait à ces critères.

Mais ce n’est pas tout. L’année dernière, le neuroscientifique Robert Zatorre et son équipe de l’Université McGill ont découvert que la musique intense sur le plan émotionnel avait le pouvoir de libérer de la dopamine, l’hormone du plaisir et de la récompense, dans le cerveau, de la même manière que la nourriture, le sexe et les drogues. Cette hormone nous donne du plaisir, et nous incite à répéter le comportement.

Adèle a donc su trouver la parfaite recette du succès : déclencher les larmes et les frissons, et laisser la dopamine nous pousser à y revenir pour l’écouter encore et toujours plus.

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François Normand
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